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Imaginaires

24 août 2004, 20:00

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Nous croyons déceler la main invisible de l?histoire un peu trop souvent. Il suffit que l?un ou l?autre de nos politiciens gratifie un adversaire d?un sourire appuyé pour que naissent des rumeurs d?un rapprochement entre leurs partis respectifs. Si le geste est accompagné, de surcroît, d'une tape amicale dans le dos, la rumeur s?enfle et chacun y va de son couplet sur la répartition fictive des tickets.

L?atmosphère était à la fête samedi dernier lors du dîner annuel de la Tamil League. A un moment, les trois principaux dirigeants politiques, Paul Bérenger, Pravind Jugnauth et Navin Ramgoolam, ont fraternisé et ont posé ensemble sous les crépitements des flashes de Bouck Pillay Vythilingum, le photographe de ?l?express?. La mine renfrognée de l?un des leaders et l?humeur joyeuse des deux autres ont suffi pour déclencher une nouvelle vague de rumeurs d?alliance.

Ce n?est certainement pas parce que nous sommes un peuple plus naïf que d?autres que nous gobons facilement les ragots sur les alliances et mésalliances. La raison de cette crédulité tient au fait que les frontières entre les partis politiques sont à peine discernables. On n?a aucun mal à considérer comme plausible n?importe quelle combinaison.

Ce qui réunit, ou ce qui sépare les partis, a davantage trait à leurs intérêts électoraux qu?à leurs programmes et priorités. Leurs orientations politiques sont semblables. Cela n?empêche pas, pour autant, aux leaders des trois grands partis d?avoir des sensibilités différentes. Paul Bérenger est un gestionnaire qui s?assure que même les détails n?échappent pas à son contrôle. Navin Ramgoolam est un habile politicien qui, dans sa gestion des affaires, démontre une propension au populisme. Pravind Jugnauth cherche à se créer une image d?un dirigeant qui sait intégrer la logique économique et les préoccupations sociales. Mais, sur le fond il n?y a pas de désaccord fondamental entre eux sur la stratégie de développement économique.

Un conseiller municipal qui vient de démissionner du MMM, Coomara Pyaneandee, affirme que son ancien parti ne défend plus l?idéologie qui était la sienne. Il a parfaitement raison. L?évolution du MMM obéit à un cycle politique qui, avec ?la fin de l?histoire? a vu la perte des valeurs des doctrines désuètes du collectivisme. Du coup, les clivages entre les camps se sont estompés. Cela permet, notamment, à un Rama Sithanen de changer d?allégeance en 24 heures sans heurter les susceptibilités de ses partisans.

Tout compte fait, dans les circonstances actuelles, c?est l?hypothèse d?une configuration inchangée qui semble la plus probable. Les travaillistes ont le vent en poupe et la quasi-certitude de pouvoir cueillir le pouvoir aux prochaines législatives. Ils vont donc exclure toute alliance devant accommoder des partis autres que ceux de Rama Valayden, Xavier Duval et Madan Dulloo. Le MMM ne peut contracter une alliance avec les travaillistes parce qu?il se posera alors une équation insoluble sur l?identité du Premier ministre. De son côté, Pravind Jugnauth n?est pas prêt à s?engager dans une impasse en s?alliant avec les travaillistes. Sous Navin Ramgoolam, il occupera le poste de n° 2 pendant longtemps encore. Une perspective qui ne saurait le réjouir sauf si Sir Anerood l?y contraint. Ironie de l?histoire, celui-ci dispose d?une capacité à agir sur le champ politique alors même que ses nouvelles fonctions l?en écartent plus que jamais.

En attendant les élections, c?est surtout dans l?imaginaire collectif que se construisent et s?effondrent les plateformes.

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