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Ils ont marqué 2005

31 décembre 2005, 20:00

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La vélocité de Yannick Lincoln

C?est une tâche difficile que de choisir le sportif qui aura marqué l?année. Il y en a tellement. Tant de souvenirs, d?émotions fortes et de personnes sur lesquelles on voudrait dire un mot. On s?est finalement arrêté sur un coureur au tempérament offensif, un accroc du chrono, dopé à la solidarité. Sa deuxième maison, c?est le bitume.

Son plaisir est sur un vélo. Le cycliste Yannick Lincoln, nous a fait faire le plein de sensations en septembre dernier en remportant le Tour de Maurice. Ainsi, après Eric Pitchen et Patrick Haberland, il est le troisième mauricien à entrer dans l?histoire du 24e Tour. 5?28" avec une vitesse moyenne de 46,6 km/h sur un parcours de 4,1 km. Ses chiffres resteront gravés dans le mémoire de Yannick.

Comment tout cela s?enclenche ? Au commencement, il y a l?orgueil, on veut être à la tête du peloton surtout qu?on lui aurait dit à un moment décisif : « It?s now or never ». À l?arrivée c?est l?humilité. « Ce succès est le fruit de plusieurs choses : la bonne entente entre les coureurs mauriciens, mon entourage, ma famille, le travail et les sacrifices. J?ai souvent roulé seul le soir. Cela a payé au final. »

L?année 2005 n?aura pas seulement été une consécration sur le plan sportif pour Yannick mais aussi sur le plan universitaire. Sa quatrième année à l?unité de formation et de recherche en science et technique des activités physiques et sportives à Toulouse, s?annonce bien.

Il a décroché sa licence et prépare maintenant sa maîtrise.Son v?u ? Franchir les lignes d?arrivée en premier, faire de belles courses en guise de reconnaissance pour ses sponsors, mais aussi rentrer bientôt à Maurice pour de bon et se mettre au service du sport mauricien. Il souhaite aussi retrouver la complicité de ses coéquipiers du Vélo Club des Jeunes et rouler avec eux le dimanche. Le contre la montre de Yannick Lincoln est donc loin de se terminer. La fièvre du cyclisme l?habite à jamais. Sprinter, tel est son sort.

Patrice Hardy sur les lauriers de Naïade

Vite un chiffre, une estimation. Il y en a plusieurs, tous aussi époustouflants les uns que les autres. Par quoi commencer ? Par les quinze ans du groupe Naïade, ses cinq hôtels à Maurice ?

Par son entrée au marché officiel de la bourse de Port-Louis en novembre, avec une capitalisation boursière de plus de Rs 4 milliards, ce qui fait du groupe, le cinquième plus important du marché officiel ? Il faudrait aussi signaler que Naïade est devenu le troisième groupe hôtelier mauricien en terme de chiffre d?affaires et de profits.

N?occultons pas non plus les 139 chambres du White Sands Resort & Spa que le groupe hôtelier vient de racheter aux Maldives. Reste le quatre étoiles de 215 chambres qu?il voudrait ouvrir sur le nouveau site de Bel-Ombre. Et ce n?est pas fini, Naïade veut investir à Rodrigues avec un projet d?hôtel de 45 chambres et cinq villas à Anse-Ally. Pour clore ce volet arithmétique loin d?être exhaustif, notez que pour les neuf premiers mois de l?année 2005, Naïade a enregistré des bénéfices de Rs 195 millions contre Rs 135 millions pour la période correspondante en 2004, ce qui représente une croissance de 44 %.

Beaucoup de chiffres, mais derrière cette ascension fulgurante il y a des gens dirigés de main de maître par Patrice Hardy, le directeur général du groupe, des collaborateurs, des actionnaires.

« L?entrée sur le premier marché de la bourse de Port-Louis est une consécration pour nos actionnaires qui nous ont fait confiance, pour nos employés qui ont contribué à améliorer nos produits et pour nos partenaires qui nous ont soutenus dès le début de nos opérations », fait-il ressortir lors d?une interview accordée à un collègue du quotidien récemment.

Sous les fourches d?une économie difficile, le principal atout du patron est d?avoir le courage de se mouiller sans cesse avec de nouvelles acquisitions et de nouveaux projets. Naïade est bien décidé à grimper les échelons de la gloire.

Shirin Aumeeruddy-Cziffra, les enfants d?abord

Des enfants qui souffrent, c?est le lot quotidien de Shirin Aumeeruddy-Cziffra. Enfants battus, violentés, abusés sexuellement, exploités, humiliés, enfants suicidaires. S?il y a définitivement plus de sensibilisation et de progrès aujourd?hui, le constat reste triste. Mais, l?Ombudsperson for children ne s?incline pas devant la fatalité et s?acharne à trouver des solutions. Pas une once de découragement mais beaucoup de recommandations, de combats à mener surtout depuis qu?elle a rendu officiel son rapport 2004-2005.

L?aspect le plus important selon elle : « Maintenant qu?on a analysé ce qu?il y a comme services, qu?on a vu les lacunes et qu?on a fait des propositions pour qu?il y ait une meilleure synergie entre tout le monde, on espère que ces services pourront se rationaliser et se professionnaliser. » Quant au bilan, il est conséquent. 751 cas reçus et traités depuis la création du bureau, 520 enquêtes menées de septembre 2004 à septembre 2005, le travail abattu est énorme. Il y a eu la création du réseau des jeunes et des adolescents, « budi?s friends », la hotline « 177 » et la création du site Internet. « La première année de l?Ombuds-bureau était une année d?installation, la deuxième a été celle de la consolidation », avance-t-elle.

On amorce à présent l?année 2006 et plus que jamais, il y a du pain sur la planche pour l?Ombudsbureau. Il prépare un carnaval pour les vacances de Pâques sur le thème de la non violence et de la paix. Il va aussi aider à mettre sur pied le parlement des enfants proposé par l?Attorney General. L?Ombudsbureau a enfin le feu vert pour concrétiser la mise sur pied d?un système de mentoring qui visera à ce que des citoyens mauriciens volontaires suivent les enfants vulnérables au sein de leur famille. Ce système aura une part importante à jouer dans l?installation de la Family Court.

L?autre cheval de bataille de l?Ombuds-person : intensifier la campagne. Ce n?est là qu?un aperçu. « Je démarre l?année 2006 avec beaucoup d?espoirs pour les enfants », souligne Shirin Aumeeruddy-Cziffra.

Alvin Brigemohun, l?ami de la vallée

Ne vous laissez pas abuser par cette gentille bouille d?écolo. Il est presque né de la dernière pluie, mais ses 25 ans ne l?empêchent pas d?être hardi, de se mesurer au gouvernement, de revendiquer ce qu?il estime être juste, de parler de patriotisme et de dénoncer le communalisme.

Cet homme-là est en guerre. Il ne veut pas changer le monde mais le sauver, in extremis. Il s?appelle Alvin Brigemohun, il est le président de l?ONG Nature watch et avec ses amis « de toutes les couleurs de l?arc-en-ciel » (pour reprendre ses mots), il se bat pour une cause qu?il juge « pleinement mauricienne » : la vallée de Ferney.

Beaucoup d?encre a coulé, beaucoup de batailles ont été menées, des dossiers déposés, des recours en justice, des réunions, des coups de téléphone, des dénonciations, des pétitions. Mais Nature Watch n?a jamais baissé les bras parce que comme le dit son slogan, « Parski vrai dévelopman respeke lanatir ». Entre espoir ? les promesses de la campagne électorale, par exemple ? et désespoir ? la déclaration du vice-Premier ministre au lendemain des élections, par exemple ? ils sont revenus à la charge pour sauver la forêt que le projet d?autoroute du Sud-Est menaçait.

Mission accomplie, l?autoroute ne passera pas par la vallée, mais sur la côte. Elle traversera Vieux-Grand-Port, Pointe-du-Diable, Quatre-S?urs. Le patrimoine environnemental est sauvé. Les crécerelles, les six espèces protégées de fougères et les huit espèces d?arbres endémiques qui sont sur la Red list of the World Conservation Union (IUCN) ont trouvé des alliés. Prochaine étape de Nature Watch ? Veiller à ce que les décisions prises soient respectées et d?autres projets sont à venir. Pour l?instant, l?heure est à la réflexion.

Christophe Rey aux multiples talents

Jeune mauricien de 27 ans né en Afrique du sud, Christophe Rey est sans nul doute un artiste hors du commun. Sur scène, même s?il ne communique avec son public que par le biais de sa musique, il sait le captiver et le tenir en haleine jusqu?à la fin. Les artistes mauriciens sont certes plus talentueux les uns que les autres et nous avons assisté ces dernières années à une véritable révolution dans la musique.

Les inspirations viennent de tous les horizons et la recherche musicale est de plus en plus profonde.

Là où Christophe Rey se distingue des autres, c?est par sa manière d?exprimer cette musique qu?il aime tant. Différent des autres artistes, il choisit de chanter de la poésie. Et pas n?importe laquelle, puisqu?il met en chanson les vers de poètes mauriciens comme Robert Edward Hart, Gaston Loumeau ou encore Raymonde de Kervern.

Une guitare à la main et assis sur un simple tabouret, Christophe Rey n?a pas besoin de mise en scène. Il suffit que ce grand timide ouvre la bouche et gratte sur sa guitare pour que le public soit totalement plongé dans un univers particulier. Calme, sérénité, on se laisse volontiers flotter au son d?une mélodie évasive et quelque peu mélancolique.

Le 7 octobre, il présente son premier album Table Ovale, lors d?un concert unique au conservatoire François Mitterrand. Très bien accueilli par le public, on attend avec impatience qu?il continue sa recherche et chante les poésies d?autres auteurs mauriciens.

Autre projet qui lui tient à c?ur et qu?il essayera de concrétiser, celui de travailler avec des poètes vivants.

Un parcours qui mérite d?être suivi avec beaucoup d?intérêt !

Le long combat de Roshi Bhadain

De mars 2003 à octobre 2005, Roshi Bhadain aura fait la une de l?actualité à plusieurs reprises. Une épopée à rebondissements multiples pour quelqu?un qui se présente comme défenseur de la corruption, mais qui aura soulevé de vives passions de part et d?autre.

Employé comme directeur des enquêtes de l?Independent Commission Against Corruption (Icac), c?est en mars 2003 qu?il prend ses fonctions.

Le 3 décembre de la même année, Roshi Bhadain est licencié par son employeur sans qu?aucun motif ne lui soit donné. Il commence alors une série de revendications pour connaître les raisons de son licenciement.

Au passage, il dénonce ce qu?il appelle « les méthodes et les modes de fonctionnement de l?Icac » et n?hésite pas à alerter les plus hautes instances du pays : le Premier ministre, le leader de l?opposition et même le président de la République.

Il fait appel au comité parlementaire qui le convoque plusieurs fois sans pour autant lui donner l?occasion de s?exprimer. Roshni Bhadain maintient toutefois que sa suspension et son licenciement sont injustes, illégaux et sans motifs. L?affaire est déférée en cour et dure plusieurs mois pendant lesquels il réclame une Judicial Review pour contester sa supension de l?Icac.

Les prises de position de l?ex-directeur des enquêtes rejaillissent et ternissent l?image de toute l?institution. Le gouvernement est éclaboussé dans la mesure où Roshni Bhadain dénonce le désordre qui règne au sein de l?Icac et demande au gouvernement de ne pas se laver les mains.

Après tous ces rebondissements, le jugement de la Cour suprême était très attendu. Le 13 mai, la sentence est prononcée et le chef juge suppléant, Bernard Sik Yuen, et le juge Bhushan Domah, statuent sur le fait que le licenciement de Roshni Bhadain est illégal.

Le 7 octobre, Roshni Bhadain réintègre son poste de directeurdes enquêtes à l?Icac. Un enchevêtrement d?actions en justice et de dénonciations qui aura retenu tout le pays en haleine autour de Roshi Bhadain qui est tout de même arrivé au bout de ce long chemin.

King, un succès inattendu

«D ir moi ki to trouver dans mo leker, prends moi dans to les bras, laisse moi voler laisse moi aller la haut la bas? » Personne n?a pu passer à côté de ces paroles durant cette année 2005. Au début, on se demande tous qui est le génie qui a réussi à faire un tube aussi explosif ! Stupéfaction quand on finit par apprendre que cette chanson est 100 % mauricienne.

Derrière ce succès commercial, Jenkins Kheejoo alias King, un jeune homme de 31 ans, originaire de Quatre-Bornes. Fervent pratiquant et chanteur de gospel, il fait exploser les charts avec Let Me Fly qui est avant tout une ode à Dieu. Cette chanson n?était pourtant pas destinée à être un tube. Elle est née un dimanche après-midi et King s?est amusé à la travailler dans son studio en y ajoutant des airs de ragga, de techno et des voix modifiées à l?ordinateur.

Poussé par son entourage, il finit par donner le titre aux radios qui le passe en boucle pour le plus grand plaisir du public qui en redemande. Cette mélodie entraînante fait aussi son apparition dans les boîtes de nuit. Dès les premières notes les danseurs sautent au plafond et se ruent sur la piste ne pouvant plus se contrôler tant la chanson est envoûtante !

King a sorti, à la fin de l?année 2005, un album de quatre titres comprenant la chanson Let Me Fly, album éponyme qui s?est arraché comme des petits pains. Fin mélange de créole et d?anglais, King signe avec ce tube un véritable raz-de-marée dans le monde de la musique mauricienne. Un genre nouveau est né, il est authentique, il est bien de chez nous et on en est fier.

Eddy Balancy, un jugement controversé

C?est en juin 2005 que le jugement est tombé pour onze candidats du parti politique Resistans ek Alternativ. Ses membres voulant poser leur candidature aux élections législatives avaient refusé de déclarer leur appartenance ethnique. Ce système, pourtant inscrit dans la Constitution de notre pays, oblige les candidats à préciser à quelle communauté ils appartiennent en raison du Best loser System.

Le jugement d?Eddy Balancy condamnait donc les returning officers qui avaient refusé d?inscrire les onze candidats de Resistans ek Alternativ aux élections législatives du 3 juillet. Le juge avait ainsi statué en faveur des candidats évoquant le droit fondamental de chaque Mauricien à participer à une élection, peu importe son appartenance ethnique.

Cette décision avait provoqué beaucoup de remous. Pour certains et en particulier pour les onze candidats, c?était une grande victoire pour la démocratie alors que d?autres considéraient que la Constitution avait été violée.

L?Alliance pour la justice (APJ) a d?ailleurs fortement contesté le jugement Balancy. Elle a même logé une injonction en Cour suprême ! Le but étant de demander à la commission électorale de ne pas tenir compte des résultats dans les circonscriptions où les 11 candidats de Resistans ek Alternativ posaient. L?APJ estimant qu?à cause de ce jugement, tout le système de Best Loser serait remis en cause et que cela viendrait perturber la représentation des minorités ethniques au Parlement.

Le Full Bench de la Cour suprême a d?ailleurs été favorable à l?APJ venant ainsi renverser le jugement Balancy et obligeant les candidats à mentionner leur appartenance communautaire. Par son jugement, Eddy Balancy aura soulevé une question importante, celle du Best Loser System instauré en 1972 et qui, selon certains politiques, est amené à disparaître dans l?avenir.

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