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Ilots : concilier développement et préservation

14 mai 2007, 00:00

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Jouer à Robinson Crusoë sur un îlot mauricien? Nombreux sont les touristes et Mauriciens qui aiment cette idée. Mais ces fameux îlots où l?on cherche un peu d?intimité sont de plus en plus fréquentés. Il n?y a qu?à voir la profusion de prestataires qui proposent le triptyque catamaran-grillades-animation.

Les îlots sont venus diversifier l?offre touristique. Le tourisme balnéaire est la principale activité du secteur. C?est donc un nouveau créneau qui s?est affirmé depuis quelques années. Cependant, les îlots recèlent d?autres richesses. Le tourisme balnéaire peut se conjuguer dans les îlots à l?éco-tourisme et au tourisme culturel.

La restauration de l?île aux Aigrettes par la Mauritius Wildlife Foundation (MWF) et le National Parks and Conservation Service (NPCS) du ministère de l?Agriculture l?illustre bien. Sanctuaire éco-touristique, l?île aux Aigrettes sensibilise à la biodiversité mauricienne et contribue à sa pérennité.

<B>Restauration du patrimoine</B>

L?île de la Passe et l?île Plate ont une valeur patrimoniale importante de par les vestiges de la colonisation. Une restauration des bâtiments va de pair avec la création ?d?un parcours culturel pour lequel des guides devront être formés? précise Robert Pallamy président du board de Discover Mauritius, entreprise publique qui attend la signature d?un bail pour la gestion de l?île Plate.

Le cas de l?île Plate est intéressant. De nombreux acteurs sont ou seront appelés à participer au projet. Ainsi, la MWF aura pour tâche de veiller à la préservation de la flore et de la faune endémiques. La restauration du patrimoine sera confiée, suite à un appel d?offres, à une Organisation non gouvernementale (ONG) ayant une expertise avérée dans ce domaine. Un parc marin pourrait également être créé par la Reef Conservation Mauritius. Le côté récréatif mettra à contribution différents prestataires de services touristiques. Discover Mauritius mise donc sur la synergie des acteurs pour une gestion globale raisonnée ?dans le souci de préserver l?environnement car c?est l?essence même du produit?.

Il n?empêche que toute annonce de développement touristique sur un îlot entraîne une levée de boucliers tant des écologistes que d?opérateurs ou groupes d?habitants. La crainte principale reste le développement hôtelier sur les îlots. Qu?il s?agisse de l?île aux Bénitiers ou de l?île aux Deux-Cocos, les projets hôteliers ont suscité de vives réactions. Cependant, il semblerait que l?on privilégie aujourd?hui les développements légers ne comprenant pas d?aménagements permanents afin de réduire au maximum la pression sur les îlots.

Pour Ashok Khadun, responsable de la restauration des îlots à la MWF, ?il n?y a pas d?objection au développement touristique tant qu?il y a respect du règlement et des zones de préservation?. C?est dans ce sens que la MWF collabore avec les instances gouvernementales et les opérateurs privés.

La conscience écologique semble se renforcer. Les Mauriciens, a fortiori les acteurs impliqués, sont de plus en plus conscients de la richesse de leur environnement et de fait, son indispensable préservation. Les opérateurs, par exemple, protègent ?leur gagne pain en travaillant de concert, notamment pour le ramassage d?ordures?.

<B>Juste équilibre</B>

La préservation des îlots n?est pas qu?une préoccupation écologique. Le tourisme joue un rôle prépondérant dans l?économie mauricienne et les îlots sont directement concernés par cette activité. Il en va de la qualité de ces produits touristiques.

Le plan de gestion des îlots s?inscrit dans une logique de développement durable qui privilégie l?éco-tourisme. Il ne s?agit pas de mettre sous cloche les îlots mais de trouver un juste équilibre entre attrait touristique et écologie. La dimension environnementale doit faire partie intégrante d?une offre touristique diversifiée. Attirer des touristes uniquement pour les plages, le lagon ou un service haut de gamme est trop réducteur. Encore faut-il espérer que les futurs aménagements seront écologiquement acceptables et les acteurs impliqués écologiquement responsables.

<B>Gilles RIBOUET</B>

<B>Les îlots, témoins de la biodiversité à protéger</B>

■ Les côtes mauriciennes sont complètement anthropisées. Les îlots sont les reliques, plus ou moins intactes, du paysage littoral mauricien que l?on pouvait rencontrer 400 ans de cela. Pour exemple, le paysage originel du Nord de l?île était constitué de plaines marécageuses et d?une savane arborée de palmiers. L?île Ronde, aujourd?hui véritable sanctuaire de la biodiversité, offre un aperçu du milieu naturel d?antan. Par ailleurs, on y retrouve aussi une faune disparue à Maurice (lézards, boas).

Un important travail de réhabilitation du milieu par des campagnes de dératisation et d?élimination des plantes envahissantes à dû être mené. L?île Ronde est une réserve naturelle, depuis 1967, dont l?accès est strictement contrôlé compte tenu de la vulnérabilité de l?écosystème.

À Maurice, les reliquats de forêts primaires recouvrent moins de 2 % de la superficie de l?île. Il s?agit d?espaces dont la mise en valeur agricole est difficile. Les îlots sont donc des espaces qu?il convient de protéger au mieux, car l?empreinte humaine y est moindre et la biodiversité, bien que relativement dégradée, plus facile à préserver.

<B>De la responsabilité écologique : la synergie des acteurs</B>

■ Pour assurer la protection de la biodiversité mauricienne les pouvoirs publics et les acteurs privés mettent leurs forces en commun. Le Islets National Parks Strategic Plan du ministère de l?Agriculture (2004) recommande que ?les partenariats public-privé entre les agences gouvernementales et le secteur privé, les ONG soient encouragés dans la mesure où ils favorisent l?accès à des ressources et expériences complémentaires?.

L?entreprise Discover Mauritius est un exemple de ce type de partenariat. Détenue à 100 % par l?État, dépendante du ministère du Tourisme, les membres du conseil d?administration viennent pour une moitié du secteur public et pour l?autre du secteur privé. S?inscrivant dans une politique touristique définie par les autorités, Discover Mauritius est en mesure de lever plus rapidement et plus facilement des fonds pour la mise en route des projets. ?Nos liens avec le secteur privé nous permettent d?aller vite dans les procédures, c?est un point positif car nous sommes ainsi plus réactifs et efficaces?, note Robert Pallamy, président du conseil d?administration de Discover Mauritius.

On peut parler d?une responsabilité écologique des acteurs privés. Il s?agit dans une certaine mesure de soigner son image, mais pas seulement. Force est de reconnaître que c?est de cette synergie des acteurs que germent les projets les plus aboutis. La population est aussi appelée à participer à la préservation de l?environnement. Dans cette perspective, les ONG mènent notamment des campagnes de sensibilisation. L?éducation a un rôle primordial à jouer pour l?épanouissement d?une conscience écologique. Les différents groupes professionnels sont aussi appelés à collaborer, qu?il s?agisse des pêcheurs ou des prestataires de services.

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