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Ilot Gabriel, où est l?ange qui veille ?
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Ilot Gabriel, où est l?ange qui veille ?
De grands sourires. Des blagues pour mettre les passagers du catamaran dans l?ambiance de vacances. Cela, c?est en surface. Des bulles pour la consommation des touristes en lune de miel. Au fond, l?équipage est inquiet. A la barre comme au bar, les quatre hommes et femmes qui font tourner le catamaran à bord duquel nous faisons la traversée Grand-Baie ? îlot Gabriel, se posent beaucoup de questions.
Première indication : « Pa met mo nom.» Et pourtant, tous témoignent, du photographe qui immortalise ? contre des euros sonnants et trébuchants ? ce moment de détente, à celui qui lave les vomissures dues au mal de mer, à grand renfort de seaux d?eau de mer. Tous sans exception ont leur opinion, toujours défavorable, sur l?installation d?un promoteur touristique à l?îlot Gabriel. Mais personne (parmi ceux que nous avons interrogés) ne souhaite être identifié.
La tension est palpable pour le «vacancier» averti que nous sommes. Avant même de lever l?ancre à 9 heures à Grand-Baie, les commentaires fusent. «Ki li koir ? Dimoun pou paye Rs 400 an plis pou al lor lil ?» Plus émotif, le photographe, qui nous montre un paille-en-queue couvant son nid, immortalisé sur son téléphone portable. «Mo dir toi, mo ti kapav plore kan mo trouve kouma inn ras tou sa bann lerb la. Mo ti abitie koz avek sa bann payanke la.»
Colère des plaisanciers
Une heure et demie de traversée. Par mer étale. Et temps idéal. Pour faire les 16 km qui séparent l?îlot de Maurice. Un petit coin de paradis ? image pas tout à fait cliché ? caché juste derrière le Coin de Mire. «Des touristes préfèrent l?îlot Gabriel à l?île aux Cerfs qu?ils trouvent trop touristique. Ils viennent justement pour le côté sauvage, et c?est cela que l?on est en train de détruire.»
Une traversée qui, passée la barrière de corail, devient perceptiblement plus mouvementée. Arrivée à 11 heures. Les provisions sont débarquées. Pour nous, le tour de l?île peut commencer.
Par la plage toute nue. Débarrassée des herbes hautes où nichaient les pailles-en-queue. Nettoyée de ses coraux et des «siko». A première vue, une plage de sable blanc accueillante. Sauf que pour la rendre ainsi, des plantes endémiques, baume de l?île Plate et bois matelot, ont été arrachées par des mains ignorantes de leur valeur.
Notre tour de l?île nous amène devant deux tombes. Avant que nos pas ne s?arrêtent de l?autre côté de l?île, là où les touristes fans de bronzette ne vont pas. Changement de décor. La plage a cédé la place à un relief accidenté. Cousin de celui de Souillac par exemple.
Nous croiserons un vieux réservoir d?eau, des vestiges de l?ancien hôpital. Une ambiance de canicule, avec pour seuls bruits ? pour peu que l?on s?éloigne de celui des conversations et des enfants s?ébrouant dans l?eau ? celui du vent, de la mer et des cris de paille-en-queue. Baume de l?âme.
De retour sur la plage, le barbecue installé par les membres de l?équipage chauffe à plein régime. Comme la colère des plaisanciers, qui se sont constitués en comité. «S?il le faut, nous organiserons une manifestation», lance Kamben Sawmynaden, vice-président du village de Grand-Baie, contacté au retour. «Li absoluman kouma dir li finn rant dan nou lakaz pran nou manze», dit ce représentant de pêcheurs et d?opérateurs de catamarans et de speed boat.
Plus discrets, deux stagiaires de Reef Mauritius qui ont fait la traversée avec nous. Armés d?un questionnaire en anglais, long de 13 questions, ils demandent entre autres : «A part vous dire que ces îlots sont des paradis, vous a-t-on donné d?autres informations sur ces îlots avant votre visite ? Vous a-t-on dit que ce sont des réserves naturelles ? Si vous étiez sûrs que les fonds recueillis seraient utilisés pour la préservation des îlots, seriez-vous prêts à payer un droit d?entrée sur l?île ? et de combien : a) 5-10 euros ; b) 10-20 ; euros c) plus ?»
Nouveau choc du développement vs la préservation de l?environnement. Du côté des plaisanciers en tout cas, la résistance s?organise. Leur ange gardien leur viendra-t-il en aide ?
LITIGE
Le «restaurant» de la discorde
L?ironie, c?est que Jayraj Woochit affirme qu?il est lui-même un opérateur de bateau de plaisance («pirogue pou amenn tourist plonze») depuis 1971. Aujourd?hui directeur d?Ocean Blue Island Co. Ltd, il a obtenu un bail de sept ans (qui a commencé en février 2007 et qui s?achèvera en 2014, sauf renouvellement) pour l?utilisation de l?îlot Gabriel.
Son projet : proposer la restauration (grillades, et boissons), l?animation (avec troupe de séga) et l?installation de quatre toilettes (jusqu?alors inexistantes) et de douches pour les visiteurs. Le tout pour Rs 400. De cette somme, Rs 115 seront retenues comme droit d?entrée sur l?île, le reste paiera la nourriture et l?utilisation des aménagements. Jayraj Woochit précise :
«Les Mauriciens n?auront pas à payer de droit d?entrée sur l?île.»
Cette formule, qui entre en vigueur aujourd?hui, prévoit que le promoteur soit le seul habilité à faire des grillades sur l?île. Jusque-là, certains opérateurs de catamarans faisaient eux-mêmes leur barbecue sur l?île alors que d?autres le faisaient à bord du catamaran, dans la baie de l?îlot Gabriel. Jayraj Woochit ajoute : «Cela ne veut pas dire que nous allons construire un restaurant sur l?île. C?est un barbecue qui sera installé.» Il explique que si le bail couvre la totalité de l?îlot, son projet sera installé sur une superficie de 10 000 mètres carrés. Un bail qui prévoit que le promoteur sera responsable de l?entretien de l?îlot.
PAGE D?HISTOIRE
L?îlot de la mémoire
Le saviez-vous ? La tombe du Dr Onésiphe Beaugeard ? le même qui a donné son nom à une école primaire portlouisienne ? menacée de démolition, se trouve sur l?îlot Gabriel. Envoyé pour soigner des maladies infectieuses tels la malaria et le choléra, il y trouva la mort. Durant la période de l?immigration indienne, l?îlot Gabriel et sa voisine l?île Plate ont servi de station de quarantaine pour les travailleurs engagés.
Placé sous la responsabilité du Nature Park Conservation Service du ministère de l?Agro-industrie et de la Pêche, l?îlot Gabriel est une réserve naturelle, avec pour caractéristique le baume de l?île Plate. L?îlot est le seul endroit où pousse cette plante.
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