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Ilois souverain

29 octobre 2008, 20:00

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Lui, c?est l?autre. Celui que tout oppose au médiatique Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos. Et quand on reparle de la photo montrant Bancoult tenant Fernand Mandarin par la main, à bord du bateau qui les a ramenés au pays natal en 2006, Fernand se tait. Mandarin fronce les sourcils. Exige de la discrétion. Explique que trois mois après la poignée de main symbolique, Bancoult lui a intenté un procès. Alors vous comprendrez qu?à la croisée, «linn soizir so sime».

Pêcheur artisanal, Fernand Mandarin est d?un tempérament terre-à-terre. Sa nostalgie du pays perdu est articulée. Dépouillée de sentimentalisme. A part pour cette lèvre qui tremble quelques fois. Ces yeux rouges qui rougissent un peu plus. Et ce fond de larme qui ne franchit jamais le brisant de la paupière.

A l?annonce du dernier jugement de la House of Lords, qui à trois contre deux s?est exprimé contre un retour des Chagossiens dans l?archipel, «monn sagrin». Le visage de Fernand Mandarin ? qui ne fait pas du tout ses 65 ans ? exprime surtout de la colère. Celle de l?homme qui s?y attendait. Tout simplement.

Car ses «gran fami» lui ont toujours dit que «angle zame pou kont so lapatri». «Kouma nou kapav koir ki nou kapav poursuiv angle dan so prop lakour, avek so prop avoka, diva so prop ziz ? »

Pratique avant tout, Fernand Mandarin qui réclame le droit au retour depuis 1995, se souvient des permissions accordées par les Anglais, pour des visites humanitaires. «Me aster, ou perdi dan boi, ou perdi dan lakour ousi». Comment dans ces conditions demander de nouvelles permissions aux britanniques ? «Kouma nou pou ena sa toupe la pou dimann enn faver ?»

Voilà pourquoi, ce natif de Peros Banhos débarqué à Maurice le 18 mars 1966, à l?âge de 23 ans n?a pas pris le passeport britannique. «Les Anglais ont donné cela pour nous diviser. Est-ce que vous croyez qu?un Chagossien qui est en Angleterre pense à retourner aux Chagos ?»

C?est vrai, en 1995, il a préféré prendre un passeport du British Indian Ocean Territory ( BIOT), pour aller consulter avoué et avocat en Grande- Bretagne. Mais c?était pour des raisons économiques, se défend-t-il. Parce qu?avec un passeport BIOT, pas besoin de payer quelques milliers de roupies pour un visa. «Si mo tinn pran paspor moris, mo pa ti pou kapav pay viza».

C?est aussi une stratégie. Eviter d?avoir, «lame atase», avec ce passeport qui fait de vous un sujet britannique. Pour pouvoir interpeller l?Angleterre, «pou ki li dir nou si nou retour se kouma dir lavi eternel. Nou le enn repons».

Un rêveur Mandarin ? pas le moins du monde. «Ou koir moi ou soi Bancoult kapav amenn enn group dimoun viv laba ?» Non. Lui se bat pour ce droit fondamental. Celui du retour là où il est né. Mais pas forcément pour y vivre.

L?argument économique n?est jamais loin de Mandarin. Lui, qui a connu «latas miner» pour Rs 7 par mois, à l?usine de copra, en passant par plusieurs métiers physiquement éprouvants : debarder, maçon, pêcheur, Fernand Mandarin sait ce que, «vo enn kas».

Les compensations successives, le dirigeant du Comité Social des Chagossiens en parle franchement. Détaillant par le menu l?usage qu?il en a fait. Avec la première, en 1998, soit Rs 7 700.90 par personne - il tient à la précision ( cela fait Rs 15 400 pour sa femme et lui, plus les milliers de roupies accordés à ses cinq enfants) ? Mandarin rachète la maison qu?il louait à Rs 35 par mois, à Cassis.

A l?époque, il est «debarder». Avec la deuxième compensation, en 1982, qui était de Rs 46 000 par personne, «mo kass mo lakaz tol mo met beton». Quand il est licencié des docks en 1980, le «debarder» fait l?acquisition d?une pirogue et se recycle en pêcheur artisanal. «Monn al labank devlopman, monn pran term, ar sa mem mo ankor pe roule ziska zordi».

<I>«Les Anglais nous ont donné le passeport britanique pour nous diviser. Est-ce que vous croyez qu?un Chagossien qui est en Angleterre pense à retourner aux Chagos ?»</I>

Conscient d?être parmi les quelques Chagossiens à avoir fait fructifier ses compensations, Fernand Mandarin pince ses lèvres et n?aborde qu?en confidence ce cliché ethnique qui rend certains dépensiers et enclins aux «tamtam ».

Mandarin a les mains de l?homme qui a beaucoup travaillé. Ce qui ne l?empêche pas d?avoir l?esprit aux oiseaux, aux poissons «par arpents» de son île lointaine. Il n?a pas non plus oublié les six livres de riz qui constituaient la ration hebdomadaire, là-bas à Peros. «Si ou pa travay enn zour, ration koupe».

Coupée aussi la ration de vin qui faisait partie du salaire pour le travail à l?usine de copra. C?est comme cela que Fernand Mandarin rationalise la nostalgie du paradis perdu. Et les histoires de Chagossiens qui se seraient laisser mourir de tristesse. «Là-bas, ceux qui ne buvaient pas leur ration de vin, la revendaient au marché noir. Arrivé à Maurice, ce n?était plus la ration, mais l?abondance. J?ai beaucoup d?amis qui sont devenus alcooliques».

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