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Illusoire renouveau ?

5 novembre 2005, 20:00

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Un long ralentissement dans la conduite des affaires dû au voyage en Inde, une semaine économiquement morte? Demain, le pays devrait enfin se dégourdir ! Mais il risque, hélas, de ne pas avoir longtemps la tête à l?ouvrage ; les fêtes montrent déjà leurs couleurs? Avant que cette nouvelle torpeur ne nous paralyse, il est urgent que le grand débat du renouveau économique soit engagé. Une condition s?impose : le chef du gouvernement doit immédiatement retrouver la dynamique susceptible d?impulser la re-création du pays. Il lui faut retrouver le souffle de renouveau qui a marqué ses premiers jours de mandat afin d?amener cette nécessaire réflexion « hors du cadre ». Ce souffle a paru s?éteindre cette semaine.

Peut-être est-ce le relâchement de l?après-100 jours, peut-être est-ce le confort de l?amitié indienne, qui donne l?illusion que tout va bien et que l?on n?a pas besoin de se bouger, peut-être encore est-ce la tendance qui veut que le politique, une fois au pouvoir, perde son élan. Toujours est-il qu?à deux reprises ces derniers jours, Navin Ramgoolam n?a pas paru ce qu?il promettait d?être. Ces situations concernaient des enjeux d?importance relativement mineure mais le Premier ministre n?a pas illustré la disposition d?esprit qui lui devait, à nos yeux, d?être l?homme qui pourrait aider le pays à négocier le tournant difficile. Lui qui disait vouloir casser les vieilles habitudes, insuffler du modernisme dans nos vieilles institutions, a eu des attitudes rétrogrades.

D?abord, la sanction infligée à des journalistes de la MBC pour n?avoir pas couvert une visite de courtoisie. Certes, jamais jusqu?ici nos dirigeants ne sont arrivés à faire la distinction entre une télévision d?État et une télévision de service public. Une télévision d?État ne vit que des fonds de l?État ; l?État estime donc qu?il a la légitimité de décider ce qui constitue l?intérêt général pour une nation. Dans une télévision de service public, qui reçoit des fonds de la publicité commerciale et du public, c?est le public le patron. L?État gère « à distance » et ne s?ingère pas dans les décisions éditoriales. C?est le cas de la MBC, qui a la liberté et la lourde responsabilité, beaucoup plus contraignante que pour un organe privé, de satisfaire le grand public.

En se comportant comme le patron de la station, Navin Ramgoolam donne l?indication que ce n?est pas sous lui que la MBC s?émancipera de la tutelle étatique et acquerra l?autonomie d?un véritable service public. On peut, il est vrai, arguer que d?autres ont fait pire en utilisant la télé pour la propagande politique de leur parti. Ici, il s?agissait de rendre compte de la visite d?un ministre étranger, d?importance plus nationale. Mais le principe est le même, on l?appelle non-ingérence. Et les débordements surviennent quand il n?est pas respecté. Ce n?est pas au Premier ministre de décider ce que le public doit prioritairement savoir, mais aux professionnels de la MBC de le déterminer en fonction de la mission qui leur est confiée. C?est une des conditions qui mènera la MBC à la qualité, une autre étant que ceux qui la dirigent ne se contentent pas de baisser leurs casquettes sans réclamer cette autonomie.

L?autre surprise, c?est la présence politique aux célébrations religieuses, appelée, nous le pensions, à changer avec le nouveau Premier ministre. À l?une des premières invitations qui lui a été faite, la célébration de la St Louis, Navin Ramgoolam avait demandé à ne pas être installé dans le ch?ur, contrairement à la coutume. Il voulait ainsi marquer la distinction entre Église et État, distinction qu?il demanderait, confiait-il au vicaire général, à toute cérémonie religieuse. Cette volonté de discrétion colportait un message : si le chef du gouvernement est conscient que l?équilibre social de l?État passe par la reconnaissance explicite des religions, il se garde cependant d?en être partie prenante.

Cette heureuse distance, était tout à l?honneur de Navin Ramgoolam. Les pressions socio-religieuses ont pris une telle importance au fil des années que voir la politique revendiquer ainsi son rôle de défendeur de l?intérêt du général, et non des particuliers, avait quelque chose de prometteur. Mais cette bonne intention n?a pas prévalu aux cérémonies suivantes.

Un discours politique dénonçant avec une violence hors de propos « les traîtres », dans le cadre de Divali, une intervention pas moins discrète au Eid Milan Party ne sont pas ce qu?on peut appeler une distinction visible entre foi et État. Il est possible que Navin Ramgoolam fasse la distinction entre réception et cérémonie ; le message qu?il disait vouloir transmettre se perd-il alors dans cette subtilité ? Il est possible aussi qu?il ait changé d?avis, préférant ne bousculer personne.

Ces manières, pourtant, ne nous font aucun bien. Le pays ne doit plus être ménagé. Pour le tirer de la crise économique, il faut lui apprendre que certains schémas de pensée doivent être dépassés. Navin Ramgoolam a le plébiscite, l?ouverture et l?idéalisme qu?il faut pour propulser le changement.

En aura-t-il le tempérament ?

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