Publicité

?Il y a très peu de propositions concrètes dans le programme du PTr?

29 juin 2005, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

● <B>Le manifeste électoral du Mouvement socialiste mauricien (MSM)- Mouvement militant mauricien (MMM) propose la création de 50 000 nouveaux emplois. Comment y arriverez-vous avec le déclin de deux piliers majeurs, en l?occurrence le textile et le sucre ? </B>

Nous avons déjà créé près de 50 000 nouveaux emplois durant ces quatre dernières années, principalement dans les services tels le tourisme, les technologies de l?information et des communications (Tic) et les services financiers.

Nous sommes confiants que nous allons réussir à augmenter les investissements et l?emploi. Nous avons initié une nouvelle phase de l?économie avec la réduction des taxes douanières qui permettra le développement de nouvelles activités de production et de consommation.

● <B>Et quid de l?embauche dans les secteurs traditionnels tel le textile ? </B>

Les pertes d?emplois massifs dans le textile-habillement sont derrière nous. La plupart des groupes hongkongais qui étaient à Maurice ont déjà délocalisé vers la Chine. Notre priorité est de stabiliser l?emploi dans la zone franche. Il y a 68 000 employés dans les activités d?exportations manufacturières, principalement dans le textile. Avec les mesures de redressement et d?amélioration de la productivité et la nouvelle impulsion d?Enterprise Mauritius, nous allons pouvoir maintenir l?effectif de ce secteur.

● <B>Que répondrez-vous à l?Alliance sociale qui met les licenciements massifs dans le textile-habillement sur le compte de la non-obtention de la dérogation au ?third country fabric? sous l??Africa Growth and Opportunities Act? (AGOA) à temps ? </B>

C?est un faux argument. Prétendre que l?obtention de cette dérogation une année plus tôt aurait éviter les pertes d?emplois est une aberration. L?Alliance sociale est en train de prendre les Mauriciens pour des ignorants.

Même les pays qui ont bénéficié de cette exemption bien avant, soit le Lesotho et le Swaziland, ont également connu des pertes d?emplois avec le départ des opérateurs taïwanais qui se sont délocalisés vers la Chine.

Les licenciements dans la zone franche sont la conséquence inévitable de la libéralisation du marché de textile et de la fin de l?ère des quotas. Il est prévu que 25 millions de jobs vont disparaître à travers le monde ? du Bangladesh au Mexique ? à cause de la libéralisation.

D?ailleurs, nous n?aurions jamais pu obtenir la dérogation du third country fabric une année plus tôt. Elle a été obtenue en 2004 dans des circonstances exceptionnelles. Il a fallu que le Premier ministre, Paul Bérenger, intervienne personnellement auprès du président Bush pour une extension de l?AGOA. C?est en signe de reconnaissance de cet effort désintéressé de Maurice envers les pays africains que l?administration américaine a pu convaincre les sénateurs et les Congressmen d?accepter l?octroi d?une dérogation aux règles du third country fabric en faveur de Maurice.

Le Parti travailliste (PTr) ne sait peut-être pas que la dérogation dont jouit Maurice n?est pas aussi favorable que celle obtenue par le Botswana. Malgré les efforts de l?administration américaine, il existe toujours une résistance farouche à l?égard de l?octroi de préférences pour Maurice. La non-obtention de la dérogation une année avant n?est pas un échec de notre diplomatie économique comme le prétend l?opposition. Bien au contraire. Notre acquis est la preuve que nos efforts de lobbying ont porté leurs fruits.

● <B> Vos adversaires appliquent l?argument de l?échec de la diplomatie économique à la baisse de prix du sucre également?</B>

Mon collègue Nando Bodha a déjà répondu à cet argument. Il faut retenir que Maurice subit les conséquences de la mondialisation. Il s?agit là d?un processus irréversible. Diplomatie économique ou pas, la marge de man?uvre des pays en voie de développement est considérablement réduite surtout après Doha et l?émergence du G-20.

Les pays développés ne nous accorderont plus d?accès préférentiels à leurs marchés. Les exigences économiques de ces pays sont telles qu?ils achèteront leurs bananes, leur sucre ou encore leur textile à des prix compétitifs et non plus à des prix garantis, supérieurs aux prix du marché. Ce qui se passe dans le sucre s?est déjà produit dans la banane hier et se passe dans le textile aujourd?hui.

Notre priorité est de restructurer notre économie pour qu?elle puisse s?adapter à un marché libéralisé et en même temps saisir les opportunités dans les services et le commerce international. Maurice doit devenir une plate-forme ouverte de production et de services pour la région et pour le monde entier.

<B>?Le Parti travailliste ne sait peut-être pas que la dérogation dont jouit Maurice n?est pas aussi favorable que celle obtenue par le Botswana.? </B>

● <B>Quels seront les nouveaux contours de l?économie sous un prochain mandat MSM-MMM ? </B>

Le dernier budget inaugure une nouvelle phase de l?histoire de notre développement économique. La première phase avait permis le développement de la zone franche. Les accords préférentiels dans le textile et le sucre ont permis de survivre avec en parallèle une industrie locale hautement protégée. Maurice a un taux de taxe à l?importation les plus élevés en Afrique malgré notre appartenance au Common Market of the Eastern and Southern Africa (COMESA) et la South African Development Community (SADC).

Avec la disparition des préférences à l?exportation, Maurice ne peut plus se permettre une industrie locale protégée qui est synonyme d?inefficience et de fardeau lourd pour les consommateurs. La deuxième phase de libéralisation de l?économie déclenchée par le dernier budget va réorienter toutes les ressources engagées dans les industries locales vers plus d?efficience, de compétitivité et de qualité.

Maurice tout entière aura à mobiliser toutes les ressources avec efficience pour pouvoir exporter et créer des emplois. Certaines entreprises ont déjà commencé à gagner ce pari en s?attaquant aux marchés régionaux.

Il faut désormais oublier la distinction entre l?industrie locale et l?industrie de l?exportation. Maurice est bien partie pour devenir une plate-forme d?exportation. C?est cela notre avenir. Enterprise Mauritius aura une approche intégrée pour tout le secteur industriel. Nous n?avons pas le choix. Les échéances de la libéralisation sous la SADC sont proches. Il nous faut être proactifs. Nous devons défendre nos préférences, mais nous devons aussi nous préparer pour survivre avec nos propres efforts. C?est le défi que nous avons déjà commencé à relever avec la restructuration dans l?industrie sucrière et dans le textile-habillement.

● <B>Est-ce qu?un prochain gouvernement MSM-MMM maintiendra la politique de roupie compétitive ? </B>

Il incombe à la Banque de Maurice de déterminer en toute indépendance la politique du taux de change. Elle tient en compte les impératifs de la compétitivité des exportations et aussi la nécessité de contenir l?inflation à un niveau prédéterminé. C?est un équilibre que la Banque centrale devra toujours essayer de maintenir. Nous sommes satisfaits que la Banque de Maurice arrive à réconcilier ces deux considérations. Il n?y aura pas de changement sur ce plan. La Banque centrale continuera à gérer la politique monétaire en toute indépendance.

● <B>L?Alliance sociale impute les hausses de prix des produits importés essentiellement à la roupie faible?</B>

Il incombe à la Banque centrale de trouver l?équilibre nécessaire entre la nécessité de maintenir la compétitivité de nos produits et son rôle pour le maintient de la stabilité des prix.

● <B>Comment trouvez-vous le manifeste de l?opposition ? </B>

Je constate qu?il y a très peu de propositions concrètes dans le programme du PTr. Il n?y a rien de nouveau en ce qui concerne l?industrie. Dans les services financiers, je suis étonné d?apprendre que le parti s?engage à effectuer une refonte du cadre de la supervision, alors que nous avons beaucoup réalisé sur ce plan. Les mesures proposées pour attirer l?investissement sont par ailleurs vraiment incompréhensibles.

Parmi les quelques mesures concrètes qu?ils proposent, je note qu?ils reviennent sur leurs propositions concernant l?exemption à l?impôt à plus de 25 000 familles. Le programme parle de son côté d?allègement du fardeau fiscal et non d?abolition de l?Income Tax. Si le PTr peut changer en l?espace de quelques semaines une des leurs principales propositions fiscales, l?on peut se demander ce qu?il fera après les élections si jamais il arrive au pouvoir.

● <B>Il y a aussi la démocratisation de l?économie qui demeure un des principaux thèmes du manifeste de l?Alliance sociale?</B>

Toute leur stratégie consiste à promettre une démocratisation de l?économie et une réforme de l?accès à la terre. Ils passent sous silence le deal Illovo qui est un des plus grands exemples de démocratisation des terres qu?a connue l?île Maurice depuis l?Indépendance.

Ils oublient aussi qu?il y a eu une de plus grandes diversifications du pouvoir économique à Maurice grâce aux nouveaux investisseurs locaux et étrangers. Les exemples abondent : Larsen & Toubro, Accenture, la Compagnie mauricienne de textile, l?enseigne hôtelière Taj et Oberoi, Infosys, Chan Li Spinning, Star Knitwear et Mahanagar Telephone Nigam, parmi d?autres.

Nous avons permis à un plus grand nombre d?acteurs d?opérer sur le terrain économique. Le PTr n?a rien accompli dans le domaine de la démocratisation de l?économie lorsqu?il était au pouvoir sinon de renforcer la concentration économique dans les mains de quelques familles.

L?Alliance sociale prétend s?attaquer à la concentration des richesses, mais ne propose rien de concret et réaliste pour le faire. Soit ils feront comme au Zimbabwe dans le cas de l?accès à la terre, soit ils ne feront rien du tout. Les connaissant, je pencherai plutôt pour le deuxième scénario.

Propos recueillis par <B>Akilesh ROOPUN</B>

Publicité