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?Il faut un système électoral mixte pour imposer l?égalité?

10 mars 2004, 20:00

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Il est beaucoup question de représentation des femmes en politique. Qu?en pensez-vous en tant qu?experte du comité sur la Convention sur l?élimination de toutes formes de discrimination à l?égard des femmes (CEDAW) ?

Tout le monde reconnaît que les femmes sont sous-représentées en politique à Maurice. Le Parlement est à 95 % masculin. fait plus grave encore, cette sous-représentation perdure depuis 50 ans. C?est purement l?accaparement de la représentation nationale par un sexe. Je juge les Mauriciennes timides car jusqu?ici aucun groupe de femmes ne s?est élevé pour réclamer la parité.

Maurice n?a-t-il pourtant pas ratifié la CEDAW?

C?est effectivement le cas depuis 1984. Je note cependant que le rapport du comité parlementaire ne fait pas mention des obligations de Maurice sur le plan régional et international. Le pays ayant signé la CEDAW, il est tenu d?en respecter tous les articles, à commencer par l?article 7. Celui-ci stipule qu?un Etat membre doit prendre toutes les mesures appropriées pour éliminer la discrimination à l?égard des femmes dans la vie politique et publique. Il doit en particulier leur assurer des conditions d?égalité avec les hommes, le droit d?être éligibles dans tous les organismes publics et de prendre une part active à la vie politique de l?Etat, le droit d?occuper des emplois publics et d?exercer toutes les fonctions à tous les échelons du gouvernement.

En 1995, à la conférence de Beijing, l?Etat avait pris un engagement similaire. Deux ans plus tard, au Malawi, il a signé la Southern African Development Community Declaration on Gender and Development où les engagements sont quasi-identiques.

Je note cependant qu?aucune mention n?est faite des obligations de Maurice sur le plan régional et international dans le rapport du comité parlementaire et qu?il ne reproduit pas ce que le juge Albie Sachs a dit sur la représentation des femmes en politique à Maurice.

Vos commentaires sur ce rapport parlementaire ?

Ce que propose le comité parlementaire est aberrant. C?est une insulte aux femmes. Avec ce rapport, les femmes vont enregistrer un recul. Je suis pour une réforme du système électoral en vue d?y introduire un système mixte comprenant celui de First Past The Post et de la représentation proportionnelle par le biais de la Party List pour corriger les injustices. Mais là où je ne suis pas d?accord avec ce rapport, c?est concernant le nombre de sièges réservés aux femmes sur la Party List, soit six candidates sur 12 dans l?ordre que le parti décidera. De plus, ledit rapport limite la représentation des femmes à la Party List et exclut leur élection sur la base des circonscriptions. C?est dit clairement au paragraphe 91.

Dans un tel cas de figure, les femmes seront considérées comme des députés de deuxième grade. Comment pourraient-elles avoir les mêmes devoirs et obligations que ceux élus dans les circonscriptions puisqu?elles n?en auront point ? C?est illogique. Dans tous les pays où les femmes ont fait une percée dans la vie politique, c?était à la suite d?une réforme électorale ayant introduit un système d?élections mixtes. Si cette recommandation du comité parlementaire est appliquée, l?hémicycle sera toujours monopolisé par les costards-cravates.

Que proposez-vous donc ?

J?ai formulé quelques propositions en tant que présidente de la Task force chargée de revoir les lois discriminatoires à Maurice. Dans ce rapport rendu public en 2001, j?ai recommandé l?introduction d?un quota d?un tiers de femmes. Pour rendre cela effectif, des amendements devront être apportés tant à la Constitution, qu?aux lois électorales et au Local Government Act. Je rejette catégoriquement la recommandation du comité parlementaire et propose à la place une candidate sur trois pour les circonscriptions de Maurice et une candidate sur deux pour Rodrigues. Je demande aussi que les dix premiers candidats figurant sur la Party List soient des femmes.

Ce que vous proposez pourrait être considéré discriminatoire à l?égard des hommes ?

Pas du tout. La CEDAW exige des Etats membres l?adoption de mesures temporaires et spéciales visant à accélérer l?instauration d?une égalité de fait entre les hommes et les femmes. L?article 4(1) de la Convention précise que ces mesures temporaires spéciales ne sont pas considérées comme discriminatoires. Elles seront abrogées dès que les objectifs en matière d?égalité des chances et de traitement auront été atteints. Kofi Annan, le secrétaire général des Nations unies, a demandé à trois experts ? Beate Schopp-Schilling, Cees Flinterman et moi-même ? de rédiger une recommandation générale qui a été adoptée lors de la dernière réunion de la CEDAW à New York.

Dans cette recommandation générale n° 25, l?accent est mis sur la distinction qui est faite entre l?égalité formelle et l?égalité substantielle. L?égalité formelle ne peut produire d?égalité puisqu?elle ignore les inégalités. Elle consiste non pas à rechercher l?égalité, mais à faire comme si tous les gens étaient égaux. Par contre, l?égalité substantielle met l?accent sur l?égalité des résultats.

Ladite recommandation précise aussi que l?adoption des mesures temporaires spéciales demeurent le seul moyen d?aboutir à cette égalité de facto entre hommes et femmes. La CEDAW et la recommandation générale n° 25 ont force de loi et devraient l?emporter sur les lois nationales. De toutes les façons, pourquoi vouloir exclure les femmes ? Je les considère plus sensibles et plus ouvertes aux autres que les hommes. Il faut trouver un équilibre constructif entre les deux car nos qualités respectives doivent être complétées et nos défauts se compenser. Il n?y a pas une partie de l?humanité qui soit meilleure que l?autre.

Propos recueillis par Marie-Annick Savripène

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