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?Il faut assumer l?Histoire?

30 mars 2006, 00:00

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<B> 59 ans après les faits, que faut-il retenir du 29 mars 1947 ? </B>

L?insurrection est avant tout le combat d?un peuple, de tout un pays, pour recouvrer son indépendance totale. Le mouvement, en tant que guerre de libération nationale, aurait dû aboutir sinon à une victoire militaire, du moins à une victoire politique. Or, la victoire politique, s?il y a eu, aurait dû nous pousser vers l?avant, à être plus unis et solidaires, au lieu de provoquer une cassure. Jusqu?à présent, cette cassure n?est pas encore prête d?être comblée.

<B> Pour quelles raisons ? </B>

Beaucoup de mythes entourent encore l?insurrection. Et briser les mythes ne relève pas du politiquement correct. À côté, il y a également le problème des archives. À mon avis, on ne peut pas tourner une page qu?on n?a pas lue. Nous évitons le sujet car nous avons peur d?affronter nos réalités historiques et nous avons peur de crever l?abcès.

Or, on ne peut aller de l?avant si l?on ne part pas de la réalité. De toute façon, il n?y a pas que des actifs, il faut également assumer le passif. Tant que nous ne nous décidons pas à briser ces mythes, nous ferons toujours du surplace.

<B> Quels sont ces mythes qui nous empêchent d?avancer ? </B>

Je citerai l?exemple de Moramanga, un des hauts lieux de l?insurrection. On dit toujours que tout a été en symbiose totale et en parfaite unité entre les Malgaches, entre toutes les ethnies et tous les groupes sociaux, avant, pendant et après le mouvement. Or, au Nord de Moramanga, dans le fameux état-major numéro sept, les fractures anciennes ont subsisté même durant les événements de 47. Les conflits entre Mainty et Fotsy ont été flagrants. À l?époque, les Mainty ont occupé le haut de la hiérarchie militaire tandis que les Andriana se sont cantonnés à des tâches traditionnellement dévolues aux premiers.

Pire, les villages des Andriana ont été pillés par les soldats mainty. Un autre cas flagrant s?est déroulé dans la partie sud-est de l?île. La concurrence entre pouvoir traditionnel des Tangalamena et pouvoir politique des cadres MDRM a été très forte. Il faut ajouter à cela l?autonomie des chefs de guerre.

<B> Le clivage Merina-Côtiers fait-il partie de ces mythes ? </B>

Justement. Les gens des régions côtières de l?Ile se sont sentis victimes des événements. Pire, l?insurrection du 29 mars a validé auprès des premiers les rumeurs véhiculées par l?administration coloniale sur le caractère fourbe des Merina. Les littoraux se sont sentis instrumentaliser et ont cru qu?ils ont été envoyés contre l?administration coloniale pour servir de chair à canon. Ils ont considéré le désistement des insurgés de la capitale comme une trahison.

Et jusqu?à maintenant, cette interprétation est encore bien ancrée dans la mentalité des gens. Or, sur le terrain, les raisons du désistement ont été tout autres. Tout cela mérite des débats et de meilleures explications pour pouvoir l?évacuer.

<B> Qui les a agencés, les hom-mes politiques ou les historiens ? </B>

Les deux à la fois. Il y a les clichés construits par les colons, mais également par les Merina de la capitale. Le MDRM a voulu justifier sa position par rapport aux événements et à l?opinion malgache. Le 29 mars n?est qu?un épisode d?un long processus pour accéder à l?indépendance. Il a fallu lutter pour y arriver.

Chaque groupe a essayé de se positionner pour la suite des événements et le MDRM s?est trouvé encore dans la course pour récupérer l?héritage colonial. La preuve, les deux personnages phares du MDRM, les députés Ravoahangy et Rabemananjara, ont été très présents sur la scène politique pendant la période post-coloniale. Les historiens sont ensuite venus valider les mythes.

<B> Quelles leçons tirer de ces événements ? </B>

Il faut d?abord prendre en charge les événements de 47. Il faut assumer l?Histoire. Pour l?instant, je ne vois pas de quelle manière cette prise en charge a été effectuée. Quand on a commencé la commémoration de ces événements en 1967, 20 ans après les faits, c?était plutôt dans l?objectif de les oublier. Par la suite, sous la IIe République, on a commencé à célébrer 1947, mais il y a eu, derrière l?initiative, une volonté de trouver une certaine légitimation historique à travers le mouvement, donc une certaine instrumentalisation.

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