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Il faut agir d?urgence pour un développement durable

22 octobre 2008, 00:00

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Les événements de ces derniers jours ne peuvent nous laisser insensibles. La cascade de crises (subprimes, bancaires, boursières?) dans laquelle l?épargnant lambda est directement interpellé et de facto doit réagir.

L?urgence pour chaque citoyen mauricien n?est plus de laisser faire seuls les politiciens qui se cachent par habitude derrière l?hypocrisie et la langue de bois. Le contexte s?y prête car le capitalisme est bel et bien mort. Celui «sauvage» qui a favorisé nombre de prédateurs depuis que Ronald Reagan/Margaret Thatcher ont préconisé un modèle libéral dans lequel le marché pouvait «s?autoréguler» sans l?intervention de l?État. On ne fait dorénavant plus confiance aux gestes et cris quotidiens de «barbares manipulés» des places boursières. Depuis la chute du mur de Berlin (à fêter le 9 novembre prochain), l?autre barbarie du communisme d?état n?a pas survécu non plus. Ce qui renaît de la Russie actuelle (avec une mafia plus que jamais prédominante) n?est pas la référence que l?on pourrait citer. De même, la Chine, «capitalisme d?État à économie de marchés» repose sur un parti unique et une armée omniprésente pour imposer «la dictature du peuple» pour son bonheur .

À Maurice, nous le savons si nous sommes de bonne foi : le discours de certains politiciens se traduit dans le quotidien par des vociférations mutuelles pour contrôler le pouvoir. Car l?évolution politique et économique depuis l?indépendance prouve qu?ils ne sont pas différents. D?ailleurs pas mal d?entre eux ont travaillé dans la même équipe ministérielle à un moment ou un autre, par pur opportunisme ou, rarement, dans l?intérêt supérieur du pays. Ils n?ont fait que reprendre ce qui a été lancé depuis 1968 et mettre à leur compte la réussite de tel ou tel secteur (de la zone franche au tourisme, entre autres).

Par conséquent, on peut sans hésiter dire : le capitalisme barbare est mort ! Vive le capitalisme à «visage humain», qui permet un engagement politique sincère, durable et métissé.

● <B> Une chance à ne pas rater ! </B>

En créole (un peu vulgaire), pour celui qui ne réalise pas la chance qu?il a, ne dit-on pas que «so deryer gras». En effet, ne l?avons-nous pas un peu «gras» si nous sommes incapables de saisir la chance unique qui nous est offerte ? On ose à peine y croire. Nous pouvons nous lancer un défi «universel» avec l?autorité et la dimension internationalement reconnues de Joël de Rosnay. Par la grande porte, SVP, dans le trend mondial actuel : développement durable, commerce équitable, agriculture biologique, réchauffement de la planète? problématique que nous pouvons aborder sans complexe avec lui. Nous n?avons ni le droit ni le «luxe» de rater cette chance, même si l?opposition dit que ce monsieur travaille pour le pouvoir en place.

● <B> Notre succès : notre capital</B>

Ne serait-ce que pour cela, il est temps de mettre au rancart nos «divergences». Quel pays au monde en «développement» pourrait prétendre de nos jours à tant de réussite et de paix sociale ? Pas beaucoup, même si on peut y détecter, avec raison, des lacunes comme la misère cruelle de certaines couches de la population, la corruption et le communalisme ambiant. Cependant, Thabo Mbeki n?avait-il pas aussi raison, lors de son dernier passage, quand il constatait que les Mauriciens peuvent prétendre à l?électricité et l?eau dans presque chaque foyer.

Si on a suivi de près l?histoire de la décolonisation de pays comparables au nôtre ? Madagascar et Zimbabwe ? Maurice a su et pu sauver la mise. À une période, il était juste de se réclamer «révolutionnaire et tiers-mondiste». Cette part de rêve avait ses raisons d?être pour certains d?entre nous. La majorité populaire a, à un moment, concrétisé ce rêve en choisissant de porter au pouvoir un seul parti avec un 60 - zéro sans appel. Ensuite, la sagesse a heureusement pris le dessus (sur la révolution et le tiers-mondisme) et une majorité des responsables reconnaît depuis longtemps que tous les grands leaders ont contribué au progrès et au succès reconnus de notre économie. Grâce à son système politique stable, imparfait certes, mais envié. Les institutions internationales ne cessent de l?affirmer.

À l?inverse, on aurait pu avoir eu droit au pire. Justement, à un capitalisme ou à un communisme «barbare» dans lequel seul aurait compté le profit ou la «dictature du prolétariat». Les plus démunis n?auraient pas été mieux lotis et ils auraient pu être encore plus nombreux et plus précaires. Comme nos responsables politiques martèlent tous comme d?habitude vouloir prendre en compte le «bonheur» du peuple, il faut arriver à leur faire dire, qu?aujourd?hui, cette volonté ne peut être crédible que si les perspectives du développement durable sont prises en compte. C?est encore la voie de la sagesse qu?ils doivent prendre pour notre «bonheur» et celui de la «planète».

● <B> Notre vocation universelle ! </B>

C?est ce que Joël de Rosnay nous «supplie» de réaliser avec lui. Avec, quand on l?écoute essayer de nous convaincre, tant de tendresse et d?enthousiasme poétiques, philosophiques et scientifiques pour une Maurice, moderne et métissée. Sir Richard Branson, autre personnalité de l?actualité mondiale, n?a-t-il pas manifesté son intention de contribuer à faire de Maurice la référence en île «verte» ?

Rappelons-nous encore : au début de la zone franche, ceux qui ont eu l?idée folle de croire que Maurice pouvait faire autre chose que le sucre, n?étaient rien d?autres que des poètes. Comme nous le rappelle José Poncini : «L?entrepreneur est taillé dans la même toile que l?artiste ?.» (édition spéciale de l?express ? Genèse d?un miracle pour les 40 ans de l?indépendance de Maurice). Ce que Joël de Rosnay essaie d?entreprendre avec nous s?inscrit dans cette lignée des «rêveurs».

Philosophe, quand il oppose la notion de développement durable à celle plus «équilibrée» de développement «adaptatif régulé». Pour lui, il n?y a pas d?opposition entre développement économique et protection de l?environnement. «Il est stérile de considérer que le développement ne peut s?adapter à son environnement, la régulation étant le rôle des écocitoyens.» Chacun est responsable de ce développement équilibré, affirme-t-il. Sa sagesse nous rappelle simplement le Yin/Yang du taoïsme, millénaire et cher au monde chinois; la sagesse philosophique du respect de la nature et de la terre nourricières de l?Inde des traditions; ou la forte joie de vivre que nous offre l?Afrique malgré l?impardonnable traite passée des esclaves et l?injuste misère qui la frappe continuellement... Mieux encore, la sagesse citoyenne du combat d?Al Gore qui tire constamment la sonnette d?alarme sur le réchauffement climatique et qui devrait être le nôtre.

Il est urgent d?agir, avec la contribution de Joël de Rosnay dont la renommée scientifique est mondiale. Cliquez son nom sur Google : 83 pages de référence tout en ignorant certaines (au total 882 pp) pour «limiter les résultats aux pages les plus pertinentes». Sa contribution, visiblement désintéressée, peut nous remettre an centre de la planète : «la clé et l?étoile» du développement durable. Historiquement et géographiquement, avant l?existence même du Canal de Suez, cette vocation universelle était déjà toute tracée. Il nous faut la reprendre avec le souci de concilier essor économique et progrès social. Car la volonté de préserver et de renouveler nos ressources naturelles n?a pas de couleur politique, religieuse, ethnique ou même sociale. Elle est humaine, noble et nécessaire à tous sur cette terre.

● <B> Ensemble pour le WEF</B>

Nous sommes déjà des acteurs d?un pays moderne avec nos cultures asiatique, européenne et africaine, même si notre sauce est authentiquement mauricienne. Il est vrai qu?il y a des différences et des subtilités dans nos origines (j?ai souvent été un casse-tête pour les «Chinois» de Chine ou d?ailleurs). Mais un bon vrai Mauricien se fait un grand plaisir de répondre (à ceux qui lui ressemblent de faciès et qui demandent curieusement «mais d?où tu viens, toi ?» ) : «d?Asie, d?Europe et d?Afrique», tout simplement et fièrement s?il est sincère. Surtout, l?intrigue est vite dissipée s?il se met à bien bouger son «tawa, an ba an ba». Une vocation unique, tracée historiquement, politiquement et à la dimension de trois continents. Quelle chance encore, moderne et métisse à la fois ! «Buz nu deryer» et rejoignons Joël de Rosnay qui a déjà annoncé avec enthousiasme que pour ses 100 ans il sera encore là pour nous accompagner. N?attendons pas 40 autres années d?anniversaire d?indépendance pour constater que nous avons raté le train du vrai développement durable.

<I>?Chaque Mauricien devrait forcer les politiciens à arriver à un consensus pour être «créatif et donc poète». Profitons du fait que nous sommes à l?avant-garde du développement durable, pour sauver Maurice et contribuer à sauver la planète.?</I>

En effet, pas un jour ne passe sans que les médias du monde entier n?évoquent le sujet avec gravité pour sensibiliser l?opinion publique. D?ores et déjà, prenons rendez-vous pour le World Ecologic Forum annoncé. Les instances internationales se réunissent et organisent des conférences constamment sur ce thème. Les responsables politiques de «gauche ou de droite», des pays les plus riches aux plus pauvres, mettent déjà en ?uvre des stratégies de prévention pour l?eau (l?eau ne sera plus que l?eau et va prendre la place du pétrole dans les enjeux à venir), l?air, les vecteurs de maladies liés à la pollution, la gestion des produits chimiques et des déchets, les risques industriels et domestiques, etc. (sans oublier les catastrophes naturelles qui frappent partout et en pire.)

L?urgence pour chaque écocitoyen mauricien est d?arriver à forcer les politiciens à s?entendre sur la base d?un consensus pour être «créatif et donc poète». Il faut profiter de l?occasion pour que nous soyons à l?avant-garde du développement durable, pour sauver Maurice tout en contribuant à sauver la planète. «Yes, we can» : pour reprendre un slogan très à la mode. «Yes, we must» : préférer la vie à la mort par respect et par amour pour les générations qui vont suivre.

<B>Aken WONG</B>

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