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Idriss Déby, jusqu?à la dernière balle

24 février 2008, 00:00

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Quel dommage pour son pays. Le président tchadien, Idriss Déby Itno, ne semble capable de donner le meilleur de lui-même que dos au mur, l?arme à la main. C?est au moment où le président guerrier semble approcher de la bataille ou du verre de trop que ses ennemis tentent de lui arracher sa présidence, sa rente pétrolière, et sa quinzaine de Hummer (4 X4), dont une limousine.

Mais jusqu?ici, ils ont échoué. En avril 2006, une première chevauchée de rebelles en provenance du Soudan me-nace N?Djamena. Le président est mala-de, affaibli par les défections dans son propre clan. Devant la menace, il sort de son hibernation sépulcrale et organise la défense dans la capitale. Un responsable français qui suit le dossier tchadien témoigne, non sans admiration : « On le croyait à l?article de la mort. Il a pris quelques cartons de Chivas et il est allé faire le tour des casernes pour préparer les hommes au combat. Et ça a marché ! »

Le commerce ou la guerre

Le rezzou (attaque surprise) vient mourir devant les portes de N?Djame-na, grâce à l?appoint décisif des troupes françaises et à la détermination d?Idriss Déby. Moins de deux ans plus tard, le scénario se répète. L?aide française et l?énergie de cet étonnant rescapé l?emportent encore.

Mais, hormis survivre, qu?a-t-il fait depuis son arrivée au pouvoir en 1990 ? Envolées les tentatives molles de réformer le Tchad, de mettre fin aux pillages, aux abus, aux violences. Le fils de berger de Fada, à 55 ans, est entré en guerre totale. Rien d?étonnant car chez les Zaghawa, son ethinie, un homme a le choix entre le commerce ou la guerre. Pour Idriss Déby, ce sera la guerre.

Débuts de formation à l?École d?officiers de N?Djamena, puis brevet de pilote militaire en France, en 1976. C?est à son retour au Tchad qu?il s?initie réellement à la pratique des armes, en in-tégrant les forces d?Hissène Habré, alors en rébellion contre le président Goukouni Oueddei. Puis, voilà le Tchad en guerre contre la Libye, avec le soutien de la France et des États-Unis.

Idriss Déby sort de l?ombre. Avec Déby à leur tête, les forces loyalistes partent à la reconquête des territoires désertiques. Dans des charges furieuses, à bord de colonnes de « Toy », les pick-up Toyota Land Cruiser, les hommes menés par lui vont remporter des victoires foudroyantes. La Libye perd. Ils deviennent des héros.

Ce triomphe d?Idriss Déby inquiète Hissène Habré, occupé à torturer à N?Djamena. Il l?envoie suivre les cours de l?École de guerre à Paris, promettant de le transformer en « un véritable militaire ». Mais militaire, Idriss Déby l?est déjà jusqu?au bout des ongles. Et à Paris, il cultivera parmi les officiers supérieurs des amitiés qui se révéleront précieuses, lorsque le vent tournera en sa faveur.

Le 1er avril 1989, Idriss Déby est l?un des piliers d?une tentative de coup d?Etat qui échoue. Il fuit au Darfour, échappe à nouveau de peu à la mort et façonne la martingale qui va l?amener au pouvoir. Soutenu à la fois par le Soudan, par la Libye ravie de « retourner » son ennemi d?hier, il bénéficie aussi de sympathies parmi des chefs d?État ouest-africains ayant le goût de l?uniforme. Avec la bénédiction de Paris.

Le pouvoir au bout du fusil

En décembre 1990, Idriss Déby en-tre dans N?Djamena. Il ne promet alors « ni or ni argent, mais la liberté », tandis que se glissent dans tous les rouages de l?État des membres du groupe Zaghawa. Le « tout-Zaghawa » s?instaure et étouffe le pays. Encore quelques années, et même son entourage le juge menaçant pour ses propres intérêts, alors que le pétrole coule. Certains convoitent la manne. D?autres s?exaspèrent des tiédeurs de son soutien à géométrie variable aux cousins Zagha-wa soudanais, entrés en rébellion au Darfour contre Khartoum. Dans cette nouvelle internationalisation providentielle, Idriss Déby va puiser les ressources de sa survie.

Dans la foulée de la victoire de 2006, il aurait pu inventer une nouvelle façon de diriger. Il s?en est tenu aux habitudes anciennes. Le pays peut bien continuer à couler à pic, l?argent du pétrole servir à acheter des armes et des fidélités dans l?armée plutôt qu?à bâtir des hôpitaux et des universités dignes de ce nom, Idriss Déby tient son pouvoir au bout du fusil. Jusqu?à la dernière balle.

@ 2 008 Le Monde ? Jean-Philippe RÉMY ? (Distribué par The New York Times Syndicate)

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