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Idris Lallmahomed, de l?or dans la voix
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Idris Lallmahomed, de l?or dans la voix
Ce n?est pas parce qu?il est bijoutier de profession. Et si ses doigts ont travaillé les métaux précieux, la voix d?Idris Lallmahomed, une fois chauffée, coule comme de l?or en fusion. Vous déposant au creux de l?oreille des vers en ourdou ou un chant mystique soufi.
Quarante ans que le chanteur de Stanley fait la tournée, non seulement des fiançailles et mariages, mais surtout des ?programmes culturels?, dont les célébrations de l?Indépendance. C?est cette longévité artistique que la mairie de Beau-Bassin-Rose-Hill a récompensé jeudi. Idris Lallmahomed, chanteur de qawwali et entrepreneur, a été fait citoyen d?honneur de la ville. Une distinction qu?il a reçue en même temps que sir Gaëtan Duval, récompensé à titre posthume.
?C?est mon père qui m?a encouragé dans cette voie?, raconte Idris Lallmahomed. ?Pourquoi perds-tu ton temps avec des chansons de films ?? s?indigne-t-il. Un père qui lui ordonne d?acquérir la maîtrise de l?ourdou. Langue que le chanteur, papier et crayon en main, et l?oreille collée à un transistor, apprend en écoutant inlassablement les mêmes morceaux.
Un brin de poésie en guise d?éclaircie dans une enfance pauvre. à 13 ans, Idris Lallmahomed découvre sa voie dans un gamaat. à 15 ans, il dit côtoyer les bons chanteurs de l?époque, avec qui il apprend beaucoup de ficelles du métier.
<B>Participer à un moment historique</B>
Il persévère, encouragé par son père président de la mosquée de Stanley. ?Bien que très pieux, mon père était un modéré. Vous savez, dans certaines familles musulmanes, la musique est interdite, lui s?est montré indulgent à ce sujet.?
La popularité est au rendez-vous. Ce qui lui vaut de participer à un moment historique : le 12 mars 1968 au Champ-de-Mars. Ce jour-là, en sus du Motherland, l?île célèbre son nouveau statut au son du qawwali de la troupe Lallmahomed.
Émotion intense, dont le chanteur dira tout simplement : ?Nous avions été choisis parce que nous étions connus dans ce domaine?. Le groupe sera également dans les bagages de Sir Seewoosagur Ramgoolam quand il se rend au sommet de l?Organisation de l?unité africaine.
Une activité à laquelle s?adonnent désormais les sept frères d?Idris Lallmahomed et nombre de ses neveux. Ce qui leur a donné l?occasion de se produire dans la région, notamment à la Réunion, Madagascar, en Afrique du Sud et en Inde.
Quand il n?est pas sur scène, le chanteur est occupé à gagner sa vie, car son art ne paie pas. Bijoutier depuis 1973, Idris Lallmahomed a vu sa bijouterie Oranor, située à la gare Victoria à Port-Louis, partir en fumée il y a trois ans. Qu?à cela ne tienne, depuis six ans, il s?est lancé dans la restauration. En plus des bons petits plats, les clients de Shamiana à Rose-Hill peuvent aussi se régaler des prestations vocales du propriétaire.
La distinction citoyenne de la ville de Beau-Bassin-Rose-Hill vient couronner le parcours d?un homme parti de rien. Elle distingue une longue ?contribution à la culture et dans le social?, tout en reconnaissant la valeur du travail assidu.
LEXIQUE
<B>Entre poésie et dévotion</B>
■ Qawwali : ?C?est un chant religieux pour rendre hommage aux grands personnages qui ont ?uvré en faveur de l?Islam. Atantion pa sa nouvo Islam ki touy dimounn la?. La définition est d?Idris Lallmahomed. Le qawwali est la musique dévotionnelle soufie, popularisée notamment par Nusrat Fateh Ali Khan. Un artiste admiré par Idris Lallmahomed et qu?il a eu l?occasion de rencontrer en 1990 à Saint-Denis de la Réunion.
■ Ghazal : Genre poétique en ourdou fait de couplets en rythme et d?un refrain. Le mot ?ghazal? adapté en ourdou du perse, est une référence au cri de la gazelle. Au sens le plus strict, le ghazal est une forme de récitation de poèmes, aujourd?hui perçue comme un genre musical.
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