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IBL fabrique à Maurice frigos et téléviseurs
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IBL fabrique à Maurice frigos et téléviseurs
Le savoir-faire manufacturier mauricien franchit une étape de plus, au début des années 1980, avec la fabrication, ou plus exactement le montage à Maurice, d?équipements aussi sophistiqués que des motos Honda (E.A.L. Man Him), des réfrigérateurs (Blyfridge) ou encore des téléviseurs (Blytronics) par Ireland Blyth Ltd (IBL). Ces téléviseurs made in Mauritius coûtent 33% moins cher que ceux importés, en raison des taxes douanières et autres surcharges, imposées alors par un ministère des Finances, faisant fric de tout bois, et allergique à l?idée qu?un ti-dimoune puisse jouir du confort ?véhiculaire? ou encore électro-ménager, réservé, à ses yeux, aux seuls privilégiés de la bourgeoisie d?Etat ou celle de descendance oligarchique.
IBL s?adapte par conséquent aux m?urs fiscales du début des années 1980 et réédite avec le même bonheur le succès obtenu par les motos de Man Hin. Depuis, le successeur de Ringadoo et de Bérenger, aux Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, lassé de voir ses compatriotes dépenser des roupies, laborieusement économisées à coups, entre autres, de gaulettes de canne à sucre ou de bidons de lait, pour se rendre à Singapour pour y acheter, hors taxes, ces biens d?équipement, fait progressivement disparaître les taxes douanières sur des appareils, non plus réservés aux élites économiques mais largement démocratisés et popularisés. Mammouth, devenu depuis Courts, puis British American Insurance, démocratise la vente à tempérament et ramène vers les grandes surfaces les masses populaires qui les avaient désertées depuis le boom sucrier de 1973-76. L?annulation des dernières taxes douanières sur les magnétoscopes, toujours par Vishnu Lutchmeenaraidoo, sonne le glas pour les équipements électroménagers et électroniques fabriqués ou montés sur place.
Plus tard, c?est la supercherie planétaire de la mondialisation qui interdit aux pays pauvres de protéger leurs industries et leurs produits locaux afin d?obliger leurs consommateurs d?acheter ceux des nouveaux géants industriels, Chine et Inde comprise, et dont les prix défient de plus en plus toute concurrence. IBL ne peut plus, en 2006, continuer à fabriquer des téléviseurs et des réfrigérateurs, devant coûter plus cher, en raison des salaires élevés réclamés par la main-d??uvre mauricienne, que les produits, fabriqués par des quasi esclaves sinon par des enfants condamnés aux travaux forcés, mais devant entrer librement et hors taxes sur le marché mauricien. Comprenne qui pourra.
Mais nous n?en sommes pas encore là. A la mi-septembre 1981, Blytronics monte entièrement à Maurice des téléviseurs MBLE (Manufacture belge de lampes électriques). Ils sont de trois modèles : des écrans de 20, 24 et 26 pouces les équipent. Ceux de 24 pouces sont en noir et blanc et les autres en couleurs. Ils peuvent recevoir les émissions télévisées de la Réunion et sont équipés pour diffuser des images de vidéocassettes des systèmes Pal et Secam. Aux moins jeunes d?expliquer, aux plus jeunes d?entre nous, la différence entre ces deux systèmes.
Les téléviseurs made in Mauritius utilisent une technologie européenne de pointe, des composants électroniques tropicalisés, des tubes images et autres pièces de fabrication MBLE, groupe faisant partie de la célébrissime marque hollandaise Philips-Eindhoven. Des tests sont effectués pour dépister la moindre erreur. M. Pablo Diaz de MBLE est à Maurice pour montrer aux techniciens mauriciens comment se règlent les appareils.
Blytronics est incorporée depuis mars 1981. Elle emploie une vingtaine d?employés et autant de sous-contracteurs. Ceux-ci fabriquent entre autres les cadrans? en bois des téléviseurs précités. Elle pourrait produire jusqu?à 10 000 unités par an. Mais le ministère du Commerce de D. Basant-Rai lui impose un quota. Guy Fok, alors directeur général de Blytronics, annonce que le 24 pouces noir et blanc se vend à Rs 4 300 contre Rs 5 200 et Rs 6 000 pour le produit équivalent importé. Le téléviseur couleur de 20 pouces est à Rs 7 500 et le 26 pouces à Rs 11 000, contre Rs 11 000 et Rs 18 000 respectivement pour les produits importés.
Dans un second temps, Blytronics passera à la production de radio-cassettes, de transistors, de boosters, de jouets électroniques. Elle envisage aussi l?exportation de ses produits vers les autres îles de l?océan Indien.
A la même époque, Ceramtropik, la fabrication familiale de faïences et de vases en céramique de Chantal Leclézio, née Théveneau, quitte la maison familiale, à Moka, aux environs de l?office des marchés agricoles, pour s?installer dans la cantine de l?ancienne usine textile David Whitehead, à Ebène, à toucher des locaux de la MSPCA. Un simple passe-temps personnel devient ainsi une petite entreprise. Chantal Leclézio s?entoure d?amis disposés à se ?salir? les mains pour faire tourner sa poterie. Parmi eux, un certain Gérard Sullivan. C?est que déjà le carnet de commandes est ultra chargé. Les meilleurs hôtels de l?époque sont ravis de cette nouvelle opportunité de pouvoir obtenir, sur place, la vaisselle appropriée à leurs sites tropicaux. Ceramtropik fabrique ainsi le carrelage de 80 salles de bains de Beachcomber. Elle se propose aussi de réaliser une fresque murale de 13 mètres carrés, à partir d?un dessin original de Serge Constantin, pour orner le ch?ur de l?église anglicane Sainte-Trinité de Rose-Hill, en cours de rénovation.
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