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Hôtellerie : économies d?énergie à tous les niveaux

10 juillet 2008, 00:00

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Réduire les coûts. On en est tous là. Les opérateurs économiques en particulier pour rester compétitifs. L?hôtellerie ne fait pas exception. Et lorsqu?il s?agit de réduire les coûts, on ne parle pas nécessairement de dégraissage du personnel. Plus largement, les hôteliers doivent, non seulement réussir à dépenser moins, mais aussi à prendre des mesures, qui pourraient passer inaperçues, en faveur des énergies renouvelables. Parce que le projet global de Maurice île durable (MID) les concerne et parce que les touristes sont de plus en plus sensibles aux enjeux du développement durable.

Des membres de l?Association des hôteliers et restaurateurs de l?île Maurice (AHRIM) ont présenté des projets ou expériences lundi dernier à l?hôtel Le Labourdonnais sur le sujet. La nouvelle donne du tourisme, tant local qu?international, repose sur des facteurs qui touchent de plein fouet cette industrie, fait ressortir Tommy Wong, le nouveau président de l?AHRIM. Tant la dépendance face aux cours du pétrole et donc l?affaiblissement des principaux marchés émetteurs de touristes que le changement dans les habitudes et attitudes des voyageurs, plus au fait des questions environnementales, entraînent des bouleversements dans l?industrie du tourisme. Localement, la question est d?être à la fois plus eco-friendly et plus économe.

Les initiatives sont légions. La réduction des coûts d?opération d?un hôtel peut se faire grâce à des initiatives simples. Contrairement à ce que l?on serait tenté de croire, les bénéfices en termes financiers sont relativement importants. Dans une certaine mesure, ce sont tous les foyers, à la lumière de certaines initiatives simples, qui peuvent réaliser des économies et devenir plus conscients du gaspillage d?énergie.

Les hôteliers sont appelés à utiliser des ampoules à basse consommation par exemple, à limiter les excès de climatisation, à se doter de chauffe-eau solaires. Ce ne sont que quelques petits exemples qui allègent la facture d?électricité des hôtels.

L?intervention du maintenance manager de Veranda Resorts, Patrick Hardy, a été éclairante.

20 % de l?énergie électrique dans un hôtel est consommée par la lumière. «En remplaçant les ampoules incandescentes traditionnelles par des ampoules ou néons à basse consommation, on obtient des résultats probants. L?économie d?énergie atteint les 85 %, les ampoules ont une durée de vie six fois supérieure aux ampoules normales et elles dégagent moins de chaleur, permettant à la climatisation d?offrir un meilleur rendement.»

Dans le même sens, «toutes les ampoules ont été changées en économique, ce qui fait plus ou moins une réduction de 20 % de la consommation d?énergie électrique. Par ailleurs, nous avons mené une campagne interne de conscientisation du personnel afin d?éteindre les ordinateurs, la climatisation et les lumières lorsqu?ils sont hors de leur bureau. Enfin, en hiver, les climatiseurs sont réglés sur 24 degrés au lieu de 22 degrés», fait ressortir la direction du Paradise Cove Hotel and Spa.

<B>Retour sur investissement en 12 à 14 mois</B>

L?énergie électrique est le nerf de la guerre et représente des dépenses considérables, se chiffrant en millions de roupies annuellement pour un hôtel de 200 chambres. Lorsqu?il s?agit d?opter pour les ampoules économiques ou de régler la climatisation sur des températures adéquates, c?est avant tout pour réduire les coûts et optimiser le rendement des machines. Bien entendu, il y a un investissement initial à consentir. Patrick Hardy, de Veranda Resorts, estime que le retour sur investissement se fait en l?espace de 12 à 14 mois, pour les ampoules et néons à basse consommation d?énergie.

La réflexion que nourrit l?AHRIM est louable. Elle a le mérite d?aider, de diriger les opérateurs par le partage d?expériences. Bien entendu, on ne pourra occulter le fait que les professionnels du secteur cherchent aussi à réduire leurs coûts d?opération. Mais si ce souci se double d?une approche plus eco-friendly, on ne pourra que prendre la mesure des initiatives prises et définir les pistes pour d?autres secteurs, voire même les particuliers. C?est un fait, les autorités parient grandement sur le tourisme pour soutenir la croissance du pays. Parallèlement, le projet Maurice île durable s?affirme et les hôteliers peuvent participer à leur manière au projet en changeant soit une partie de leur matériel, sans porter préjudice aux prestations offertes, soit en optant pour des pratiques plus écologiques.

<B>Faire le plein?d?huile</B>

■ Le baril de pétrole reste bien au-dessus de la barre record des 140 USD. Les professionnels disposant d?une flotte de véhicules voient leur facture de carburant augmenter considérablement.

Et le dernier exercice de l?«Automatic Pricing Mechanism» n?a pas arrangé les choses. Certains hôteliers, à l?instar du «Hilton», ont décidé de pallier cette difficulté en optant pour l?huile de cuisson usagée pour leurs véhicules fonctionnant au diesel. Jacques Lassémillante, ingénieur en chef du «Hilton», démontre les bénéfices d?une telle décision. L?huile usagée représente une menace de pollution si elle est jetée dans les rivières ou au sol d?où la nécessité de faire appel à des opérateurs spécifiques qui traitent ces huiles. Plutôt que dépenser des fonds pour le traitement, il est donc possible d?utiliser l?huile usagée, après filtrage, dans les moteurs des voitures diesel de l?hôtel. La conversion de l?engin pour qu?il puisse rouler à l?huile est très simple et ne nécessite pas de gros investissements, souligne Jacques Lassémillante. Les avantages sont multiples: «Pas de rejets polluants, réduction drastique de la facture de carburant, et promotion d?une image écolo, donc valorisante, de l?établissement hôtelier.» A l?hôtel «Hilton», deux véhicules sont convertis pour fonctionner à l?huile. Les économies réalisées se montent à près de Rs 250 000 annuellement. L?expérience est donc concluante malgré un inconvénient singulier : l?odeur de friture que dégage le pot d?échappement. Pour autant, cela ne freine pas les hôteliers. «Le Labourdonnais Waterfront» a déjà pris des dispositions dans ce sens.

<B>Gilles RIBOUET</B>

QUESTIONS A?

Rolph Schmid, président de la Commission environnement de l?AHRIM

● L'AHRIM a organisé lundi un atelier de travail sur les méthodes d'utilisation des énergies renouvelables. Pourquoi maintenant ? </B>

La commission environnement a toujours été très active au sein de l?AHRIM. Il y trois ans déjà, elle a publié une charte de l?environnement qui a été primée par des organisations internationales et adoptée par ses membres. Le contexte actuel et la politique de développement durable de la destination nous encouragent à développer des méthodes pour nous aligner à ces nouveaux objectifs et pour faire face à la crise énergétique actuelle.

● <B>Quel est le but de cet atelier ? Et, comment faire pour qu'il débouche sur des mesures concrètes ?</B>

Le but même de cet atelier est de sensibiliser les acteurs de l?industrie en leur proposant des méthodes concrètes, viables et commerciales pour la réduction des coûts énergétiques qui ont déjà fait leurs preuves et qui sont un succès dans certains de nos établissements. Les exemples sont nombreux. Pour n?en citer que quelques-uns, on peut utiliser le chauffe-eau solaire pour préchauffer l?eau des chaudières existantes, proposer des variateurs de vitesse pour des pompes ou ventilateurs en vue de réduire la consommation d?énergie, utiliser de l?huile végétale usée comme substitut au diesel pour les véhicules d?hôtels, utiliser des appareils et des ampoules à faible consommation d?énergie, utiliser un procédé de nettoyage et purification par l?ozone pour les services de blanchisserie et de vaisselle (comme cela se fait à La Pirogue, NdlR) ou encore introduire un système d?évaluation et de pondération de l?empreinte écologique (carbon footprint).

● <B>En termes quantitatifs, que peut donner la mise en application d'une politique énergétique conjointe au niveau des hôtels ?</B>

Nous effectuons actuellement un relevé et un audit énergétique préliminaire afin de quantifier le potentiel d?économie et de réduction de la consommation d?énergie. Les mesures proposées devraient pouvoir réduire la consommation des énergies fossiles et donc les coûts et nous mettre sur la voie de l?objectif de faire Maurice une destination verte. Par ailleurs, le choix des touristes se porte sur des destinations se conformant à certaines normes environnementales et Maurice doit se mettre rapidement à niveau, afin de rechercher une nouvelle clientèle.

● <B>Quelles seront les prochaines étapes après l'atelier ?</B>

Nous souhaitons voir la mise en application des mesures proposées pendant l?atelier de travail dans le maximum d?hôtels. Par ailleurs, nous souhaitons aussi démarrer un projet d?un document de référence en matière d?environnement et d?énergie qui pourrait servir aux opérateurs pour leurs choix et options dans ce domaine. Sur le long terme, il est question d?intégrer au design et à la construction des nouveaux hôtels et la rénovation des hôtels existants des normes environnementales pour réduire les coûts d?énergie et adopter des nouvelles technologies. Il faudra continuer à agir sur deux volets soit l?utilisation des énergies renouvelables et la réduction de la consommation d?énergie.

<I>Propos recueillis par</I> Sharon SOOKNAH</B>

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