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Hyacinthe déroute nos météorologues

27 janvier 2005, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Hyacinthe demeurera, dans les annales météorologiques, comme une des trajectoires cycloniques les plus déroutantes qui soient. Dans la nuit du 16-17 janvier 1980, faible perturbation, il (Hyacinthe, prénom si masculin que des féministes osent prétendre que si la météo s?en était tenue aux prénoms féminins, il y aurait eu moins de divagations dans l?air) passe à une centaine de kilomètres au nord des Mascareignes, causant des pluies diluviennes et quelques dégâts anecdotiques à Maurice. Mais quatre morts (des enfants), des dizaines de blessés, des sans-abri, des véhicules emportés par des torrents à la Réunion (voir l?express du 21 janvier 2005). Il atteint l?île Sainte-Marie et la côte est de Madagascar, le 21 janvier, causant des dégâts autrement plus graves. Jusqu?au 25 janvier, il redescend à une centaine de kilomètres au sud-ouest de la Réunion, demeure stationnaire pendant 24 heures à 150 km à l?ouest de l?île s?ur, frôle les côtes sud de cette île dans la journée du dimanche 27, avant de consentir à une sorte d?éloignement, emportant avec lui la masse nuageuse l?accompagnant sans répit. Certaines régions de Maurice, plus particulièrement le littoral nord-ouest, demeurera sous les eaux pendant plusieurs semaines. Les photos aériennes d?alors dénotent un aspect ?tsunami? saisissant. A la Réunion, on compte déjà sept morts et sept disparus, 3 000 personnes évacuées, 7 000 sinistrés, un réseau routier fortement endommagé et des rafales de 140 km/heure. Le secrétaire d?Etat français aux Départements et Territoires d?outre-mer, Paul Dijoud, parle de ? redressement ? de la Réunion et promet d?être son avocat à Paris et à Bruxelles.

Maurice compte quand même un mort (une crise cardiaque dans un centre de refuge à? Eau-Coulée), un cas d?électrocution (quelqu?un essayant de descendre son antenne de TV), un navire de pêche endommagé en rade de Port-Louis, les cultures vivrières à l?agonie, les cannes à sucre pied dans l?eau. Les routes sont submergées dans plusieurs localités dont Pointe-aux-Sables. A Roche-Bois et à Sainte-Croix, le manque de drains adéquats et le débordement du tout-à-l?égout ne font qu?aggraver une situation déjà préoccupante. La prolifération des moustiques reprend de plus belle, dans une région déjà préoccupée par 34 cas de typhoïde et autant de malaria. La route entre Mahébourg et Rivière des Créoles est impraticable. On signale des cas de maisons évacuées pour cause d?inondation à Mahébourg et à Mare D?Albert. Les écoles sont fermées jusqu?au lundi 4 février 1980. Le prix de la pomme d?amour grimpe à Rs 15. Le réservoir de La Ferme déborde en dépit des fuites signalées ici et là. Pour ne pas changer, Port-Louis se retrouve pratiquement sans eau potable parce que les filtres de la Grande-Rivière-Nord-Ouest sont bouchés en raison d?un trop-plein de branches, troncs d?arbres, pierres et de boue. Notre Premier ministre se fend d?un message de solidarité radiodiffusé, enregistré par téléphone : ?Courage ! mes compatriotes, je suis avec vous?.

L?enseignant Philippe Chineegadoo recueille à Baie-du-Tombeau un oiseau jeté sur nos côtes par Hyacinthe. Il s?agit, non pas d?une crécerelle, comme le pense notre bon Samaritain, mais d?un faucon malgache, Wahab Owadally dixit. Ce dernier le prend en charge pour le conduire à la volière de Rivière-Noire où l?on espère le réchauffer et le nourrir. L?heure est au découragement au sein de l?équipe de la World Wildlife Foundation qui ne se remet pas de la mort de six crécerelles élevées en captivité. Pour l?instant, on autopsie les carcasses des défunts oiseaux. Tout est à recommencer. On est encore aux balbutiements en ce qui concerne les soins à donner aux crécerelles élevées en captivité. En 1973, est mise en place une opération visant à sauver cette espèce d?oiseau rapace en voie d?extinction. L?opération est confiée à Wahab Owadally, conservateur des Bois et Forêts. En 1975, il y a une première naissance en captivité mais l?oisillon ne survit au-delà de seize jours. En 1978, après la mort d?un couple, atteint de cancer mais aussi de vieillesse, on intensifie les observations dans la nature et la protection de l?habitat naturel d?oiseaux également en voie d?extinction. Leur population ne tarde pas à doubler. En décembre 1978, on parvient à élever avec succès une crécerelle ayant vu le jour en captivité. La crécerelle femelle ne pond que quelques ?ufs par an. La période de ponte se situe en septembre-décembre de chaque année.

Le reste de cette actualité si pluvieuse se partage avec le départ de nouveaux immigrants pour l?Australie, le Mauritius Sugar Industry Research Institute appelé à devenir un centre régional de formation sucrière supérieure, l?arrivée attendue de 80 nouveaux médecins en 1980 mais qui devront gagner leur vie hors hôpital car celui-ci emploie déjà trop de médecins, des prisonnières mutinées, le livre français s?exposant à Roches-Brunes (centre culturel), le condamné à mort Polimont ne pouvant recourir au Conseil privé, la course locale des taxis à Rs 5, le théâtre de Port-Louis transformé en piscine, le MMM prônant les comités de quartier, etc.

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