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Humons le contenu du DBM nouveau

7 mars 2004, 20:00

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LUNDI dernier, nous avons pris acte de l?arrivée du DBM nouveau (Dictionnaire de Biographie Mauricienne), sous la forme d?un fascicule plus volumineux que d?habitude, le cinquante-sixième d?une série commençant en 1940. Nous avons scruté l?étiquette. Humons à présent l?arôme de son contenu. Car le moment est venu de goûter le millésime 2003-04.

Commençons par les ceps locaux et donnons la préséance à notre capitale, le lieu de naissance, entre autres, d?Edouard Rouillard (1795-1857). Cet enfant de la période révolutionnaire ? il est né le 13 Germinal an II ? fait ses classes au Lycée de l?Isle de France, ancienne Ecole Centrale et futur Collège Royal. Il fait l?acquisition de Mon Loisir Sugar Estate en 1837. Il se signale en signant, le 13 février 1847, une pétition concernant les travailleurs recrutés en Inde que gomma Gomm. Il juge ?imprudente?, la déclaration conjointe du Cernéen et du Mauricien, du 30 juin 1848, souhaitant l?indépendance pour l?île Maurice ou, faute de mieux, son rattachement à la Deuxième République française. Le 6 juillet 1852, il préside un banquet, à l?occasion de l?inauguration de la magistrature de Poudre-d?Or, et félicite le gouverneur Higginson d?émuler Farquhar et de descendre sur le terrain visiter ses administrés. En janvier 1853, il préside le comité, de la Rivière du Rempart, chargé de recueillir des fonds pour statufier Mahé de Labourdonnais. Son c?ur le lâche le 17 juillet 1857.

Port-Louis voit aussi la naissance, le 11 octobre 1876, de Pierre de Sornay. Cet homme des sciences et des lettres est trop connu pour devoir détailler ici les nombreux faits et gestes ayant marqué sa carrière prolifique et fructueuse. Notons seulement que le ?petit séminariste? du Bocage et d?Avignon opte finalement pour la chimie agricole. Il est aussi élève de Louis Bonâme. On connaît le reste. Ce que l?on sait moins c?est que, musicien émérite, il organise de nombreux concerts, dirige des messes avec orchestre et demeure l?organiste bénévole de Notre-Dame de Lourdes pendant plusieurs années. Il réside rue Cossigny, Curepipe avec son épouse, née Esther Mackie.

Trois ans après la venue au monde de Pierre de Sornay, naît, toujours à Port-Louis, Thomy Esclapon. Il débute comme comp-table de la chaîne de pharmacies de M. Noël Couve, digne successeur de la famille Minet, autre grand nom de la pharmacopée mauricienne. Mais il troque, dès 1915, les comptes d?apothicaire pour le mécénat des Belles Lettres et fonde l?imprimerie The General Printing and Stationnery Co Ltd. Détailler ses activités d?éditeur serait réécrire des chapitres entiers des littératures mauriciennes. On regrette toutefois de ne pas savoir davantage sur les raisons de son escapade de la General Printing à Esclapon Ltd en 1952. En revanche, prophétique est sa carrière cinématographique même si elle se résume à la création de la Compagnie du Bon Film avec René Le Juge de Segrais et au tournage de deux films dont Kithnou.

De la ville (Port-Louis), passons à la campagne avec Philippe d?Oisy Fayd?herbe, chimiste né aux Plaines Wilhems le 22 mars 1882. Comme de Sornay, il a Philippe Bonâme pour maître. On lui doit un système de retour d?égouts qu?il fait breveter et qui est connu comme le procédé Fayd?herbe. Il crée des distilleries de mélasse à Beau-Vallon et à Bonne-Terre. Avec Edouard Langlois et l?ineffable Emile Labat, il met au point la cernite, mélange d?alcool, d?éther et de pétrole léger destiné aux automobiles.

Supposons Selmour Ahnee (1878-1949) rose-hillien car on le voit fréquenter l?école du gouvernement de cette ville. Le haut fonctionnaire émérite, qu?il est, parallèlement à sa carrière d?homme de lettres et de militant politique, entre autres rétrocessionniste, termine sa carrière exemplaire comme assistant directeur du service postal. Il assure aussi la suppléance à la direction de l?Instruction publique, le titulaire, Henri Lalouette, devant remplacer le secrétaire colonial.

Roland Desmarais, OBE, ingénieur, naît aux Quatre-Bornes, le 14 décembre 1908. Il travaille successivement au General Electric Supply (1934-39) à Curepipe, au Victoria Falls and Transval Power en Afrique du Sud (1939-41), au département de l?électricité et du téléphone du gouvernement (1942-46), à Pearmain Co Ltd (future Dynamotors) de 1946-1954 et au CEB (1956-1973). Pendant la Seconde Guerre mondiale, il se charge d?installer une ligne de haute tension entre Henrietta et l?aérodrome, à une époque où il faut chercher, en pleine forêt, les arbres pouvant servir de poteaux. A son départ de la direction du CEB en 1973, l?île est électrifiée à 85 %.

Le Vacoassien Guy Sauzier est né à Curepipe le 20 octobre 1910. Elève du Collège Royal, il devient secrétaire du chef juge. La Seconde Guerre mondiale ajoute une expérience militaire à ses connaissances juridiques acquises sur le tas. Après la guerre, l?occasion lui est fournie de donner une nouvelle jeunesse à la Chambre d?Agriculture pourtant centenaire. Sa carrière sucrière, ministérielle et diplomatique est trop connue pour qu?il soit nécessaire d?insister ici.

Autre Curepipien, Sir Maxime de Comarmond (1899-1957). Il apprend à lire avec Malcolm de Chazal, à l?école de Mlle Bunel, qui les prépare à faire leur entrée au Collège Royal. Comarmond sera le lauréat de la Bourse d?Angleterre en 1918. Elle lui permettra de faire des études de droit à Londres. Il prête serment comme avocat à Port-Louis le 22 septembre 1922. Il entre au Parquet en 1926. En 1938, il accepte un poste à Trinidad. Il sera juge puisné en Palestine en 1945. L?Ouganda, le Lagos et le Cameroun bénéficieront aussi de ses services. Il meurt subitement au cours d?un congé à Londres le 30 mai 1957.

Le prisonnier de guerre, Marc Peyrébère Pitot (1912-1992) est aussi enfant de Curepipe. Raymond d?Unienville nous rappelle utilement qu?il serait temps de consacrer des recherches plus exhaustives et plus structurées aux P.O.Ws.

En seulement trois pages du DBM, Raymond d?Unienville rédige une des biographies les plus exhaustives et les mieux documentées de notre Malcolm national. Une biographie qui fait de lui un des meilleurs spécialistes de la vie et de l??uvre de l?auteur de Petrusmok. La plupart de ceux, colloquant sur nos estrades culturelles et s?y pâmant en ajoutant de nouveaux superlatifs à la geste chazalienne, auront intérêt à l?avenir à s?y référer. Pas de guillemets à ?colloquant? car, outre ses liens avec nos innombrables colloques, ce verbe signifie aussi ?coucher les créanciers dans l?ordre prescrit par la loi pour les paiements?. Et des débiteurs, pour ne pas dire des plagiaires, du créancier chazalien d?Unienville les multipliera, lui qui a l?intelligence d?avouer son estime pour le numéro spécial Indradhanush à l?occasion du centenaire de la naissance de Médec.

?Des faits, toujours des faits vérifiés, rien que des faits contre-vérifiés?, demeure la devise de l?avocat historien d?Unienville, sans qui le DBM ne serait pas le trésor inestimable qu?il ne cesse de devenir, année après année, fascicule après fascicule.

Et pourtant? Après les sommets atteints par Raymond d?Unienville, d?autres pics de première catégorie nous attendent et que nous gravirons fructueusement en compagnie d?une historienne de haute volée, Huguette Ly Tio Fane Pineo. Il faudrait aussi parler, à son sujet, d?avocate de grande envergure car elle rend justice à deux éminents Mauriciens d?origine chinoise, aux noms d?ailleurs presque mauricianisés : Adrien Konfortion (1888-1956) et Antoine Seeyave (1908-1987).

Philanthrope exemplaire, homme d?affaires visionnaire, pédagogue avisé, formateur inlassable, meneur d?hommes charismatique, rassembleur et artisan de paix infatigable, venu au monde non pour être servi mais pour servir, innombrables sont les qualités d?Adrien Konfortion, né à Quartier Militaire d?Elmida Allot et ayant passé sa jeunesse à Bois Clair, Sans-Souci. Référez-vous à la notice biographique que lui consacre Huguette Ly tio Fane Pineo si vous désirez en savoir plus sur ce que lui doit la prospérité de la firme Ng Cheng Hing et sur la librairie scolaire qu?il lui adjoint, sur la Chambre de Commerce Chinoise, sur les facilités accordées aux immigrants venus de Chine, sur l?hôpital chinois, sur la vocation médicale du Dr Maxime Shun Shin, sur la promotion politique de Jean Ah-Chuen.

Si Quartier Militaire a intérêt à honorer la mémoire d?Adrien Konfortion, Mahébourg doit faire de même en l?honneur d?Antoine Seeyave. Si Adrien Konfortion illustre bien le patriote s?engageant graduellement dans la promotion du mauricianisme pluriel, Antoine Seeyave préfigure à merveille l?entrepreneur mauricien, multipliant les initiatives et engageant résolument le pays dans la voie de l?industrialisation. Lim How envoie l?employé autodidacte de Corner House (1922) s?initier aux lois de l?import/export à Hong Kong (1929). A son retour, M. Seeyave se lance successivement dans la fabrication du rhum préparé « Bois Rouge » et dans la création de Goodwill Co Ltd. Suivent la création de Happy World pour fabriquer des sucettes glacées (1952), la franchise des crèmes glacées Lyons Maid (1966), la distribution de viande frigorifiée (1961), les investissements dans la pêche au thon et sur les bancs (1967), la création de Mauritius Farms et la production du poulet de table ?Carmen? (1971). Ses fils René et Antoine font, de Happy World, le 10e groupe de compagnies du pays (banques non comprises). La devise du groupe demeure : d?un sommet à l?autre.

Restons dans le Sud et plus exactement à Luchon S.E. ou la Forêt S.E., une propriété sucrière située au nord de Saint-Félix S.E. et où naît le futur Pandit Kistoe le 4 juin 1884. Ses parents ne tardent pas à s?installer à Beau Champ S.E. où le jeune Cashinath passe sa jeunesse, prend de l?emploi sur la sucrerie, est emprisonné sous l?accusation d?avoir participé à une émeute anti-vaccination au sérum Yatsin contre la peste. En prison, les pieuses visites du missionnaire hindou Durga Bhugut le convainquent de consacrer sa vie à la propagation des livres saints de l?hindouisme, à la promotion de la langue hindie, à l?éducation des garçons et filles des familles hindoues et à la consolidation de l?Arya Samaj.

Sookdeo Bissoondoyal (1908-1977) est enfant de Tyack, même si son grand-père Viswanath quitte Bénarès (? eh ! oui, Barlen) pour cette localité et même si son père, Lutchmun s?installe d?abord en ville, puis à Vallonville, toujours à Port-Louis, faisant du futur leader de l?IFB, un citadin. Son biographe, Pahlad Ramsurrun situe correctement les nombreux paradoxes et autres énigmes marquant la carrière du tribun, illustrant bien l?adage voulant que, dans la vie, il faut parfois pèze néné boire d? l?huile !

Jean Baptiste Staub (1831-1905) voit le jour à Forbach S.E., la propriété sucrière de son père, Nicolas, au nord-est de Belle-Vue Harel S.E. Son mariage avec Antoinnette Bertrand, fille d?Antoine Bertrand, propriétaire de Baie du Cap S.E, fera de lui un Sudiste invétéré. Adepte de la roue hydraulique, Staub tentera sa chance d?abord sur l?établissement de son beau-père, puis à la Caféterie, Choisy, voisine. Des crues cycloniques ont raison de ses espoirs. Entre-temps, il s?adonne de toutes ses forces au développement de cette région.

L?autre Nordiste du fascicule No 56 du DBM est Régis de Chazal, propriétaire de Saint-Antoine S.E., d?abord avec ses frères et s?urs, puis seul à partir de 1916. Il se rend célèbre grâce à la qualité de son sucre blanc, plusieurs fois primé dans des expositions agricoles et pour sa fabrication d?alcool et de cernite (mélange d?éther, 30%, d?alcool, 64%, et d?essence, 6%). Sa fille Olga, née le 16 juillet 1894, épouse Daniel Bourdon de Nanclas à Saint-Antoine le 16 juillet 1913.

Une prochaine chronique nous permettra, peut-être, de faire la connaissance des ?non-Mauriciens? du fascicule No 56 du DBM.

?Des faits, toujours des faits vérifiés, rien que des faits contre-vérifiés?. C?est la devise de l?avocat et historien d?Unienville, sans qui le Dictionnaire de Biographie Mauricienne (DBM) ne serait pas ce trésor inestimable qu?il ne cesse de devenir.

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