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From the horse’s mouth
Après avoir longuement élaboré le système de transparence et de démocratisation au Mauritius Turf Club (MTC) et avoir explicité la méthode de travail des bookmakers, il s’agit de voir trois autres aspects se rapportant à l’industrie des courses hippiques.
● Le Tote et le “off course” </B>
Il était un fait qu’Automatic Systems Limited (ASL), compagnie organisatrice du Tote, allait elle aussi avoir à faire des concessions pour mériter la baisse d’impôts que le gouvernement allait opérer pour donner un nouvel essor aux courses et permettre au Champ de Mars de regagner sa vitalité d’antan. Le Tote avait en fait énormément à gagner car, étant de nature totalement transparente dans sa méthodologie, le gouvernement allait s’en servir comme un des principaux leviers contre les paris illégaux.
En sus d’engranger plus de bénéfice on course au Champ de Mars avec la baisse des impôts, le Tote allait profiter directement de la décision du gouvernement de livrer la bataille chez les organisateurs de paris illégaux hors du Champ de Mars, à travers tout le pays. La décision était de permettre à ASL d’opérer au départ cinq succursales. Pour être strictement “fair”, le bookmaker enregistré et connecté à son software, allait lui aussi avoir le droit de travailler off course.
Le “pound of flesh” que le Tote allait payer pour cette manne que lui envoyait le gouvernement allait être en termes d’une participation de 25 % à 30 % de la State Investment Corporation au sein de Drapers, la holding company d’ASL.
Toute la démarche dépendait de l’évaluation des actions d’ASL sur laquelle serait basé le prix d’achat de la State Investment Corporation (SIC). Les autorités ont encouragé le président d’ASL et le managing director de la SIC à se rencontrer sur ce point. C’est l’échec de ce pan du puzzle qui vient aujourd’hui tourmenter ASL et semer la discorde entre le MTC et le gouvernement
Comme pour le reste de ce dossier, il était important que chaque spécialiste reste en charge de son secteur pour lequel il conserve la responsabilité finale. Ces secteurs étaient nombreux : fisc pour la comptabilité de l’effet de la baisse des impôts ; légal pour le texte du Horse Racing Board Bill ; informatique pour le software server ; administratif pour le rôle de la police des jeux, etc.
Ainsi, Seilendra Gookhool, patron de la SIC, a eu des échanges pendant près de deux ans avec Jean Hardy sur la valeur des actions d’ASL. Le jeune patron de la SIC craignait que le prix auquel le Tote voulait vendre ses actions ne tienne pas compte de l’apport que le gouvernement donnait à la compagnie à travers la détaxe et le off course betting. Les discussions prirent tant de temps qu’entre-temps, le Horse Racing Board (HRB) fut mis en place avec à sa tête Kris Lutchmeenaraidoo.
La SIC posa beaucoup de questions et reçut beaucoup de réponses sur la faible profitabilité d’ASL ainsi que sur la pratique de distribution de dividende trouvée un peu généreuse. La vétusté du système informatique d’ASL donnait aussi des anxiétés à la SIC ainsi que la relation contractuelle entre la Management Company Hardy Henry et la compagnie ASL.
Mais le deal breaker allait être l’évaluation des actions de Drapers. En juin 2004, il s’avéra que les deux parties ne pouvaient seules trouver une réponse à ce problème. Il fut donc décidé d’un commun accord entre les deux parties de faire appel à Kemp Chatteris Deloitte and Touche (KCDT) qui se pencherait sur un exercice d’évaluation après avoir conjointement rencontré ASL et SIC qui leur firent part de leurs points de vue respectifs. Dans l’esprit d’ASL, cet exercice de KCDT allait servir d’arbitrage auquel devraient se plier les deux parties.
Il est sans doute intéressant du point de vue historique de se rappeler que l’évaluation des actions de la Holding Company d’ASL par KCDT était de Rs 27 à un moment où son cours à la Bourse de Port-Louis était dans les alentours de Rs 32.
Mais cet aspect du dossier s’acheva sur une déception car la SIC ne fut pas satisfaite du prix avancé par KCDT qu’elle ne semblait pas du reste considérer comme un arbitre sur la question. ASL se défend que la SIC ne lui a pas fait de contre- propositions et a joué aux abonnés absents.
Quoi qu’il en soit, comme il n’était pas de notre habitude de forcer les responsables de ce niveau de poursuivre une stratégie qu’ils ne jugeaient pas optimale pour leur organisation, the deal fell through ! Le lecteur qui, à travers ce dossier, voudrait confirmer son a priori pour ou contre ASL sera certainement déçu car il n’y eut pas de méchant et de bon larron dans cette histoire. Il y eut seulement une belle occasion ratée.
Comme les autres aspects du dossier avaient, eux, progressé de façon satisfaisante, il ne pouvait être question de tout remettre en cause parce que les pourparlers entre la SIC et ASL n’aboutirent pas à l’association espérée entre ces deux organismes.
Est-ce que le gouvernement aurait dû bloquer les cinq off-course outlets d’ASL en vue de mettre de la pression pour faire baisser la valeur des actions de la compagnie bien que cela aurait pu entre- temps jouer en faveur des paris illégaux ? Est-ce que le gouvernement aurait dû forcer la main de la SIC ? Est-ce qu’en hindsight, le board d’ASL n’aurait pas préféré un prix de vente forfaitaire à la SIC plutôt que d’avoir aujourd’hui un concurrent directe qui fait infléchir sa valeur boursière ? Jean Hardy aurait-il dû faire plus de concessions sur l’organisation interne d’ASL ? Autant de questions qui appartiennent au domaine de la conjecture, donc essentiellement stérile.
Comme nous le disions, les autres aspects du dossier allaient bon train, le HRB avait déjà commencé à recruter
● <B>La police des Jeux </B>
Un évènement au Champ de Mars allait motiver les autorités à considérer la formation d’une police des Jeux incorruptible comme un élément incontournable du changement que nous voulions amener aux courses. Ce fait divers qui nous fut rapporté démontrait que la loi de la jungle avait vraiment pris racine au Champ de Mars.
Il y a quelques années de cela un cavalier français, grand favori d’une course qu’il ne pouvait perdre avait dû, à bout de moyens pour retenir son cheval, carrément enlever ses deux pieds de l’étrier avant de se projeter par terre et perdre la course. Quand le président du MTC raconta la chose au président de l’Organisation internationale des clubs hippiques, celui-ci répondit : “Si vous m’aviez demandé le nom du jockey français le plus propre, je vous aurais donné son nom.” La mafia avait tout simplement menacé la famille de ce jockey s’il gagnait la course !
Il fallait refermer l’étau sur les courses truquées et autres magouilles. Le software server sur lequel la State Informatics Limited conseillait le gouvernement allait être complémenté par une police des Jeux avec deux inspecteurs triés sur le volet. On réussit à obtenir deux hommes de grande intégrité, correctement motivé, pour imposer de la discipline au Champ de Mars.
Il y eut pas mal de barrières administratives à surmonter car il fallait que les membres de ce squad gardent leur statut de policiers avec “power of arrest”, soit sous l’autorité du Commissioner of Police, reçoivent une appréciation salariale qui ne provienne pas de la police, tout en se donnant totalement à l’industrie des courses. Nous eûmes l’apport et le conseil d’un officier de police de Western Australia spécialisé dans la matière qui visita le pays.
L’Etat de Western Australia nous servit en quelque sorte de modèle. La tache la plus ardue est, on doit le reconnaître, de faire le commissaire de police accepter qu’un de ses officiers soit rémunéré correctement car il craignait les précédents et les frictions que cela aurait pu créer. Mais inversement, envoyer un policier aussi droit fut-il parmi tant de filous alors qu’il a un salaire de Rs 15 000 n’était psychologiquement pas envisageable.
On y arriva jusqu’à ce que cette police des Jeux tomba sous la tutelle du surintendant Raddhoa avec les résultats qu’on connaît. Les dernières nouvelles veulent que cette branche lui a été enlevée à cause de sa très grande activité ailleurs. Il faudrait espérer que sa dignité d’antan y retourne et que les hommes intègres choisis au départ reviennent donner la confiance au public qui est aujourd’hui une commodité rare au Champ de Mars.
● <B>La Terre Promise à Bagatelle </B>
Un des aspects du Illovo deal était l’achat par l’État de 3 000 arpents à Bagatelle, près de Réduit, au prix agricole de Rs 125 000 l’arpent alors que ces terres valaient un million l’arpent. Le Champs de Mars était, au dire de tous, devenu trop exigu et dangereux pour contenir les activités hippiques.
Le MTC et le VPM avaient jeté leur dévolu sur une terre de Médine, pas loin de Bambous pour un futur hippodrome au cas où l’industrie relèverait la tête. C’est à ce moment que leur attention fut redirigée sur Bagatelle. Le principe accepté, l’emplacement exact des 130 arpents au sein des 3 000 arpents était crucial. Trop près de l’autoroute, l’hippodrome aurait englouti les terres les plus prisées. Trop près de Mon Désert Alma, la pluviométrie aurait été néfaste aux courses. De plus, un des voisins de l’hippodrome était ni plus ni moins le barrage de Bagatelle qui fournirait l’eau à tout Port-Louis. Il est un fait, par ailleurs, que la présence de l’hippodrome au centre du terrain de l’Etat aurait aussi apporté une valeur ajoutée à ces terres et à la région.
L’objectif global était que si tous les axes mentionnés en haut étaient couronnés de succès, l’industrie renouerait avec des finances florissantes qui lui permettraient d’offrir un magnifique hippodrome à Bagatelle aux turfistes mauriciens. Là, sur 130 arpents, la SIC, State Land Development Corporation et le MTC pourraient conjointement construire un hippodrome avec de longues lignes droites qui rendraient le pulling plus évident. On pourrait aussi y bâtir, comme ailleurs, des demeures pour séquestrer les jockeys “incommunicado” entre le jeudi où les programmes sont annoncés et le jour des courses.
L’ambition était de créer un réel centre équestre avec les caractéristiques principales et spécifications suivantes : piste de 1 500 mètres (Champ de Mars environ 1 300 m) ; tribunes pour accueillir 6 000 personnes ; piste d’entraînement sur 13 arpents ; un espace écurie pour 400 chevaux ; deux barns de quarantaine pour 48 chevaux ; une clinique vétérinaire pouvant accueillir 20 chevaux ; une spelling farm (40 chevaux) ; trois piscines ; un centre equitaid de thérapie pour enfants autrement capables ; un club hippique reflétant l’arc-en-ciel mauricien et pouvant accepter 70 chevaux pour le show jumping ; un apprentice academy ; un stud farm ; cinéma, magasin et, comme on l’a mentionné en haut, des appartements où les jockeys pourraient être en quarantaine sans aucun contact avec le monde extérieur pendant 48 heures avant les courses.
Ce rêve national peut encore être réalisé si le gouvernement et le MTC enterrent la hache de guerre plutôt que de se regarder en chiens de faïence. C’est en quelque sorte le rôle du HRB de faire ce pont car il n’est pas de son intérêt que l’atmosphère se détériore dans ce domaine.
Il ne reste qu’un petit commentaire anodin sur l’état actuel des relations humaines au Champ de Mars. Nous ne comprenons pas comment deux hommes intelligents comme Me Hiren Jankee, chairman du HRB et Me Clive Auffray, son directeur, s’offusquent que Jean-Michel Giraud ait qualifié de chantage le retard avec lequel le gouvernement a, à travers le HRB, donné son aval au calendrier de 2006, car c’est bel et bien un chantage.
Nous ne comprenons pas davantage comment Jean-Michel Giraud soit si offusqué devant ce chantage. L’octroi de la clause d’exclusivité que le MTC donna à ASL en fin d’année au lendemain de l’annonce d’un concurrent était un magistral pied de nez aux autorités et au principe de transparence et de démocratie. Il ne laissait aucun choix aux autorités. Malgré les relations amicales, dans de pareilles circonstances, nous l’aurions fait pareillement chanter !
<I>(Suite et fin)</I> Jean-Mée Desveaux</B>
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