Publicité

Hongrie déchirée

26 octobre 2006, 00:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Cinquante ans après le 23 octobre 1956, où des milliers d’étudiants, d’ouvriers et d’employés avaient bravé l’ordre communiste pour réclamer, en vain, l’instauration de la démocratie, la Hongrie connaît de nouveaux troubles. Lundi 23 octobre, alors qu’une vingtaine de chefs d’Etat venaient commémorer la révolution hongroise, le centre-ville de Budapest, haut lieu des émeutes de 1956, était le théâtre de violentes manifestations. La police a tiré avec des balles en caoutchouc, faisant une quarantaine de blessés.

Par un triste retournement de l’histoire, la Hongrie, qui avait été l’élève modèle de la transition vers la démocratie, qu’elle avait anticipée avant même l’éclatement de l’empire soviétique en rompant avec les canons de l’économie planifiée, est entrée depuis plus de cinq semaines dans une zone de turbulences et d’instabilité. Dans la “nouvelle Europe”, la Hongrie, membre de l’Union européenne depuis le 1er mai 2004, occupait une place un peu à part et avait évité, cette année, une nouvelle alternance politique, fréquente en Europe centrale quand le mécontentement gronde.

La célébration de la révolution de 1956 a nourri le conflit en cours entre la gauche, au pouvoir, et la droite. La colère des Hongrois a éclaté le 18 septembre quand ils ont découvert que le premier ministre, Ferenc Gyurcsany dont la formation, le Parti socialiste, est l’héritière de l’ancien parti unique, le Parti communiste, resté encore trente-trois ans au pouvoir après l’écrasement de l’insurrection , leur avait délibérément caché les sacrifices économiques qui les attendaient. Depuis, la droite, qui refuse depuis des années de participer aux cérémonies commémoratives et veut “en finir avec les communistes”, mène la fronde.

Le principal parti de droite, le Fidesz de Viktor Orban, à plusieurs reprises au pouvoir au cours des quinze dernières années, réclame avec insistance la démission du premier ministre, surtout depuis qu’il a été renforcé par sa large victoire aux élections locales du 1er octobre. M.Orban et ses amis, qui ont souvent tendance à flirter avec l’extrême droite et à flatter les sentiments xénophobes, avaient décidé non seulement de boycotter de nouveau les cérémonies commémoratives, mais aussi de prolonger les manifestations antigouvernementales jusqu’à la date du 23 octobre.

C’est ainsi que la célébration de ceux que le président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, appelle “les héros de 1956” est devenue l’otage de la politique intérieure d’une Hongrie déchirée. Pour violentes qu’elles soient, les émeutes d’aujourd’hui à Budapest n’ont rien à voir avec l’insurrection de 1956, mais elles révèlent une Hongrie fragile, quand l’Union européenne espérait faire de ce pôle de stabilité un modèle de renouveau démocratique. © Le Monde 2006

			       			<B>Distribué par The  New Times Syndicate</B>

Publicité