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Hervé Frédéric paysagiste lumineux

29 octobre 2006, 00:00

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Ont raté un beau feu d?artifice, les amateurs de Beaux-Arts, ne s?étant pas déplacés pour aller admirer la quarantaine de toiles qu?Hervé Frédéric a exposées, pendant la semaine écoulée, au foyer du théâtre municipal de Rose-Hill, tenant lieu de galerie d?art, depuis que des bureaux administratifs squattent la galerie Max Boullé.

Les paysages mauriciens et rodriguais d?Hervé Frédéric resteront dans notre souvenir comme d?un rare moment d?illumination intense. Ce peintre ne se gargarise guère de mots ni de formules abstraites sur le sens métaphysique ultime à donner à la peinture. Des paysages l?émeuvent. Ils se gravent dans son subconscient. Une digestion esthétique les pare d?illuminations qu?un photographe chercherait en vain dans la réalité. Et quand devient insoutenable la démangeaison de peindre ce qui miroite dans sa tête, notre peintre s?arme de ses pinceaux pour reproduire sur sa toile ce que ses yeux d?artiste ont vu et ont retenu de son intense émotion artistique.

Hervé Frédéric nous offre divers types de paysages. Certains sont en plongée et se perdent dans l?infini ou presque. Ils ont notre préférence quand ils s?illuminent de lueurs de couleur contrastant avec des masses sombres et inertes. D?autres, butent sur des masses impressionnantes, pouvant être montagnes ou arbres. Ils limitent, à notre avis, la capacité d?expression intérieure de notre peintre. D?autres paysages semblent appartenir au monde intérieur de l?artiste. Il n?est pas sur son meilleur terrain car il donne l?impression de préférer lutter avec une réalité qui lui résiste pour en retirer toute la quintessence, illuminée de surcroît. Les natures mortes comme les nus ne semblent pas être sa spécialité encore qu?il nous sert un Petit-déjeuner en bleu que n?aurait pas dédaigné un Cézanne.

Émotion palpable et bouleversante

Hervé Frédéric est au sommet de sa présente réussite dans ses corps à corps avec des paysages en plongée et qu?il domine. Il sait donner le relief et la profondeur qu?il faut à ses paysages descendant. Il excelle dans l?art du contraste des masses sombres, au premier plan ou en fond de décor, et des zones intermédiaires baignées de lumière resplendissante. C?est notamment le cas avec les toiles intitulées Avec le temps, En toute quiétude à Anse Nicolas, L?embouchure de la GRNO, Cabanes à Château d?Eau, etc.

Quand Hervé Frédéric n?est pas en présence, dans la réalité, de zones illuminées, il choisit de donner un surcroît de luminosité à certains coins de sa toile. Il faut imaginer ici l?effet que peuvent faire des pointes de feu sur des toiles de paysagistes anglais du talent de Constable, mais qu?attriste l?effet glacial et bien léché qu?ils donnent à leur peinture si méticuleuse. Cela donne, chez Frédéric, un confetti de teintes chaudes, allant du Turner le plus éblouissant au rouge crépusculaire.

En chemin vers Baladirou, Hervé Frédéric ose un peu de surréalisme, en éclaboussant de rouge vif le sol terreux du sentier ou encore les flancs d?une colline voisine pour mieux transformer en torches lumineuses les pieux plus ou moins plantés en terre. À Baladirou, nous frôlons la re-création, ce synonyme de créativité artistique.

Nous pouvons conclure que notre artiste est plus à l?aise dans les teintes chaudes. Le petit-déjeuner bleu à la Cézanne, une vraie merveille, baigne pourtant dans une luminosité bleutée, s?accordant bien à ce décor plus intime de nature morte. On retrouve d?ailleurs cette sérénité dans d?autres paysages où notre peintre privilégie davantage la sérénité que la lumière exubérante. Sous ses pinceaux, nos paysages mauriciens et rodriguais se revêtent d?effets nordiques sinon scandinaves, du plus curieux effet.

Hervé Frédéric ferait un bon conservateur de théâtre. Il bâtit ses toiles comme d?autres composent les décors champêtres pour des besoins dramatiques. Les plans de ses paysages se superposent habilement en plongée donnant un effet d?infini prononcé. Les toiles de sa composition jouent moins sur le contraste entre zones d?ombres et de splendeur. Mais l?émotion est là, présente, palpable, bouleversante. Il compte sur les couleurs naturelles pour relever ses paysages les plus neutres. Les Mariannes illustrent bien ce procédé, à la limite réaliste.

Ailleurs, il exploite les zones lumineuses à la manière d?un De La Tour, comme le Clair-obscur de Bigarade, Rodrigues. Les couleurs de la misère sont d?une grande richesse d?expression. L?artiste compte alors sur l?une ou l?autre grande tache de couleur, généralement le toit d?une bâtisse, pour éclairer un paysage sombre à souhait. Ce genre de miracle s?opère, par exemple, aux Salines de Baie-du-Tombeau ou encore Roche-Bois in the fall. À Poudre d?Or, la lumière est présente dans la couleur turquoise ensoleillée du lagon. Ça baigne.

Pour se convaincre qu?Hervé Frédéric est un peintre talentueux, il suffit de se reporter à ses flamboyants (Héritage de Bojer), le sujet le plus casse-cou de la peinture mauricienne mais aussi le plus attirant. Il ne suffit pas de planter son chevalet au pied de ce buisson ardent pour obtenir la transfiguration voulue. La préférence de Frédéric pour la plongée n?est jamais plus qu?ici utile car un flamboyant n?est jamais plus beau que lorsque vu, sinon du ciel, du moins d?en haut.

Force brûlante des teintes chaudes

Saluons aussi son courage qui le pousse à peindre nos Gorges de la Rivière-Noire, en plongée de surcroît. Même nos meilleurs peintres n?osent pas s?y risquer. D?autres paysages sont sauvés par la priorité donnée à des superficies baignées de lumière, comme Monts et Vaux, Femmes courage, le Pieter Both vu de Congomah.

D?autres toiles nous plaisent grâce au coup d??il sympathique lancé à tel ou tel aspect de ce patrimoine qui nous est si cher. C?est le cas pour le vieux poste de police français de Souillac, bordant le jardin Telfair. D?autres enfin paraissent fades comparées aux plus éblouissantes de l?exposition car elles ne partagent pas le bonheur d?être relevées par les couches de reflets lumineux, leur donnant relief et animation.

L?exposition d?Hervé Frédéric n?est plus. Demeure le souvenir d?un intéressant exercice de conjugaison de taches lumineuses et de zones d?ombre, celui d?une maîtrise surprenante de la force brûlante des teintes chaudes, le souvenir d?une réussite dans l?art de distiller une atmosphère de sérénité et de douce certitude. Nous attendons déjà sa prochaine exposition.

Qu?il évite seulement les préavis trop courts. Nous sommes comme le Renard du Petit Prince. Il nous faut du temps pour nous préparer intérieurement à tout moment d?intense communion. Et son exposition au foyer du théâtre de Rose-Hill en est manifestement un, pour lequel nous lui savons gré.

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