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Hervé de Sornay analyse Malcolm

30 octobre 2006, 00:00

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Les articles sur Malcolm de Chazal n?ont pas manqué, après sa disparition, en ce mois d?octobre 1981. Leur relecture nous console aisément de l?absence de toute commémoration officielle ou même littéraire du 25e anniversaire de son décès. Même pas un débat contradictoire sur le thème : Malcolm, 25 ans sans ( ?) lui! Le mythe pourtant est intact. Bloc monolithique toujours incontournable et toujours inaccessible. Il est peut-être trop grand et nous excessivement minus.

En ce mois d?octobre 1981, Jean Pierre Lenoir prend l?heureuse initiative d?interviewer Hervé de Sornay qui lui fournit des réponses lumineuses sur ce géant de la littérature mauricienne et sur une ?uvre transcendante. Il estime que cosmique est l?expression qui caractérise le mieux l??uvre chazalienne. Un cosmos impossible à cerner et à maîtriser car à la fois inquiétant et attirant.

Malcolm ne saurait nous laisser indifférents qu?il soit pour nous objet de dérisions, de moqueries ou d?adulations. Il nous marque toujours d?une empreinte indélébile. Qu?est-il ? Qui l?emporte chez lui du peintre ou du philosophe ? Autant de questions difficiles à répondre tant l?homme ne se gêne guère pour se contredire et demeurer insaisissable. L?a-t-on marginalisé ou a-t-il voulu se marginaliser ? Le débat reste ouvert. Egoïste ou égocentriste maladif, il dérange, non plus par des pamphlets anti-barons sucriers mais par sa seule présence, désormais incontournable.

Hervé de Sornay raconte une anecdote irrécusable qui peut expliquer bien des choses : ?J?ai vu Malcolm de Chazal affronter, pendant le trajet en train Curepipe/Port-Louis, les railleries de jeunes gens qui, conscients de son originalité, se permettaient d?en faire un sujet d?amusement?. Ajoutons tout de suite que ces imbéciles ne constituent heureusement pas toute l?île Maurice. Pouvait-on convaincre Malcolm de l?évidence de cette assertion, sachant que cela l?arrangeait de le croire ? Nous ne sommes pas obligés de le croire sur parole ni d?entrer dans son jeu surtout s?il tient à être plus stupide que les imbéciles qui le raillent. L?anecdote demeure significative car on ne descend pas impunément dans pareille fosse, non pas aux lions, mais aux dodos (Raphus cucullatus).

Pour Hervé de Sornay, Malcolm est d?une intelligence peu ordinaire. Son ascension dans le monde universel des lettres n?échappe pas pour autant aux moqueries de ceux qui ne le comprennent pas. C?est qu?il n?a pas récolté que des éloges de la part de ses pairs. Claudel, par exemple, lui déclare : ?Chez vous, l?homme et l??uvre me font horreur !? La réplique chazalienne sera tout autant cinglante : ?Votre réponse n?est pas digne d?un académicien, n?est pas digne d?un chrétien?.

De Sornay raconte le succès de Sens-Plastique en France. Jean Paulhan se faisait faire le portrait par Dubuffet. Pour passer le temps, il lit Sens-Plastique que Malcolm lui a fait parvenir. Dubuffet feuillette le livre, en lit quelques pages au hasard et s?écrie : ?Ce livre bouleverse les données classiques sur l?art, les couleurs, les sons?. Chazal découvre qu?il a, en Paulhan, un défenseur inconditionnel qu?il accable d?ailleurs de ses doléances préférées : il vit misérablement ; sa propre famille n?achète pas ses livres ; ceux, qui le font, agissent ainsi pour se gausser de lui. Il rend, bien sûr, aux bourgeois mauriciens la monnaie de leur pièce en les traitant de ?marchands du temple?.

Jean Pierre Lenoir pose opportunément la question de l?importance du moutouc chazalien dans l??uvre de Malcolm. De Sornay concède que ce moutouc agrémente ses livres car c?est un acquis congénital infiniment précieux. ?Si Malcolm n?était pas né De Chazal, il n?aurait pas eu probablement cette extraordinaire évolution de la pensée qui touche aussi bien aux réalités qu?à l?imaginaire?. C?est dire que nous ne pouvons dissocier les deux faces de cette médaille (d?or) qu?est Malcolm de Chazal. Il en va de même des liens indissolubles entre son île et lui. Ecoutons encore De Sornay : ?Sa nature mauricienne, son émerveillement devant son île natale, est sans aucun doute révélateur de son ?uvre dont chaque ligne respire l?île Maurice?.

De Sornay raconte une autre anecdote également significative. Chazal vient le voir un jour, se plaignant de devoir une somme de Rs 4 500 à un imprimeur, somme qu?il ne peut régler. Cette insolvabilité menace même son emploi de fonctionnaire. De Sornay prend sur lui pour ameuter les plus fidèles, les plus patients et les plus généreux parmi ses amis. Il téléphone même à Raymonde de K/Vern que Malcom vient pourtant d?insulter publiquement à la Flore Mauricienne. Pas rancunière pour un sou, elle met généreusement la main au portefeuille. Des parents offrent aussi leur contribution. L?opération ?remboursement? paraît en bonne voie quand Malcolm téléphone à De Sornay en lui disant sur le ton le plus péremptoire : ?Où est le fric ? Si je ne l?obtiens dans deux jours je fais un scandale !? L?incident situe l?homme dans toute sa dimension égocentrique, conclut De Sornay qui ajoute tristement car blessé et déçu : ?Malcolm part toujours du principe que tout lui est dû?.

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