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Hausses de prix : digestion difficile
L?Italie est souvent décrite comme le pays aux 50 millions d?entraîneurs de football : chaque tifosi croit connaître la meilleure façon de diriger l?équipe nationale. Maurice, de la même manière, pourrait être décrite comme le pays aux 1,2 million de Premiers ministres, car chaque citoyen a son opinion sur la façon dont l?Etat devrait être géré. L?express ainsi a pu recueillir, hier, une multitude de points de vue sur les hausses de prix qui affectent la population (essence, ticket de bus, riz «ration», parking dans la capitale).
Si la majorité des Mauriciens, donne l?impression de comprendre les raisons derrière chaque hausse de prix, ils sont cependant loin d?être convaincus que ces majorations n?auraient pu être évitées? La question du riz «ration», par exem- ple, ne laisse pas insensible. Certes, cette commodité occupe de moins en moins de place sur les «listes de commission», mais ceux qui le consomment encore se disent très touchés. Ceux-là se situent tout en bas de l?échelle sociale. «Tou lartik pé monté. Nou konné ki prix dehor pé monté aussi mais là-bas au moins zot ena bel cash. Ici nou ban malheureux coupeurs canne ek pensionnaires», dit Harry, 60 ans, habitant de Petit-Gamin, petit village du Nord. Ici nou coupé ar lavi mai pas coupé ar ban hausses de prix.» Dev Boodhoo, 40 ans, de Calebasses ne connaît pas les raisons des augmentations mais cela lui est égal. «Mo pa trouv sa normal. Nou pa konné ki fer mai mo supposé que gouvernement ti kapav évite li.»
Alors que certains se limitent à un triste post-mortem, d?autres, comme Heeralall Sewruttun, offrent des analyses plus pertinentes. «Les prix augmentent soi-disant parce que les prix des commodités à l?étranger augmentent. Le gouvernement auraient pu éviter ces hausses. Prenez, par exemple, les grandes compagnies. Elles évitent les augmentations en réduisant leurs dépenses. Le gouvernement n?arrive pas à en faire de même», explique ce propriétaire de magasin de Montagne-Longue. «On sait qu?il y a des subsides pour le riz. Le gouvernement veut diminuer ces subsides en projetant le coût sur les consommateurs. Vu la qualité du riz, cela ne vaut pas la peine. Si le riz était de meilleure qualité, les gens paieraient Rs 5 de plus. Il y a un problème au niveau de la State Trading Corporation (STC) : ils devraient songer davantage à la qualité qu?aux profits réalisables. Les gens sont de plus en plus éduqués alors il faudra revoir ce système» , renchérit-t-il.
Leckraj Ajoodhea, 43 ans, est propriétaire d?une station-service dans la même localité. Il réalise que les augmentations du prix du carburant sont liées à la situation mondiale, mais n?en blâme pas moins le gouvernement pour son «manque de prévoyance. Si nous avions d?autres sources d?énergie, tel l?éthanol, nous ne serions pas des otages comme c?est le cas aujourd?hui. Beaucoup de gens ne savent pas pourquoi les prix augmentent mais des débats sur les radios ont jeté un certain éclairage sur le sujet.»
<B>«KOUMA NOU POU ROULE ?»</B>
Des employés de stations-service disent de leur côté être la cible d?automobilistes mécontents. «Zot dir nou ki li pa bon ditou, ki pri lessens pa kapav monté tou les 3 moi. Tou ban kliens pé plaigné ek nou gange zoure tou. Ena beaucoup clients ki pe plein zot tank avant dimin ek pose nou beaucoup questions lors augmentaysion», dit Satish, 30 ans, pompiste à Abercrombie. Ashok Rughooputh, directeur d?une station-service à Lataniers renchérit : «Les clients grognent car ils ne peuvent pas croire qu?en six mois le prix de l?essence a augmenté de 45 %».
Même son de cloche chez les automobilistes. «Nou pa dakor ar sa. Gouvernement pé dir ki dehors prix pé augmenté mai nou pa konné ki kantité li vrai», fustige Dhiren, 50 ans. «Couma nou pou roulé ?», se plaint Raj Hurbuna, un chauffeur de camion. D?autres ? il en existe ? se montrent plus pragmatiques, à l?instar de Jacques Milator, 50 ans. «Si les prix grimpent à l?étranger, ça ne nous laisse effectivement pas trop de choix. Reste à voir que si cela se reflétera ici lorsque les prix à l?étranger baisseront.»
Les receveurs d?autobus, qui ont dû réclamer de nouveaux tarifs aux passager, n?ont quant à eux pas eu à essuyer les foudres des passagers, contrairement aux pompistes. «Tout s?est passé dans l?ordre. Les gens étaient déjà au courant mais je pense que c?est dur», dit Drek, qui travaille sur la ligne 89 entre Crève-C?ur et la capitale. « Ena clien ki korek, ena grogné. Li à cause prix l?essence mais mo na pa pensé ki ti pou kapav évite li, problème là li général », souligne Roshan, 30 ans, contrôleur pour Rose-Hill Transport sur la ligne Rose-Hill-Port-Louis.
Les usagers de transport en commun n?en sont pas moins désabusés. «Je pense que le gouvernement aurait pu faire en sorte de ne pas augmenter le prix des tickets d?autobus», estime Jean-Luc Jacques, un agent de sécurité de 32 ans. «Ti bizin met sa augmentasyon là dan budget. Diriz ration aussi», spécule Nolith, un planton de 47 ans. «Gouvernement pé fer dominer», martèle Kundel, 37 ans.
«NOU TOU PE SOUFER ME KI POU FER ?»
Le prix du parking au centre de la capitale, qui passe de Rs 5 la demi-heure à Rs 10, n?arrange pas les choses. «C?est exagéré. Le gouvernement dit faire ça pour réduire la congestion mais pourquoi ne construit-il pas davantage de routes ? Il dépense beaucoup d?argent sur des tas de projets alors pourquoi pas un fly-over ?» s?interroge Groobin, un chauffeur de taxi de 38 ans. «100 % li trop mai bizin ena enn revenue pou gouvernement si li pou fer kik sose pou le peup. Nou tou pé soufer mai ki pou fer», relativise Prem Mohandee, un chauffeur de compagnie de 66 ans.
1,2 million de Premiers ministres sèmeraient peut-être la zizanie, mais celui qui occupe officiellement ce poste gagnerait peut-être à écouter les suggestions de ses concitoyens avisés.
L?essence passe à Rs 26.10 le litre, le diesel à Rs 17.25
Les stations-service ont été littéralement submergées hier soir peu après 18 heures, à l?annonce sur les radios des chiffres de la hausse des prix des carburants. L?essence passe de Rs 24,55 à 26,10 le litre et le diesel de Rs 15,00 à Rs 17,25 le litre. Cette ruée des autos, vans et camions a provoqué des embouteillages monstres dans les principales artères des villes.
Certains automobilistes qui voulaient éviter ces problèmes de circulation et faire le plein dans la matinée ont été pris de court. Les pompistes présents leur ont fait comprendre que le stock d?essence était fini et qu?ils attendaient une cargaison pour aujourd?hui, samedi.
Mais vers 13 heures, la rumeur d?une hausse peu substantielle, soit de 6,3 % au lieu de 15 %, courait dans la capitale. C?est alors que certaines stations ont recommencé à vendre de l?essence, les pompistes concernés arguant que c?étaient les camions-citernes qui avaient fait un retard pour l?approvisionnement? Devant la grande affluence des automobilistes, les employés des stations-service n?ont guère eu le temps de souffler. Même les propriétaires étaient contraints de mettre la main à la pâte pour satisfaire les clients.
Du côté des consommateurs, ce sont les conducteurs de voitures diesel qui ont été les plus affectés avec une hausse de 15 % qu?ils estiment importante. Les automobilistes qui possèdent une voiture à essence s?en sortent avec une hausse d?environ 6 %.
Selon des informations disponibles, la consommation d?essence à Maurice est de 90 000 tonnes par an alors que celle du diesel est de 350 000 tonnes. La grosse majorité de ce volume de diesel, soit 210 000 tonnes fournit des voitures, autobus, vans ou camions mais aussi les usines de textile. Le reste, soit 140 000 tonnes, est utilisé par les navires de pêche et autres types de navires qui viennent se ravitailler à Port-Louis.
Un responsable de la State Trading Corporation (STC) a précisé à l?express que ces derniers temps le prix du diesel sur le marché mondial a coûté beaucoup plus cher que l?essence, soit 53.45 dollars le baril par rapport à l?essence qui a atteint les 51.77 dollars le baril.
La STC a tenu à rassurer les consommateurs que malgré cette ruée vers les stations-service hier, Maurice dispose suffisamment de stock de carburant jusqu?à l?arrivée du prochain navire dans les jours à venir.
Hier soir, les employés des compagnies pétrolières ont travaillé d?arrache-pied sur les stations-service de l?île pour régler les compteurs sur les nouveaux tarifs qui entrent en vigueur dès ce matin.
C?est en janvier 2005 que l?APM devra se réunir pour décider s?il faudra ou non majorer ou baisser le prix des carburants. En attendant le prix du baril continue sa flambée et les experts prévoient que la barre des 60 dollars le baril, risque d?être atteinte d?ici la fin de cette année.
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