Publicité
Hausse des taux : combattre l?inflation sans pénaliser l?emploi
Par
Partager cet article
Hausse des taux : combattre l?inflation sans pénaliser l?emploi
Favoriser la stabilité des prix sans compromettre l?activité économique et la création d?emplois. C?est le pari que tente la Banque de Maurice. Celle-ci a décidé de rehausser le Repo Rate (le taux directeur des taux d?intérêt) de 8,50 % à 9,25 % suite à la réunion de son Monetary Policy Committee (MPC) samedi dernier.
Le gouverneur de la Banque centrale, Rundheersingh Bheenick, demande aux banques de ne pas répercuter entièrement cette hausse sur le taux à l?emprunt. Cela, afin de ne pas pénaliser l?investissement.
La maîtrise de l?inflation aura été au c?ur des délibérations du MPC. Le taux d?inflation est de 10,7 %, soit le niveau le plus élevé en 17 ans (années fiscales). Les risques d?une hausse continue du niveau général des prix sont réels, préviennent les autorités monétaires, surtout avec la pression sur les cours pétroliers et d?autres produits de base au niveau international.
<B>Stabiliser les prix</B>
La hausse du Repo Rate qui aura des répercussions sur le taux d?intérêt à l?épargne et à l?emprunt a pour objectif principal de ramener l?inflation à un seuil plus gérable. Les pressions inflationnistes menacent la reprise économique, affirme la banque dans un communiqué émis hier. Un communiqué accueilli favorablement par la Mauritius Bankers Association (MBA). ?Il y a une volonté de favoriser la communication et la transparence?, souligne Aisha Timol, chief executive de la MBA.
?Un des moyens de contenir l?inflation est de rehausser le taux d?intérêt. Une augmentation du taux aide à stabiliser la roupie qui, à son tour, contribue à stabiliser les prix?, commente Swadicq Nuthay, économiste et Senior Fund Manager chez ACMS, une société d?investissement.
Une hausse du taux d?épargne améliore la confiance des investisseurs dans la roupie et apporte plus de tonus à la monnaie locale face à l?inflation importée. ?Nous importons la grande majorité des produits que nous consommons. De ce fait, la plus grosse part de notre inflation est importée. La démarche de rendre la roupie plus attrayante est bienvenue.?
Outre son impact sur le taux de change de la monnaie, un rehaussement du taux sur les dépôts bancaires devrait encourager les ménages à épargner au lieu de s?adonner à une consommation démesurée qui risque de faire flamber davantage les prix. ?Il est essentiel de stimuler l?épargne pour éponger les excès de monnaies dans le circuit et ainsi freiner les pressions inflationnistes?, soutient un analyste.
Reste que, dans l?immédiat, c?est une hausse du loyer de l?argent qui est à craindre surtout pour les entreprises. Cela peut avoir un impact négatif sur l?investissement et sur l?activité économique du moins dans le court terme. Dans cette optique, le gouverneur demande aux banques commerciales d?adopter une certaine flexibilité face aux emprunteurs. Il rencontre les banquiers mercredi pour discuter de la question.
<B>Répercuter 50 points de base</B>
?Je fais un appel aux banques commerciales pour qu?elles ne répercutent pas la hausse de 75 points de base entièrement sur le taux à l?emprunt?, déclare Rundheersingh Bheenick. Selon celui-ci, les banques ont des marges assez confortables pour pouvoir absorber une hausse du taux d?épargne.
?Un tel souhait est dans le domaine du possible. Certaines banques pourront répercuter seulement 50 points de base sur le taux à l?emprunt. De toute manière, les forces de la concurrence vont jouer. Les banques vont pratiquer des taux compétitifs pour attirer les clients?, soutient un trésorier de banque.
Aisha Timol fait ressortir que la décision d?appliquer un taux différentiel à l?emprunt revient à chaque banque à titre individuel.
Des crédits plus chers inquiètent en premier lieu les petites et moyennes entreprises (PME), aux trésoreries fragiles. ?Je suis très inquiet du coût élevé des financements. Les taux d?intérêt à la Development Bank of Mauritius (DBM) tournent autour de 14 %. Il est assez difficile pour les PME qui démarrent de générer une rentabilité supérieure à ce taux. La DBM pratique aujourd?hui des taux qui sont très proches de ceux des banques commerciales?, déplore Sanjeev Mulloo, président de la fédération des PME.
Pour Swadicq Nuthay, il faut bien faire la part des choses. Laisser filer les prix n?est pas non plus la bonne solution pour favoriser la croissance. ?Une inflation galopante envoie un mauvais signal aux investisseurs. Une roupie stable, par contre, encourage les investissements étrangers?, dit-il.
Face au resserrement monétaire, les opérateurs peuvent néanmoins compter sur un certain soulagement du côté de la politique fiscale. ?La baisse de la corporate tax (de 22,5 % à 15 %) dans le dernier budget devrait aider à atténuer l?impact des charges financières additionnelles sur les entreprises?, avance un analyste.
RÉUNION DU MPC
<B>Une décision difficile?</B>
■ La toute première réunion du ?Monetary Policy Committee? (MPC) sur les taux d?intérêt aura été très animée, aux dires même du gouverneur. ?La décision n?a pas été aussi facile vu que le sujet est de nature controversée. Les opinions étaient très partagées?, indique Rundheersingh Bheenick. Ce dernier animait un point de presse sur ce sujet hier.
Le clivage des avis des uns et des autres était tellement marqué que le MPC n?a finalement pas pu prendre une décision sur l?évolution du ?Repo Rate?. Trois des sept membres du MPC ont voté pour une augmentation de 50 points de base. Trois autres étaient pour une hausse de 75 points de base. Le gouverneur qui détient la clé dans une situation pareille avec son ?casting vote? a décidé de ne pas exercer cette prérogative pour une première réunion.
Le MPC, n?ayant pu trancher, s?en est remis au conseil d?administration de la banque centrale. Celui-ci s?est réuni samedi et a décidé d?augmenter le taux par 75 points de base.
Publicité
Publicité
Les plus récents