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Harry Saintas, un homme bon et droit

22 avril 2006, 00:00

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Un Port-Louisien s?en est allé. Un Port-Louisien d?avant l?exode. Du temps où les artisans chantaient le bel canto au déjeuner et sifflaient au travail les airs des derniers films parlants.

Il y a plus de quarante ans, il m?a appris l?algèbre de la presse : la typographie. Il y a un peu moins de quarante ans, je l?ai fait travailler avec des composeuses tapageuses. C?était un tournant entre deux mondes. Mais je n?ai jamais oublié ce qu?il m?a dit de l?économie d?une imprimerie et de l?intégrité du travail ; ni sa bonne humeur constante, ni sa capacité de voir le côté drôle des choses.

Harry Saintas est mort, jeudi, à quatre-vingt-un ans.

« En ville » était sa patrie. Elle lui avait donné le ton un peu passé, mais si pittoresque d?une vieille ville. Vieille parce qu?elle avait des rues bombées, des canaux de drainage et des trottoirs d?un autre temps ; presque une éthique. Celle de l?artisan modèle. On y battait encore la bourre de coco pour faire des matelas.

Quand le patron de l?atelier, Roger, avait une composition un peu sélecte à faire, il « voyait » Saintas. Il a aidé à former une petite pléiade d?apprentis dont certains sont devenus des chefs d?équipe.

Son souvenir flotte dans la mémoire de deux générations, avec une odeur d?encre. Il accompagne le passant dans la dernière rue pavée. Il niche dans les archives de «L?express». Sa voix riche de ténor résonne encore aux oreilles. Son souvenir rejoint le temps des «vingt-cinq marqué» où la «pitaille» suffisait au bonheur.

Je rends hommage à cet homme bon et droit au nom de tous ses camarades de travail. Les vivants doivent parler pour les morts. Nous lui disons merci pour son exemple.

<B>Philippe Forget</B>

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