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Harry Potter Retour à Poudlard
Les vieux grincheux qui, en pensant à la jeunesse d’aujourd’hui, craignent pour l’avenir du monde civilisé, devraient être reconnaissants à J. K. Rowling d’avoir aidé à limiter les dégâts. Il y a dix ans, on aurait eu du mal à se l’imaginer. Voilà qu’aujourd’hui les jeunes, et même les tout jeunes lisent. Pas tous, il est vrai, mais ils sont bien plus nombreux qu’auparavant. Même qu’ils lisent des romans qui font plus de six cent pages et que ces romans les passionnent. Les aventures d’Harry Potter sont du genre à satisfaire les envies de leurs lecteurs sans leur demander d’effort particulier en retour, mais on doit aussi reconnaître que ces romans sont sacrément bien écrits et qu’ils seront (dans leur genre) peut-être les classiques de demain. L’écrivain J. K. Rowling a de l’inspiration. C’est normal. Elle a aussi du flair pour ce qui est d’établir puis de consolider les liens entre ses romans et ses lecteurs. Ainsi, au début, ces derniers étaient dans la tranche des 11 — 13 ans (dans le sens où on a 11 ans à tout âge) qui était celle du héros de ces aventures. Puis, dans le deuxième, Harry Potter était un peu plus âgé, les lecteurs aussi. Et, maintenant que l’âge du personnage et celui des lecteurs tourne autour de 14 ans, les choses deviennent disons, un peu plus compliquées.
Pour ce troisième volet, Chris Columbus, réalisateur des deux précédents, a laissé la place au mexicain Alfonso Cuaron (La Petite Princesse, Y Tu Mama Tambien). On retrouve donc Harry/Daniel Radcliffe, Ron/Rupert Grint et Hermione/Emma Watson qui ont l’âge de la puberté.
<B>La troisième année</B>
Ils se préparent à commencer une troisième année à Poudlard. Mais le ministre de la Magie en personne vient avertir Harry qu’une terrible menace pèse sur lui : Sirius Black/Gary Oldman, reconnu coupable de complicité dans l’assassinat des parents du garçon par Valdemort, s’est échappé de la prison d’Azkaban où il était détenu. Tout porte à croire qu’il a maintenant l’intention de tuer Harry. Afin de neutraliser le prisonnier en fuite, les autorités ont lâché les « Détraqueurs ». Ces terribles créatures, qui aspirent l’âme de quiconque se trouve en leur pouvoir, sont déjà aux abords de Poudlard. Harry les a rencontrées et, sans qu’il ne sache pourquoi, leur présence le terrifie. Il y a aussi à Poudlard, les amis d’avant, les ennemis d’avant et aussi le professeur Lupin qui prétend avoir bien connu les parents de Harry. Il va leur enseigner à se défendre contre les forces du mal. Alfonso Cuaron était mieux indiqué que Chris Columbus pour la réalisation de ce troisième Harry Potter plus sombre et plus oppressant que les précédents et avec plus d’ambiguïtés aussi. Cette fois, le danger semble venir de partout, que ce soit de Sirius Black, des terribles « Détraqueurs », de Draco Malfoy ou du professeur Severus Rogue, tout de noir habillé et toujours aussi dédaigneux. En plus, le scénario donne cette fois plus d’importance au « flou » de certains personnages comme le professeur Lupin/David Thewlis ou celui de Sybil Trelawney/Emma Thomson (qui s’amuse beaucoup), le professeur de voyance et de divination qui voit de funestes événements dans sa boule de cristal ou dans les feuilles de thé. Ceux qui ont eu l’occasion de voir les films d’Alfonso Cuaron diffusés sur les chaînes satellite, remarqueront que ce troisième Harry Potter porte bien la marque de ce cinéaste assez original, quelque soit le registre ou le genre. Bien que les personnages familiers soient toujours là, ce troisième épisode semble se dérouler dans un tout autre univers. Le changement le plus notable étant l’école elle-même, toujours le même bâtiment, mais cette fois la caméra nous la montre sous un aspect lugubre et définitivement moins accueillant que précédemment. Le roman étant assez volumineux, il a bien fallu le raccourcir afin d’avoir un film de moins de trois heures et Cuaron en tire un film plus qu’honorable. Toutefois, ceux qui auront lu le roman ne pourront s’empêcher de penser qu’une bonne histoire a été dépouillée d’une partie de ce qui fait sa richesse. Par exemple, la description faite des « Détraqueurs » dans le livre les rend plus effrayants que dans le film (où ils sont quand même réussis, il faut bien le dire), mais il y a aussi cette hostilité entre les animaux de compagnie (un chat et un rat) sur laquelle le film a tort de ne pas insister.
<B>Des instants à savourer</B>
Cependant, on apprend des choses sur la querelle entre la famille de Malfoy et celle de Harry Potter et puis, il y a ces moments où Hermione et Ron se tiennent discrètement par la main. Sur ce deuxième point, on croit deviner la direction qu’a choisie J. K. Rowlings : les trois acteurs principaux Daniel Radcliffe, Rupert Grint et Emma Watson grandissent physiquement à la même allure que leurs personnages et on ne peut qu’espérer que les prochains épisodes seront mis en chantier (le tournage du quatrième Harry Potter devrait commencer prochainement) avant qu’ils ne soient devenus trop grands. Un critique, tout en commentant que les trois personnages sont éminemment sympathiques fait remarquer tout de même que Daniel Radcliffe est l’acteur le moins doué des trois. Peut-être, mais d’un autre côté, on ne peut pas dire que son personnage exige toute une palette de capacités. Pour les autres personnages, on regrette que les apparitions d’Emma Thompson soient finalement si peu nombreuses. Du coup, elles deviennent des instants à savourer. Michael Gambon remplace Richard Harris décédé, si bien que certains risqueront de ne rien remarquer. Gary Oldman, le plus important des nouveaux venus, a un rôle difficile, mais il s’en tire très bien. Et cette fois, John Cleese n’est pas dans le scénario, et c’est dommage.
Ceux qui s’attendent à de vrais morceaux de bravoure en matière d’effets spéciaux ne seront pas déçus. Les tableaux vivants des films précédents le sont encore plus qu’auparavant avec plus de détails, comme pour les affiches. Les parties de « quidditch » sont encore plus spectaculaires. Il y a la séquence avec l’arbre qui secoue la neige de ses branches, avec les flocons qui atterrissent sur la lentille de la caméra (images de synthèse, évidemment) et il y a des bestioles intéressantes comme« l’hippogriffe », moitié cheval, moitié oiseau et totalement incompris.
Mais ce film va bien au delà de simples effets. Il y a aussi une bonne histoire bien racontée. Inutile de recommander aux lecteurs de ne pas le manquer.
<B>Gilles Noyau</B>
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