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Harold Chan, l?âme du collège London
La précédente chronique rappelle les circonstances, à la fois démographiques et pédagogiques, favorisant l?explosion des collèges-champignons, pour accueillir la première génération d?adolescents du baby-boom de l?après-éradication de la malaria, à Maurice, après la Seconde Guerre mondiale. Harold Chan, l?âme derrière le succès non démenti, pendant les 40 premières années d?existence du collège London, a connu personnellement cette époque décisive et pas seulement sur le plan éducatif.
Revenant de Grande-Bretagne, bardé de diplômes universitaires mais aussi de certificats et de trophées, attestant ses talents incontestables de gracieux danseur, de sportif et de figurants dans des films aussi célèbres que L?auberge du 6e bonheur, avec l?immortelle Ingrid Bergman, ou encore Le Dr No, il se lance dans le professorat. Cependant, il se rendra immédiatement compte qu?il ne sert pas grand-chose d?être bon professeur dans un mauvais collège. Comprenez par là un établissement scolaire dirigé par un homme d?affaires ou pire encore par un fonctionnaire, se désintéressant éperdument de la quête de savoir d?une population estudiantine, venant en grande partie des classes laborieuses. Cette population aurait été toujours privée de cet accès providentiel de l?enseignement secondaire privé n?étaient-ce les initiatives, souvent désintéressées et philanthropiques, de travailleurs sociaux, pleinement conscients qu?il faut toujours faire quelque chose quand des jeunes se tournent vers la société et le monde des adultes pour réclamer un supplément de formation et d?éducation.. Mais écoutons Harold Chan Lam , quand il confie ses premiers souvenirs s professoraux à un élève de Form V, signant seulement JNB, à la fin d?octobre 1980.
Il rentre à Maurice, le 26 août 1963, année de la mort du bon pape Jean XXIII, de la môme Piaf, du poète Jean Cocteau mais aussi de l?assassinat de John Fitzgerald Kennedy. Malgré ses nombreux diplômes universitaires londoniens, il sait qu?il lui sera difficile d?obtenir immédiatement un emploi d?enseignant dans un des rares collèges d?État de l?époque qui se résument au collège Royal de Curepipe, au collège Royal de Port-Louis et au Queen Elizabeth College. Il accepte donc un poste dans un collège privé de Curepipe où il est chichement rémunéré quand il y a des sous en caisse, ce qui est loin d?être le cas tous les jours et surtout lors de toutes les fins de mois.
Enseigner dans un établissement scolaire privé, dans les années 1960, après le passage catastrophique des cyclones Carol, Alix et Jenny, dans des conditions de travail des plus précaires, comprenant, entre autres, l?effondrement du plancher et les descentes imprévues de l?enseignant ou des enseignés dans la cave, c?est aussi découvrir cette soif de savoir inextinguible d?une jeunesse, issue des classes laborieuses, déterminée à faire l?impossible pour se libérer des chaînes de la misère et de la pauvreté, par l?intermédiaire de l?éducation secondaire, un savoir moins élémentaire que l?école et leurs parents n?ont pu leur donner à ce stade.
Le champ de man?uvre de l?enseignant, si dévoué et si bon pédagogue puisse-t-il être, est limité aux libertés que lui accorde parcimonieusement la direction du collège privé l?employant, plus souvent imbue de ses droits que de ses devoirs. Comment donc aider davantage les adolescents qui lui sont confiés et qui placent toute leur confiance et leurs espérances en lui, se demande sans cesse l?enseignant débutant Harold Chan Lam. La réponse à sa question lancinante se précise graduellement mais irrésistiblement même si elle apparaît, de prime abord, irréalisable : il lui faut créer son propre collège. Projet utopique sinon chimérique. A moins qu?il ne s?agisse de l?inverse.
Enseigner dans un collège privé, dans les années 1960, c?est aussi côtoyer les enfants des bas-fonds de la société mauricienne là où la paresse et la fainéantise chronique, les ravages de l?alcoolisme (auxquels il faut ajouter, en 2006, la drogue, la violence sous toutes ses formes, la course à l?argent facile, le vol perçu de plus en plus comme la solution à des problèmes financiers à différents niveaux, la course aux gains immédiats sans scrupule à l?égard des moyens utilisés ni au déshonneur attaché à de tels recours, le jeu). Pour conserver son équilibre moral et ses principes moraux, il faut s?accrocher de toues ses forces à ses repères personnels et familiaux. Cela explique la réussite, en tous points exemplaires, d?Harold Chan Lam. Une prochaine chronique démontrera tout ce que le fondateur du collège London doit à ses parents auxquels il doit le meilleur de lui-même.
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