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Haro sur la duplicité

13 juillet 2006, 00:00

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par Nazim ESOOF

Pendant des décennies, il n?a été question que de recherche de consensus et d?une peur obsessionnelle de dérèglement de la hiérarchie des valeurs acquises. L?Etat était tuteur. Le monde des affaires était paralysé. La population était nourrie du rêve d?une protection éternelle. Entre une action politique velléitaire et une société convaincue que le monde ne bougera pas sans elle, le pays était devenu référence de statu quo. Puis il y a eu des chocs successifs. Des politiques convertis au panégyrique du marché tentaient bien des initiatives réformistes. Mais l?élan se fracassait vite contre le corporatisme des syndicats, la peur de l?avenir d?une société civile pusillanime et un secteur concurrentiel résolument timoré. On n?avançait ainsi que pour mieux reculer. Entre 1990 et 2005, l?île Maurice vivotait à ce rythme.

Il fallait avoir du courage pour oser autre chose. Rendre la prépondérance du marché effective. Ouvrir nos côtes à des femmes et des hommes qui finiront bien à la longue par bouleverser les habitudes reçues de nos autochtones. Remettre en question les mécanismes qui sous-tendent la superstructure conventionnelle de la société. Susciter et provoquer un exercice d?introspection chez le citoyen. Un pays enfin livré à lui-même. L?individu, lui, poussé à ne compter que sur sa propre capacité à modeler son destin. La société, elle, appelée à développer d?autres réflexes de survie.

Toute la dynamique mise en place par le pouvoir actuellement participe d?une conception prioritairement libérale de l?économie. De la possibilité d?une modernisation rapide de la société. D?une vision capitalistique de la création des richesses voire des modes de vie. D?une confrontation entre le Capital et le Travail qui fragilise ce dernier. D?une redéfinition de la fonction de l?Etat. De la hantise d?une précarisation accélérée des classes moyennes et d?une paupérisation radicale des plus vulnérables.

Ce sont autant de peurs et de perspectives qui s?expriment ces jours-ci. L?île Maurice est tiraillée. Elle veut croire en un espoir nouveau. Elle veut croire en la volonté réformatrice de ses dirigeants. Mais elle ne peut s?empêcher de se poser des questions. L?orientation générale de la politique gouvernementale est entre les mains de Rama Sithanen. Si les compétences de l?homme ne souffrent d?aucune contestation, par contre, ses prises de position semblent ne relever que de la seule logique libérale. Il inspire ainsi crainte et confiance à la fois. Son chef immédiat, Navin Ramgoolam, est un homme à conviction chancelante. Discours et actions chez lui sont déterminés par le contexte et le pouvoir de persuasion de ses plus proches collaborateurs du moins de ceux qui savent se montrer les plus convaincants.

Dans un tel contexte, la population est en droit de se poser des questions. Le réformisme est un état d?esprit. Ce n?est pas l?assemblage hétéroclite de mesures conjoncturelles courageuses. C?est une manière de penser. C?est la pensée d?un vécu qui s?inspire d?un changement de ?mindset?. C?est cela en fin de compte la nouvelle révolution. Nos dirigeants ont raison d?insister là-dessus.

Mais ils ont tort lorsqu?ils croient qu?ils ont le droit d?exiger une ascèse nationale dont ils peuvent eux-mêmes être dispensés. Le changement de mentalité n?implique pas la seule responsabilisation aux contraintes économiques. Dès qu?on parle de mentalité et surtout de changement, on parle de culture et des jeunes. Or, nos dirigeants n?ont pas encore opéré leur révolution de mentalité. Autrement, on n?aurait pas eu Sylvio Tang aux Sports et encore moins Mahen Gowressoo à la culture. Voire des conseillers comme Dinesh Ramjuttun.

Le peuple n?a plus droit aux compromis. C?est vrai et il l?assume. Quand le pouvoir politique se rendra-t-il compte qu?il n?est pas, lui, au-dessus de telles obligations ? A moins de nous convaincre du contraire, le pouvoir n?a aucun droit d?imposer un langage de vérité qu?il ne respecterait pas lui-même. Changement de ?mindset?, vous avez dit?

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