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Handicapés mais talentueux

16 mars 2008, 00:00

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lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Jolie black de petite taille, les cheveux courts à la garçonne, un look à la Avril Lavigne, elle s?apprête, non sans crainte, à passer devant le jury exigeant de la Nouvelle Star, le célèbre télé-crochet de la chaîne française M6 devant des milliers de téléspectateurs.

Elle, c?est Magalie, 28 ans, qui se fait accompagner par une jeune fille à peine plus âgée qu?elle. Seul hic : Magalie est sourde de naissance. La personne qui l?accompagne est en fait sa traductrice en langage des signes. Le jury de la Nou-velle Star, interloqué, ne peut s?empêcher de laisser cette jeune femme s?exprimer. Elle interprète alors en langue des signes un des tubes phares de Patrick Bruel, mais qui peut paraître paradoxal dans son cas : Casser la voix.

<B>La chance de s?en sortir

À la fin de son interprétation, André Manoukian et ses acolytes sont impressionnés. Bien qu?ils expliquent gentiment à Magalie que le but du casting est de trouver la future star de la chanson française, il n?en demeure pas moins que la jeune femme a beaucoup de talent. Elle est repartie en larmes, mais grandie. Mais c?est plutôt avec des larmes de fierté qu?elle expliquait ensuite, face aux caméras de l?émission, que sa venue avait pour objectif de montrer que même avec un handicap de taille, on peut faire quelque chose.

Chez nous, c?est Gérard Lafolle, qui est sourd, qui récolte les honneurs avec sa participation au National Dance Championship. À 22 ans, c?est break dancer hors pair et sa sélection en a laissé plus d?un admiratif.

Leçon de vie ? C?est plus que cela.

À Maurice, les handicapés physiques sont au nombre de 45 000 (chiffre avancé par le National Council for the Rehabilitation of Disabled Persons (NCD), organisme qui travaille sous la tutelle du ministère de la Sécurité sociale). Certains d?entre eux ont eu la chance de s?en sortir, et se servent de leur handicap comme marchepied. `

« Moi, j?ai l?habitude de dire que si je n?avais pas été handicapé, je n?aurais peut-être jamais eu cette carrière-là. J?ai été affecté par la polio à l?âge de trois ans. Mais malgré cela, je me suis épanoui, j?ai eu beaucoup moins de mal à supporter le regard des autres. Mes parents se sont battus à mes côtés pour que je puisse avoir une existence normale. Le pari pour une vie normale a été emporté aujourd?hui », affirme fièrement Jean-Claude enseignant et directeur de l?école primaire Sainte Cécile de Bambous-Virieux.

Comme quoi, les handicapés ont aussi une vie normale, et ils nous le prouvent avec éclat !

C?EST QUOI ?

On nomme handicap la limitation des possibilités d?interaction d?un individu causée par une déficience qui provoque une incapacité, permanente ou présumée définitive, et qui elle-même mène à un handicap moral, intellectuel, social, ou physique. Le handicap exprime également une déficience vis-à-vis d?un environnement, et que ce soit en termes d?accessibilité, d?expression, de compréhension ou d?appréhension. Il s?agit donc plus d?une notion sociale et d?une notion médicale.

À savoir : La Journée internationale des handicapés a lieu chaque année le 3 décembre.

À LIRE

« La personne handicapée en milieu mauricien »

La personne handicapée nous concerne tous : quels sont ses droits ? Quels sont ses soutiens ? Telles sont les questions auxquelles La personne handicapée en milieu mauricien tente de répondre. Publié en mars 2001, son auteur, Marie-Lourdes Lam Hung, a occupé les fonctions d?avocate et de conseillère au Family Counselling Service, et de représentante du ministère public et conseillère juridique au ministère de la Femme. Le but de l?ouvrage ? Faire le point sur la condition de la personne handicapée et sensibiliser le public. Le livre, en vente chez Bookcourt, évoque aussi le cas des handicapés so-ciaux, moins connu.

TEMOIGNAGES

Aarthi Burtoly, étudiante en droit

Du haut de ses 21 ans, Aarthi est une jeune qui a un parcours scolaire irréprochable, malgré un handicap de taille : sa cécité. Mais Aarthi n?a pas été ainsi toute sa vie. C?est seulement à l?âge de quatorze ans qu?elle a définitivement perdu la vue. Dès sa naissance, Aarthi ne voyait que de l??il droit, et elle a suivi ses études comme n?importe quel élève. Mais à partir de la Form III, sa vision s?est considérablement détériorée, au point où elle n?arrivait plus à voir ce qui était au tableau ou dans les livres. Accompagnée de ses parents, elle se rend alors à l?hôpital de Moka, où les médecins diagnostiquent une hypertension des yeux : c?est irréversible, Aarthi ne verra plus. Le même hôpital lui propose alors d?apprendre le braille, ce qu?elle fera.

« J?ai appris le braille pendant un an. Dans cette situation, je me disais tout de même que j?avais eu beaucoup de chance d?avoir vu pendant 14 ans.

Je sais comment le monde est, et je ne l?oublierai jamais. » Aarthi a donc poursuivi son chemin, elle a passé sa Form V et son HSC en braille. Elle est maintenant en deuxième année de droit et hésite encore sur sa carrière. « J?aimerais pratiquer au barreau? Mais je n?en suis pas sûre ! », finit-elle par nous avouer.

En revanche, la jeune fille n?hésite pas à nous avouer qu?elle regrette le manque d?infrastructures pour les aveugles à Maurice : pas de librairie avec des livres en braille, pas de livres parlants, pas d?accès Inter-net pour les non-voyants comme cela existe à l?étranger.

Véronique Marisson, championne de haut niveau

Avec un caractère bien trempé, Véronique ne s?est jamais apitoyée sur son sort. Handicapée moteur à cause d?un manque d?oxygène à la naissance, elle passe sa vie en fauteuil roulant. Mais ce n?est pas pour autant qu?elle ne pratique pas d?activités sportives. De la détermination, elle en a. « Je me suis rendue réellement compte de mon handicap lorsque j?étais en classe de 5e ou 6e. Pendant les activités sportives, j?avais vraiment du mal.

À chaque fois je chutais, et après avoir subi plusieurs opérations, j?ai su que je ne pourrai pas avoir les mêmes capacités que les autres. Mais je ne voulais pas aban- donner le sport, car j?aime me défouler » Quand les autres couraient au collège de Lorette de Quatre-Bornes, Véronique faisait de la musculation. Après avoir débuté avec le basket en fauteuil, elle se concentre par la suite sur l?athlétisme. Elle remportera d?ailleurs en 2003 une médaille de bronze aux Jeux des îles. En 2006, elle arrête l?athlétisme pour se consacrer au tennis. Véronique reconnaît néanmoins que le regard chargé de pitié des gens l?a attristée par moments, mais jamais au point d?abandonner son combat.

Anath Seeboruth, batteur

Anath Seeboruth, qui est aveugle, montre que l?on peut faire de la musique même si on ne voit rien. Anath a le rythme et la musique dans la peau, et il a pour principe de ne jamais prononcer le mot « fatalité ». « Je suis né comme ça, je ne vais pas pleurer toute ma vie », affirme-t-il. Du coup, ce jeune homme qui a toujours voulu vivre d?un instrument de musique s?est mis à la batterie avec ferveur depuis 2003. Il est passionné, attentif aux autres et vraisemblablement autodidacte. « Des difficultés dans ma vie, j?en ai eu, mais pas plus que les autres. J?ai dû me battre un peu plus car les gens sont toujours réticents avec les handicapés. Ils pensent qu?on est incapables de subsister seuls. Moi, je n?ai jamais demandé à quiconque de me prendre en main. Ma famille et mes amis le savent », réplique fièrement Anath. Souhaitant persévérer et progresser dignement dans la musique, Anath s?entraîne toujours dans le centre culturel où il travaille, à Curepipe.

Gérard Lafolle, danseur

La fougue de la jeunesse mêlée au talent, cette alchimie pourrait définir Gérard Lafolle, sourd depuis qu?il a trois ans. « C?est à l?âge de treize ans que la fièvre de la danse l?a pris ! Depuis Gérard ne jure que par elle », confie sa mère, qui est sa première fan.

Il faut dire que son « fiston » a beaucoup de talent, et certains ont déjà pu s?en apercevoir dans l?émission Dance Fever, où Gérard a été sélectionné grâce au public qui a voté pour lui.

Mais Gérard avait déjà un parcours assez impressionnant : en 2001 il s?est envolé pour la Malaisie pour participer à un spectacle de danse avec d?autres jeunes sourds comme lui. « À l?époque, j?avais constaté à plusieurs reprises que c?était un enfant qui se mettait souvent les doigts dans les oreilles quand il commençait à parler. Après l?avoir emmené chez un spécialiste, ce dernier a diagnostiqué une surdité chez Gérard. Ça a été vraiment un choc pour mon époux et moi. Mais nous avons décidé de réagir : nous l?avons inscrit à l?école des sourds de Rose-Belle, puis à l?Abda de Curepipe. » Que de chemin parcouru depuis ! Gérard veut désormais être chorégraphe pour les enfants sourds. « Il profite de cet article pour embrasser tous ceux qui ont voté pour lui lors du concours », nous confie sa mère. Message reçu, et bonne continuation !

Anwar Mohun, propriétaire d?un restaurant

Handicapé des deux jambes à cause d?une maladie, Anwar fait partie de ceux que la vie n?a pas épargné. « À l?époque, il n?y avait pas de vaccins » nous assure-t-il.

À l?école, les difficultés s?accumulent, mais sa famille est là. « Mes parents ont tout fait pour que j?ai une éducation normale. Je suis même allé en Angleterre. Mais dès que je suis arrivé là-bas, j?ai appris la mort de mon père. J?ai alors dû rentrer. » Anwar se met ensuite à son compte pour monter un restaurant à Port- Louis. « Vous trouverez cela bizarre, mais je peux tout faire, grimper aux arbres, conduire ma voiture. Dans la rue, je marche avec des béquilles, mais à la maison, j?essaie de ne pas les utiliser. Je vais souvent en camping avec des amis, et je voyage énormément. J?ai pu visiter tout seul, la Thaïlande, Singapour, Paris? » Anwar vit somme toute une vie assez confortable. « Je lis beaucoup, et j?apprends aussi énormément. En ce moment, je suis des cours de chinois ! » Qui a dit que handicap rimait avec morosité ?

Zohra Rajah, employée dans l?import-export

À 64 ans, Zohra Rajah a la joie de vivre des adolescents. Cette femme, handicapée physique depuis ses 19 ans, n?a qu?un seul credo : se débrouiller seule ! À l?adolescence, Zohra souffre de problèmes à la hanche. Obligée de subir une opération, elle se voit, à l?aube de ses 20 ans, handicapée à vie. « Quand j?étais à l?école, je ne vous cache pas que j?ai beaucoup souffert. J?étais différente et on me le faisait bien sentir. Mes parents et mon entourage en souffraient également. » Puis, elle a un déclic : cesser de se morfondre et se prendre en main. « Je me suis débrouillée seule peu à peu. Par exemple, je faisais la cuisine, et mes parents, au fil des années, m?ont considérée comme leurs autres enfants et n?ont plus fait d?exception. »

Zohra travaille jusqu?à présent dans l?entreprise familiale, une affaire d?import-export. Pour se déplacer, elle a souvent recours aux taxis :

« À Port-Louis c?est inaccessible pour moi, et les trottoirs sont si hauts. Pour prendre le bus, c?est également impossible. Comment y monter ? », s?offusque-t-elle. Même si Zohra est une battante, elle regrette de ne pas voir plus d?accès appropriés pour les handicapés à Maurice.

QUESTIONS A

ALI JOOKHUN, PRESIDENT DE « U-LINK », QUI AIDE LES ENFANTS HANDICAPES

« Rien n?est pire que le désistement de l?entourage »

La plupart des handicapés que nous avons interrogés se sont plaints du man-que d?infrastructures. Que faut-il faire ?

Qui dit nouvelles infrastructures, dit apport financier conséquent. De nombreuses pétitions et collectes sont faites pour que l?on améliore la condition des handicapés. Il faut savoir que beaucoup sont livrés à eux-mêmes dans des foyers où il n?y a pas de soins médicaux. Cependant, il y a quand même à Maurice des centres spécialisés qui reçoivent des handicapés, et ces derniers sont entourés par des orthophonistes ou autres ergothérapeutes.

Mais c?est vrai que l?État doit s?investir pour que les handicapés puissent avoir de plus en plus d?accessibilité. En ce qui concerne les places de voitures pour handicapés, ce n?est pas nouveau. Alors que 10 % de la population est handicapée à Maurice, les 90 % restants ont besoin d?être sensibilisés à ce sujet.

Y a-t-il dans le pays beaucoup de handicapés qui s?en sortent vraiment dans la vie de tous les jours ?

Ici comme ailleurs, les handicapés ont un meilleur sort quand leur entourage, notamment la famille, est omniprésente et les encadre. C?est la structure familiale qui joue un rôle important dans la réussite sociale de ces personnes. J?ai toujours tendance à dire aux parents de handicapés que je rencontre que dès que le handicap a été dépisté, il faut qu?ils se renseignent sur ce qu?il est possible de faire.

Si l?enfant est aveugle, qu?il apprenne le braille, s?il est sourd, qu?il apprenne le langage des signes, etc. Plus vite il sera pris en main, plus vite il renouera avec la société. Rien n?est pire que le désistement des parents ou de l?entourage : sinon c?est la marginalisation.

Vous êtes président de « U-Link », une association qui vient en aide aux enfants des handicapés, quel est votre champ d?action ?

Nous assurons principalement l?assistance aux enfants handicapés du point de vue de leur santé et de leur éducation. Nous apportons également un soutien aux familles en leur donnant des informations sur ce qui est à la portée pour aider leur enfant. Pour cela, nous organisons notamment des séminaires, des ateliers de travail et des forums.

Nous avons, en outre, mis en place un réseau de communication entre les familles locales, mais aussi à l?étranger pour favoriser l?entraide. Pour reprendre ce que disait Loïs McMaster Bujold, un écrivain américain, et c?est aussi un peu le slogan de l?association : « Si tu ne peux pas faire ce que tu veux, fais ce que tu peux. » Je pense que c?est ce que nous avons voulu développer en créant U-Link. Il ne faut pas se contenter de regarder les handicapés, il faut aussi les aider et les intégrer au monde du travail.

Ce qui est un point sensible ou une sorte de sujet tabou pour les entreprises mau-riciennes doit devenir monnaie courante. Dans beaucoup de pays, les handicapés travaillent.

STARS MALGRE TOUT?

Stevie Wonder

Une erreur médicale rend Stevland Judkins Morris aveugle à un mois. Soliste dans la chorale de son église, il débute le piano à sept ans, puis s?intéresse à l?harmonica.

Il n?a que onze ans lorsqu?il signe chez le label Motown avec le nom de Little Stevie Wonder. En 1963, le single Fingertips lui ouvre les portes du succès. La Motown prend en charge sa production. Il montera ensuite sa propre maison d?édition et son studio. Des hits comme Superstition ou Isn?t She Lovely lui permettent de remporter 17 Grammy Awards.

Sa créativité musicale et ses textes lui permettent de traverser les modes.Dans la même lignée : :Ray Charles.

Emmanuelle Laborit

Sourde à la naissance, ses premières années sont marquées par l?incompréhension du monde qui l?entoure. À sept ans, elle décou-vre le langage des si-gnes. Alors qu?elle décro-che son bac, on lui propose un rôle dans la pièce Voyage au bout du métro. En 1993, elle reçoit le Molière de l?interprétation théâtrale pour Les enfants du silence. Elle apparaît sur grand écran dans Un air si pur (1997) ou Marie Line (2000), avant de jouer dans September 11 ou Amour secret. Parallèlement, elle publie un ouvrage intitulé Le Cri de la mouette, où elle raconte son expérience.

En 2003, elle prend la direction de l?International Visual Theatre, destiné à promouvoir la culture des sourds

Dans la même lignée : Miss Limousin 2007, Sophie Vouzelaud, sourde de naissance.

« Grand corps malade »

Fabien Marsaud est devenu « Grand corps malade » sur scène, un soir de l?année 2003. Il s?est rebaptisé ainsi, par rapport aux séquelles de l?accident qui a bouleversé sa vie. Jeune, il souhaite devenir professeur de sport, voire tenter une carrière de basketteur.

Un plongeon mal réceptionné dans une piscine met fin à ses espoirs : il devient tétraplégique. Mais Fabien persévère et recouvre l?usage de ses membres.

Il profite de sa convalescence pour se tourner vers la poésie, et découvre le slam. À partir de 2003, il commence à déclamer ses textes en public

Il remporte de grands tournois de slam, fait la première partie d?artistes comme Élie Semoun. Puis vient son premier album, Midi 20.Dans la même lignée : Jamel Debbouze dont le bras a été happé par un train en région parisienne.

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