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Halte au feu !

4 février 2004, 20:00

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Il est des problématiques qui doivent absolument être traitées hors des fulgurances de la passion. Celle ayant trait aux 50 % de places réservées dans les écoles catholiques commence malheureusement à dériver vers l?irrationnel. Pourtant, sur un plan strictement quantitatif, les différents acteurs ne cessent eux-mêmes de mettre l?accent sur le fait que le jugement du Privy Council ne concerne qu?une poignée d?élèves. Il faut, par conséquent, en déduire que ce n?est pas à une querelle byzantine qu?on assiste mais à des confrontations entre des agents qui défendent chacun une cause.

Jusqu?ici tout cela est bien raisonnable. On se bat pour l?égalité, contre la discrimination sur une base religieuse. On se bat pour des offres éducatives qui tiennent en compte la légitime revendication à faire valoir des spécificités. On se bat pour une réforme qui s?est trop fait attendre. Chacun dit mettre l?enfant au c?ur du système éducatif. Mais, en fait, ne s?en éloignerait-on pas ces derniers jours ?

L?attentisme de l?Etat depuis des décennies qui a culminé sur le troc langues orientales et 50 % de places réservées dans les écoles catholiques, la déclaration faite par l?évêque de Port-Louis, Maurice Piat, à la fin de la célébration eucharistique de dimanche dernier, à Bel-Air, et les initiatives de Tengur auprès de l?Icac contribuent à créer une situation de conflit où aucun de ces agents de l?éducation ne sortira gagnant.

L?Etat, en premier, n?a jamais osé aborder de front toute la question de l?éducation dans les écoles catholiques du fait qu?entrait en jeu un élément ethnico-religieux. On sait que, dès que surgit cet élément, l?Etat demeure paralysé par la faute des politiques qui ont prioritairement des préoccupations ethniques et électorales. L?illustration en a été faite alors qu?était prise la question des 50 % de places réservées devant le Privy Council. Le mutisme du gouvernement et sa prétendue neutralité résultaient de sa peur de prendre position sur un dossier qui recouvre de lourdes considérations politico-électorales.

L?Eglise catholique pouvait, en conséquence, légitimement se sentir trahie. Après avoir suivi le gouvernement dans le projet de réforme, elle s?attendait à un retour d?ascenseur qui n?est jamais venu. On n?entre pas dans un jeu dans lequel, lorsque les règles changent, l?arbitre fait, lui, semblant de ne rien voir. C?est ce qui s?est passé. Le gouvernement croyait s?en sortir avec de simples exercices de relations publiques comme lorsque le ministre de l?Education reçoit la nouvelle direction du BEC? pour faire connaissance ! L?Eglise catholique pouvait donc se sentir lésée.

C?est en toute logique qu?elle a exprimé sa colère. Les déclarations de l?évêque dimanche dernier en sont la démonstration. Il fallait secouer le gouvernement et l?évêque a automatiquement choisi un discours qui avait des connotations et des implications politiques évidentes. Est-ce un discours responsable d?un dignitaire religieux ? Ça, c?est un autre débat.

Le gouvernement a, pour sa part, réagi en essayant de faire la part des choses, en mettant en relief le fait qu?il voulait ?tourner la page?. On joue l?apaisement mais aborde-t-on le problème comme il se doit ? Parce qu?ils sont les otages de jeux politico-ethniques, parce qu?ils sont prisonniers d?un système qui abuse du marchandage et du chantage ethniques, les partis politiques n?ont jamais pu réellement remplir leurs promesses : nous garantir une école citoyenne, une démocratie pleinement citoyenne et un mode de vie entièrement républicain. Ce sont pourtant des enjeux aussi importants que de faire de Maurice un ?seafood hub?. Or, ce à quoi on risque d?assister maintenant, c?est un futile débat sur l?enseignement des langues orientales et du créole ! Futile, parce qu?on entrera dans un jeu de marchandage.

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