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Hôtesse à tout prix

18 mars 2004, 20:00

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ON se le demande : le métier d?hôtesse de l?air fait-il toujours rêver les jeunes et même les toutes jeunes demoiselles ? De nos jours, on a un peu l?impression que tout ce que l?on demande à des demoiselles sans doute intelligentes, c?est de faire un beau sourire commercial, réciter une phrase apprise par c?ur dans un manuel, et porter un plateau repas.

Mais il y a bien des années, quand voyager en avion n?était pas une chose si courante, le métier d?hôtesse de l?air avait un réel côté ?glamour? : vols intercontinentaux, grands hôtels, uniformes chics, etc.; sans compter la rencontre de princes d?autant plus charmants qu?ils étaient vraiment des princes. Je ne sais pas quels étaient les critères de recrutement à l?époque, mais la croyance populaire affirmait qu?il suffisait de savoir nager?

De ce point de vue, Hôtesse à tout prix, film de Bruno Barreto a quelque chose de gentiment désuet dans la façon de nous présenter le métier d?hôtesse tel qu?il est vu par l?héroïne Donna Jensen (Gwyneth Paltrow), jeune femme rêvant de s?échapper de sa petite ville du fin fond de la province états-unienne. On pense sans cesse à cette partie de Catch me if you can? de Spielberg, celle où Leonardo Di Caprio se fait passer pour un pilote de ligne. Dans le film de Spielberg, l?histoire se passait dans les années 60, époque où les premiers véritables longs courriers (capables de transporter plus de 200 personnes sur de très longues distances) à réaction faisaient leur entrée en service. Pour la première fois, le voyage en avion était à la portée des gens ordinaires, ce qui frappait l?imagination des gens et tout bipède volant (pilote ou hôtesse, jamais les stewards) jouissait alors d?un certain prestige ? en plus du côté ?glamour?. C?est ce que dépeint très bien Spielberg. Hôtesse à tout prix y fait allusion, mais on reste dans un flou total quant à l?époque à laquelle se déroule l?histoire.

Au début, lorsque le film nous montre l?héroïne enfant qui rêve de s?évader de son coin perdu, les costumes, les coiffures et la musique nous donnent l?impression d?être au début des années 70. Puis, en la voyant dans son premier emploi au centre commercial, on a l?impression du début des années 90. Sauf que l?ex-hôtesse de l?air qui en parlant de ses mémoires à la télévision, lui apporte la révélation le jour où elle plaque son emploi nous ferait plutôt pencher pour les années 70. D?autant plus que l?avion dans elle embarque pour son premier vol en tant qu?hôtesse de l?air pour une petite compagnie ringarde pouvait difficilement avoir été en service au-delà de cette décennie.

Seulement, voilà que l?héroïne et son amie entrent comme stagiaires dans une grande compagnie aérienne et qu?on nous montre des hôtesses portant des uniformes comme elles en portaient dans les années 60. Et, quelques séquences après, on voit leur instructeur John Witney (Mike Myers) qui joue avec un ?Rubik cube?, objet très en vogue dans les années 80. C?est alors qu?on essaie de s?accrocher aux détails pour être fixé sur l?époque : les voitures, les chansons, les chaussures de sport et la référence faite au show télévisé d?Oprah Winfrey indiquent clairement les années 1990.

On peut supposer que ce flou chronologique est volontaire, dans lequel cas on pourrait parler d?une erreur, la sympathie qu?inspire le personnage que joue Gwyneth Paltrow étant en partie tributaire de son époque. Soit l?histoire se passe dans les années 60-70 (ce qui est peu probable, malgré les uniformes) et, comprenant la fascination qu?elle a pour le métier d?hôtesse de l?air, on s?intéresse à elle. Soit l?histoire se déroule à une époque bien plus récente où le métier a tout perdu de son prestige d?antan et la vision qu?elle en a fait d?elle une figure de pauvre gourde.

Conte de fées ?

Gourde ou pas, ce personnage est quand même interprété par Gwyneth Paltrow et il reste toujours quelque chose de l?actrice, ce que ces admirateurs apprécieront sans aucun doute. Autrement, il est bien difficile de trouver autre chose à dire de plus en dehors du fait que celle-ci joue très bien les braves filles venues de la province américaine (du moins, comme on les voit au cinéma), rôle qu?on peut supposer à la portée de n?importe quelle actrice de son âge et sa prestation dans Hôtesse à tout prix bien que sans défauts, ne restera pas pour autant dans les mémoires. Ce qui est quand même un échec pour un film dont on devine que le but n?est autre que de la mettre en valeur. Elle, ou plutôt son personnage, se fait une amie (Christina Applegate) qui à la fin s?avèrera avoir été un faux jeton depuis le début. Mais à aucun moment le film ne nous instille de ces soupçons qui tout en prenant de l?ampleur se voient confirmés à la fin, et il n?y a pas non plus le choc de découverte. Résultat : le moment où arrive la révélation est un moment qui tombe à plat.

Donna rencontre aussi l?amour sous les traits de Mark Buffalo en futur brillant avocat. Les personnages y sont, les mots aussi, mais sur l?écran on voit bien qu?entre les deux le courant ne passe pas. Il y a aussi les autres personnages secondaires, ceux qu?interprètent Candice Bergen et Mike Myers. Elle, en hôtesse de l?air qui a réussi au-delà de toutes les espérances comme dans un beau conte de fées. C?est-à-dire qu?elle a épousé un homme riche, qu?elle habite dans une grande et belle maison dont la salle de bains est équipée de robinets en or massif, etc. et surtout, elle est devenue célèbre, passant toujours à la télévision pour parler de sa réussite. Nous parlons là d?une ?vraie? réussite, une réussite à l?américaine. Il est difficile de dire s?il y a ou non un deuxième degré.

Mike Myers, l?ex Austin Powers incarne l?instructeur ?dynamique et plein d?entrain? et affligé d?un strabisme. Sur ses épaules reposent tous les moments de comédie et si on ne peut pas dire que l?humour soit vulgaire dans ce film, on ne peut non plus parler de finesse, c?est tout juste si on sourit. Ce qui nous fait une comédie romantique dans laquelle le courant ne passe pas vraiment entre les deux tourtereaux et dans laquelle on ne rit pas vraiment (sauf au début lors du premier vol de Gwyneth Paltrow).

Bien sûr qu?à la fin, les deux amoureux seront réunis après que l?héroïne ayant réussi se sera retrouvée en train de passer Noël toute seule. Mais on peut opposer au propos du film ce qu?en dit Les Fiches du Cinéma : ??dans la vie un mauvais résultat n?est jamais dû à un échange de copies et qu?il est toujours difficile de trouver le juste milieu entre travail et vie privée.? Un conte de fées ? Oui, mais pour pas grand-chose, alors.

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