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Héritage intégral

17 septembre 2006, 00:00

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Exceptionnellement, un mini-poster a été distribué par le ministère du Tourisme et des Loisirs, présentant, à l?occasion de la Semaine du patrimoine écoulée, une galerie des sites témoignant de la richesse de l?héritage des Mauriciens. J?ai aimé.

Il est probable que cette initiative a eu pour principal moteur son utilité touristique. Mais c?était aussi l?occasion pour certains d?entre nous de découvrir ce qu?ils ne connaissaient pas, pour d?autres de se rafraîchir la mémoire et la vue. Si le dépliant n?a eu, de par sa nature même, qu?un effet temporaire, on aura manqué l?occasion d?une campagne cohérente d?éducation que la presse écrite, la radio, la télévision et les établissements d?éducation primaire, secondaire et tertiaire auraient pu mener avec de meilleures chances de marquer les esprits.

Il faut néanmoins constater avec regret et tristesse l?impression donnée par le dépliant (avec l?exception solitaire de l?île-aux-Aigrettes) que notre héritage commence avec l?arrivée des hommes sur l?île. Pour les uns, c?est une manière pragmatique et réaliste de voir les choses (un sentiment motivé par la suffisance et l?ignorance) ; pour quel-ques-uns, il s?agit d?une approche réductionniste partiale et partielle, qui escamote une portion de réalité nécessaire à une formation plus juste des mentalités.

La géographie de l?île, ses origines et son âge, les vestiges de ses éruptions volcaniques, le sens caché de ses montagnes et de ses îles satellites occupent peu de place dans la conscience patrimoniale mauricienne. C?est comme si l?île n?avait pas existé avant sa découverte.

Et dans notre société où, de plus en plus, quelque cabot dégénéré tient une place privilégiée dans les familles (si ce n?est sur le coussin arrière de la BMW) il est « énorme » de constater l?ignorance et l?indifférence de la population en général pour la flore et la faune indigènes. Combien d?entre nous pourraient nommer les neuf oiseaux endémiques encore présents sur l?île ? Combien connaissent les noms (ne parlons pas de pouvoir identifier) d?une dizaine des essences indigènes qui constituaient le seul visage de l?île Maurice et ne subsistent aujourd?hui que dans quelques enclaves ?

Je ne suis pas à la coule quant aux morts qui deviennent célèbres parce qu?ils ont quitté la vie. Mais je suis certain qu?il y a dans nos cimetières des noms qui méritent de ne pas être oubliés et qui font, de manière indélébile (après l?épreuve de trois siècles), partie de notre patrimoine. Le cimetière de l?Ouest? Le cimetière de Souillac? Nous avons reçu la Terre en héritage, l?île comme legs particulier ; bien avant les cheminées, les bâtiments et les ruines. L?humanité fait partie de la nature terrestre, sur le même plan que la faune, la flore, les plaques tectoniques?

De manière plus accessible, peut-être, on peut aussi regretter qu?au premier rang de notre gratitude et de notre patrimoine, aucune initiative n?ait salué l?héritage du créole ? « lingua franca » essentiellement mauricienne, première pierre de notre culture, seul acte culturel totalement indigène, et irremplaçable véhicule de communication. Ce manquement intervient au mo-ment où l?écriture de cette langue parlée mystifie les lecteurs. Il serait intéressant pour les annonceurs d?établir quelle est la réduction de l?impact publicitaire d?une annonce rédigée dans une langue incompréhensible?

L?héritage partiel est un héritage dévergondé par son ingratitude. L?homme a un héritage de vivant, de mammifère, de primate, d?homme primitif ; il a évolué dans un environnement difficile ; cela devrait susciter l?admiration. Une conférence sur cet héritage des commencements, qui présente l?avantage de traiter l?humanité sans compartimentages raciaux, religieux et nationaux aurait souligné son unicité et sa synergie avec l?environnement.

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