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Gérer le stress avec les parents
«Ce n?est pas à la dernière minute qu?il faut faire forcing», déclare d?emblée Gilberte Chung, directrice du Bureau de l?éducation catholique (BEC). La période qui précède les examens est souvent synonyme de stress intense pour l?élève. Il met les bouchées doubles dans la dernière ligne droite. Or, la préparation à l?examen doit suivre un calendrier régulier de révisions autorisant des pauses. Ces pauses, sous la forme d?activités extrascolaires par exemple, permettent à l?élève de souffler un peu, de se détacher du stress qu?il vit.
La mémoire elle-même a besoin de pauses. C?est une étape qu?il ne faut pas négliger car une trop grande absorption d?informations par le cerveau n?est pas une bonne chose. C?est comme un muscle qu?il faut laisser reposer et surtout, qu?il faut utiliser de manière régulière mais pas forcément intensive. Et c?est aux parents d?aider ? si ce n?est d?accepter ? à prendre des pauses.
En cette période, ils sont donc nombreux à tenter de gérer leur stress. Les examens, notamment du CPE, sont des étapes importantes dans la vie scolaire. D?autant qu?il s?agit plus de compétition que d?examens. La responsabilité des parents dans la préparation aux examens ne peut être occultée. Cette responsabilité ne peut s?effacer au profit des leçons particulières qui aident à l?acquisition des connaissances et savoirs pédagogiques mais n?autorisent pas de dialogue. L?écoute et le dialogue permettent à l?enfant de se savoir soutenu. Cet aspect ne doit pas être minimisé. Le stress, au demeurant normal à l?approche d?un examen, ne peut souffrir une pression supplémentaire de la part des parents. Non seulement l?enfant ne sera pas en confiance mais en plus il aura à gérer seul la peur de l?échec.
«Les jeunes qui vont réussir peuvent être divisés en deux catégories. D?abord ceux qui ont des parents qui organisent des loisirs pour équilibrer la vie de l?enfant. Cela participe de leur épanouissement. Cette catégorie est minoritaire. Ce sont des enfants qui n?ont pas ou peu de stress, la pression est bien gérée et ils bénéficient du soutien, de l?écoute de leurs parents. Ensuite, il y a une bonne part d?enfants qui subissent le système scolaire parce que celui-ci va trop vite. Les professeurs cherchent à compléter le programme à tout prix. C?est un problème parce que l?enfant a du mal à suivre. A côté, il suit des leçons particulières. C?est du 7 jours sur 7 jours de travail ! Forcément, il ressent une énorme pression qu?il ne peut évacuer surtout si les parents alimentent cette pression à la maison. Dans les cas les plus dramatiques, on a des enfants qui dépriment vraiment, qui ne confient pas leurs états d?âme. Sans faire dans le sensationnalisme, il faut savoir que cela est une cause du suicide chez les jeunes», explique dans le détail l?universitaire Vina Balgobin.
Le stress est tout à fait normal. Car il y a un enjeu de réussite. Toutefois, la pression parentale décuple bien souvent le stress de l?enfant. Les parents ont un rôle à jouer : d?écoute, de soutien et de suivi. Mais dans bien des cas, c?est l?inverse. «Beaucoup de parents transfèrent leurs propres rêves sur leurs enfants qui n?ont pas nécessairement les mêmes aspirations. Mais l?enfant sait qu?il ne peut entamer le dialogue à ce sujet», estime Vina Balgobin. Poursuivant, elle explique que «la réalité de la vie mauricienne engendre le développement de la culpabilité chez l?enfant ou l?adolescent. Les parents sont parfois très pris par leur travail ou bien ils ne sont pas en mesure d?aider leur enfant. Il est donc dépendant de l?école et des leçons particulières qui coûtent cher. Et ce coût élevé est un moyen de pression parfois utilisé par les parents pour justifier l?obligation de réussite».
Or, là est le problème. Le cadre familial ne doit pas reproduire le schéma de compétition, de pression qui, de fait, est une constante en CPE, SC ou HSC. «C?est à la maison que se vit le stress en SC ou HSC avec les congés des révisions. Les parents doivent donc apprendre à gérer ce stress au lieu d?en rajouter. En ce qui concerne les enfants qui préparent le CPE, il ne faut surtout pas les stresser. Au contraire, il faut privilégier le calme et la confiance en soi. Par exemple, il est bon que l?enfant ait des activités qui lui permettent de se détacher un temps de la pression qui entoure l?examen. Dans l?idéal, il faut que ce soit vécu comme un jour ordinaire. L?important est de travailler au rythme de l?enfant, et ce, tout au long de l?année. C?est le meilleur moyen pour qu?il progresse et soit bien préparé», développe Gilberte Chung.
«Nous cherchons constamment à fabriquer des élites. Les parents ne sont pas étrangers à cet état de fait. C?est un vrai problème dans notre société où on ne s?attarde pas sur les capacités, l?évolution, ou même les problèmes de l?enfant. Les parents attendent trop des leçons particulières par exemple. Est-ce qu?un star private tuition teacher peut garantir à tous ses élèves d?excellents résultats ? Les parents se cachent derrière pour avoir la conscience tranquille. Or, ils ont un rôle d?accompagnement et d?écoute à jouer. Le suivi doit s?opérer à la maison dans le dialogue. Mais trop souvent ce n?est pas le cas», déplore Vina Balgobin.
<B>Les compléments alimentaires</B>
Les compléments alimentaires pour accroître la concentration ou la mémorisation sont assez prisés. Remède miracle ? Non. On parle de compléments alimentaires à bases de vitamines et de minéraux qui pallient les carences d?une alimentation déséquilibrée. En période d?examens, les jeunes ont tendance à manger moins, ou alors à grignoter. Cette alimentation crée des carences notamment en ce qui concerne les vitamines et minéraux qui agissent sur la concentration ou la mémoire. Sadeck Vawda, pharmacien et directeur général de «Unicorn Trading» explique : «Globalement, il est inutile de prendre des compléments si on a une alimentation saine et équilibrée. ça n?apportera rien de plus pour la mémoire. Ce type de produit n?est pas un médicament contrairement à ce que l?on croit trop souvent. C?est un complément alimentaire. En cas de stress, les étudiants ont tendance à mal manger. Dans ce cas, les compléments pour stimuler la mémoire peuvent être utiles. La prise se fait essentiellement par voie orale sous forme de gélules ou de poudre. Il faut commencer à en prendre environ deux mois avant les examens.» Preuve du succès des compléments, les ventes enregistrent une nette hausse dans la période allant d?août à octobre, soit avant les examens.
«On vend trois à quatre fois plus de produits pendant cette période», confie Sadeck Vawda. «Nous vendons ce type de produits depuis 12 ans environ. Pendant les six premières années, les consommateurs étaient principalement les étudiants. Aujourd?hui, il y a des personnes âgées ou d?autres qui ont des troubles de la concentration qui en achètent. Pour ce qui est des enfants, il est déconseillé d?en donner aux moins de six ans. Pour les autres, il y a des produits spécifiques adaptés à chaque tranche d?âge.»
<B>Témoignages des années de pression</B>
● <B>Béatrice issue d?une «star school», 22 ans, étudiante en sciences sociales en France. </B>
«C?était très différent entre le SC et le HSC. Pour le SC, je n?avais pas trop de stress, je n?ai pas fait d?efforts particuliers. Mes parents me disaient de faire du mieux que je pouvais. Bref pas de pression particulière même à la maison. En revanche, pour le HSC, c?était horrible! J?étais devenue une boule de stress parce que je préparais à côté d?autres examens, dont le General Certificate of Education que je n?avais pas très bien réussi. Ces résultats moyens m?ont mis la pression pour le HSC. En plus, dans les star schools, la pression vient aussi de l?atmosphère de compétition. On veut forcément tenir la comparaison avec les meilleures. Et ça met d?autant plus la pression.»
● <B>Ashvin, 17 ans, élève dans un collège d?Etat des Plaines Wilhems. </B>
«Mes parents n?arrêtent pas de me mettre la pression, je suis obligé de réussir. Ils paient des leçons particulières et mon professeur me met aussi la pression. De toute façon, ça coûte cher, je suis donc obligé de réussir. J?ai peur de tout rater et de décevoir mes parents. C?était la même chose pour le CPE. Je sais que je ne stresse pas, mais bon je me dis qu?après je n?aurai plus cette pression.» Son camarade en retrait, resté silencieux, ne peut s?empêcher d?intervenir pour le contredire. «A l?université, ça va continuer», lâche-t-il dépité.
● <B>Heiven, 24 ans, Vacoas, travaille dans le secteur automobile</B>
«J?étais très stressé à cause de la pression de mes parents et des profs, dont celui des leçons particulières où j?allais même le samedi de 7 h 30 à 15 h. Je révisais sans cesse. J?essayais de positiver en me disant que j?allais réussir. Mais bon, mentalement ça a été une année très difficile. En plus, il fallait que je réussisse pour donner le bon exemple à ma petite s?ur. J?ai même pris du Sanatogène pour fortifier ma mémoire. J?ai commencé à en prendre plusieurs mois avant mes examens, parce qu?aussi je mangeais mal».
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