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Gérald Rambert : L?homme-poisson
Contrairement à ce que l?on pourrait croire, Gérald Rambert, 27 ans, n?a ni le visage mangé par le soleil, ni les cheveux décolorés par l?eau salée, signes généralement propres aux plongeurs sous-marins. Cela peut s?expliquer par le fait que depuis un an, il travaille et vit à Londres, n?ayant eu l?occasion d?effectuer des plongées sous-marines qu?au cours d?un déplacement en Égypte et deux autres à Maurice. Et cette rupture non définitive avec la mer lui manque.
?Aller dans l?eau et faire de la photographie sous-marine est presque obsessionnel chez moi. En hiver à Londres, j?hiberne, dormant 14 heures par jour. Je ne crois pas que je vais rester encore longtemps en Grande-Bretagne, sauf si j?ai un contrat intéressant avec un magazine de photographie sous-marine qui me permette de plonger deux semaines par mois?, avoue-t-il franchement.
Depuis qu?il est enfant, cet habitant de Beau-Plan adore la mer. Il s?initie d?ailleurs très tôt à la plongée en apnée. Il passe aussi des heures devant des aquariums à contempler les poissons. La plongée sous-marine le tente mais la sinusite qu?il a développée le décourage d?essayer.
Il poursuit donc tranquillement ses études au Lycée Labourdonnais et une fois son baccalauréat en poche, il prend de l?emploi au département d?agronomie de la sucrerie de FUEL, agissant comme lien entre le Mauritius Sugar Industry Research Institute et les champs. Mais Gérald ne se sent pas tout à fait dans son élément. Le contact avec l?eau salée lui manque.
Il décide donc de consulter un médecin qui lui conseille de se jeter? à l?eau en matière de plongée sous-marine. Il l?écoute. ?Et du jour où j?ai commencé à plonger, mes ennuis respiratoires se sont presque tous envolés.?
Il apprend la plongée sous-marine à Flic-en-Flac avec le moniteur Christophe Pelletier. De son propre aveu, il se sent ?comme un poisson dans l?eau. Lorsque l?on est en apesanteur, on oublie tout, on fait le vide?. Au bout d?un an, il passe tous ses brevets auprès de différentes fédérations de plongée ? la PADI et le CMAS, et devient moniteur.
Il est le plus heureux des hommes lorsque Thierry de Chazal, directeur de la compagnie de plongée Sundiver, lui propose un emploi de moniteur car il peut ainsi plonger au quotidien. Et même s?il est en congé deux dimanches sur quatre, il fait fi de ce jour de repos rien que pour être dans l?eau. ?J?étais certes saturé au niveau physique mais tellement bien au niveau mental??
C?est six mois après avoir commencé la plongée sous-marine qu?il rachète un appareil photo numérique dans un caisson étanche. Son employeur lui confie la tâche d?accompagner les plongeurs qui font de la photographie sous-marine. Gérald en profite pour faire ses propres photos. Et lorsqu?il est à terre, il peaufine ses connaissances en lisant des magazines de plongée et des livres de photographie sous-marine.
?Il est vrai qu?avec, on ne gagne pas des mille et des cents mais ce que l?on ne gagne pas en termes d?argent, on le gagne en termes de bien-être physique et mental.?
Pour faire de la photographie sous-marine, il faut d?abord être un bon plongeur car ?c?est un milieu différent, où la respiration n?est pas naturelle. Il faut donc avoir de la maîtrise de soi et être conscient des paramètres de plongée qui deviennent des réflexes avec l?expérience?.
Il faut aussi s?équiper en conséquence. Cela signifie ne pas regarder à la dépense. Gérald en sait quelque chose car les trois quarts de ses salaires y sont passés. ?J?ai dû claquer plus d?un million de roupies dans les équipements?, affirme-t-il en riant. ?Mais le plaisir que j?en ai retiré depuis ne se compte pas également.?
Si jusqu?ici, Gérald avait à son actif une participation à trois compétitions nationales et à deux autres qu?il avait personnellement organisées, c?était son premier championnat mondial de photographie sous-marine aux côtés de champions et vice-champions du monde. Il est ravi que sa photographie de limace de mer lui ait permis de décrocher la médaille d?argent dans la catégorie macro. Il dédie partiellement sa médaille à Hughes Vitry qui lui a enseigné ?toutes les finesses de la photographie sous-marine? et partiellement à sa petite amie Amanda qui l?a toujours encouragé dans cette voie.
Il est si motivé qu?il attend avec impatience de participer au prochain championnat du monde. Si pour l?instant, il travaille dans un studio de photographie à Londres, Gérald souhaiterait reprendre la plongée sous-marine en tant que métier. ?Je continuerai. Il est vrai qu?avec, on ne gagne pas des mille et des cents mais ce que l?on ne gagne pas en termes d?argent, on le gagne en termes de bien-être physique et mental.?
Gérald n?a qu?une inquiétude de taille : c?est la dégradation des sites de plongée à Maurice. ?À Flic-en-Flac, pratiquement tous les coraux sont morts. La population de poissons a diminué de moitié en cinq ans. Dans les autres sites, la dégradation est moins lourde mais belle et bien présente. Il y a trop de rejets résultants de pollution individuelle et industrielle dans la mer. J?ai vu des horreurs qu?on ne peut raconter. Les Mauriciens sont en train de tuer leur environnement marin. C?est peut-être réversible mais il faut arrêter le massacre. Si cela continue, c?est le tourisme et l?économie qui prendront un coup.?
Il espère que les photographies sous-marines prises lors du championnat mondial créeront un déclic positif chez les Mauriciens. ?J?espère que ces photos ouvriront les yeux des Mauriciens et qu?en voyant la beauté des fonds marins, ils prendront conscience de l?importance de les protéger.? Puisse-t-il avoir raison?
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