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Guy Rozemont, mort le 22 mars 1956
La ?Mauritius Broadcasting Corporation? (MBC) a présenté, mercredi soir, un émouvant rappel de la vie de Jos Guy Rozemont, mort il y a 50 ans, le 22 mars 1956. Le mérite de rappeler ce douloureux anniversaire revient cependant à l?express ou plus exactement, à Anand Moheeputh et Jacqueline Maunick. Ils lui consacrent une page et quelle page !
Moheeputh trouve les mots pour décrire la subtilité de la mainmise ramgoolamienne sur un parti qui ne va plus depuis la mort d?Emmanuel Anquetil, le 29 décembre 1946. Il rectifie quelques inexactitudes concernant la prétendue victoire électorale du Parti travailliste (PTr), en 1948. La vérité est plus nuancée. Le 11 juillet 1948, le PTr décide de soutenir un certain nombre de candidats.
Certains seront élus mais d?autres, comme Gontrand Zamudio (Port-Louis), Ben Noraya (Plaines-Wilhems), Ph. Rozemont et Wilfrid L?Etang (Sud), Satyadev Salabee (Est), Partab Algoo et Donald Francis (Nord) mordront la poussière. Moheeputh précise que l?adhésion de Seewoosagur Ramgoolam au PTr date de 1952. Emmanuel Anquetil, sur son lit de mort, refuse de recevoir Guy Rozemont. Trois mois auparavant, Emmanuel Anquetil sert pourtant de père à Elsie Commins.
Il conduit à l?autel de la chapelle Saint-Ignace, Rose-Hill, la blanche fiancée de Jos Guy Rozemont. Mais ici, il faut lire et relire la pathétique ?Lettre à Elsie Rozemont? que nous offre Jacqueline Francescani-Maunick. Vivement qu?elle publie la biographie de Guy Rozemont qu?elle prépare depuis des décennies.
Nous voulons croire qu?il n?y a pas eu supercherie dans ce qui peut paraître une tentative du PTr de reporter de 24 heures la date de la mort de Guy Rozemont. Récapitulons les faits. Le mercredi 22 mars 2006, l?express paraît avec les hommages de Moheeputh et de Jacqueline Maunick.
Le premier se trompe en donnant la date du 23 mars 1956. Une erreur commune quand on se réfère à des journaux rapportant, jour après jour, les événements de la veille. La seconde rectifie cependant l?erreur, en évoquant ce ?sombre jeudi 22 mars 1956, en cette salle des pauvres n° 11 de l?hôpital Candos que Guy Rozemont choisit pour mourir?. Dans la soirée du 22 mars 2006, la MBC évoque la mort de Rozemont. Elle donne aussi la parole à des dirigeants travaillistes qui annoncent une série d?activités pour commémorer le 50e anniversaire de la mort de Guy Rozemont, mort le? 23 mars 1956, précisent-ils à tort.
Il n?y a aucun doute possible. Advance, défunt quotidien éminemment travailliste et ramgoolamien, écrit ceci, dans sa livraison du vendredi 23 mars 1956 : ?Guy Rozemont est mort, hier (22 mars 1956) vers 18 heures à l?hôpital Victoria.? Avons-nous le droit de demander à son parti de respecter au moins la date de sa mort ? La tentative postérieure de faire concilier, en un même 23 mars, les décès de Satcam Boolell et de Guy Rozemont ne peut que prolonger indûment cette erreur.
Mais revenons à Advance qui sait trouver les mots justes et appropriés pour évoquer avec retenue et dignité les derniers moments de Rozemont sur la terre des hommes. Il s?éteint subitement alors qu?il s?entretient avec Seewoosagur Ramgoolam et Renganaden Seeneevassen.
Depuis plusieurs semaines, les médecins de l?hôpital ainsi que les docteurs de Chazal, Célestin, Chaperon, Ramgoolam, Millien, Bhageerutty se relaient à son chevet mais ils ont abandonné tout espoir. Au début de cette semaine fatidique, ils constatent l?aggravation du mal. Vers minuit, le mardi 20, Rozemont perd connaissance. Jusqu?à l?aube, il reste entre la vie et la mort mais les soins prodigués produisent leur effet. Il reprend ses sens.
Beejadhur évoque la dernière visite qu?il rend à Rozemont dans l?après-midi du mercredi 21 mars. Son état ne s?améliore pas mais il ne paraît pas plus malade. Le Dr Chaperon lui ôte tout espoir : Guy Rozemont n?a plus que quelques heures à vivre. Son diagnostic est malheureusement exact.
Rozemont connaît la gravité de son mal. Il sait ses jours comptés, qu?il ne se relèvera pas. Une idée fixe chez lui. Il se résigne toutefois : ?Dieu fera ce qu?il voudra.? Il souffre d?une affection cardiaque. Parti à Londres pour assister à la conférence constitutionnelle de 1955, il se fait admettre dans un hôpital. Après un long traitement, il recouvre la santé. Il rechute, toutefois, à son retour à Maurice. Pour ne plus se relever malgré les soins assidus dont il fait l?objet.
La politique ne perd jamais ses droits. Une crise agite le conseil municipal de Port-Louis. A la mi-mars, a lieu le débat parlementaire sur le rapport Keith-Lucas sur les élections municipales de 1953. Les travaillistes réclament la dissolution du conseil municipal. Le 22, Victor Ducasse demande aux conseillers portlouisiens de protester contre le vote réclamant sa dissolution. Le 23 mars, les conseillers travaillistes soumettent leur démission. Guy Rozemont signe la sienne sur son lit de mort.
Ses funérailles ont lieu le samedi 24 mars. L?hommage que lui rend le peuple de Maurice dit bien sa popularité invincible. Advance est d?avis qu?aucun politicien n?a mieux résisté aux attaques de ses ennemis. Il ajoute : ?Mort, Rozemont insuffle une vie nouvelle au PTr. La bataille suprême, il semble que c?est dans la tombe qu?il la gagne.? Il ne lui trouve qu?une seule ambition : ?être aimé de la masse? ; qu?un seul but : ?servir?. Il ajoute : ?Certes cet homme n?était pas sans péché mais il n?a jamais trahi.? Le peuple sait quand on lui est fidèle. Il a du flair. Il reconnaît ceux qui n?ont pas démérité, ceux qui n?ont pas trahi. Advance estime à 40 000 le nombre de personnes à ses funérailles.
Le convoi funèbre quitte la maison mortuaire à la rue des Mascareignes, Beau-Bassin, à 14 heures. L?abbé Jean Margéot, administrateur du diocèse de Port-Louis, donne l?absoute en l?église du Sacré-Coeur. Il est entouré des RR.PP. Roussel, Richard, Rivalland, Giraud, Farelly, Souchon et Dethise. La foule ne peut y trouver place et demeure sur le parvis.
Le silence religieux impressionne. Dans l?assistance se tiennent le gouverneur, Robert Scott, les députés Schilling, Piat, Koenig, Mohamed, Gujadhur, Millien, le commissaire du Travail, James Sterling, le consul de France, Fernand Saugon, les députés travaillistes, des conseillers municipaux, des membres des conseils urbains, des membres de la MSPA. Le travail cesse plus tôt que prévu sur les établissements sucriers. La circulation est difficile. Des centaines de personnes attendent l?autobus. Le ?Transport Adviser? multiplie les autobus.
Le cortège se rend à pied au cimetière Saint-Jean. La circulation routière est interrompue sur la route Royale. Au passage du convoi, la foule grossit sans cesse. A partir de Belle-Rose, l?orchestre de la police le précède. Des milliers de personnes ont déjà envahi le cimetière. Après une dernière absoute donnée par le chanoine Streicher, Guy Forget prononce l?éloge funèbre de Guy Rozemont. ?Last Post?. Il est 18 heures. Quarante-huit heures plus tôt s?éteignait le compagnon de lutte de Maurice Curé et d?Emmanuel Anquetil, le compagnon de vie d?Elsie Commins, le père de Guito Rozemont, le 3e président du PTr. Gaëtan Duval n?oubliera jamais les funérailles populaires de Rozemont comme ceux de Renganaden Seeneevassen et de Jules Koenig.
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