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Guillebaud : «réinventer le rapport avec l?information»

21 mai 2005, 00:00

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Vous voulez la bonne ou la mauvaise nouvelle ? Jean-Claude Guillebaud commence par la mauvaise. «La quasi-totalité des journaux en France perd des lecteurs, de l?argent et de l?influence.» Le journaliste, invité par l?ambassade de France et le centre culturel Charles Baudelaire, s?exprimait, mardi sur «le rôle des médias dans la formation de l?opinion».

A grand renfort d?expériences vécues, le conférencier, un «ancien du Monde», grand reporter au Nouvel Observateur et ex-patron de Reporters sans frontières, dresse un constat effarant de la situation de la presse écrite dans l?Hexagone.

Stigmatisant l?hégémonie de l?image, de la télévision, les propos du journaliste sont sans concession. «Le Monde a un déficit de 133 millions d?euros». Citant à tour de bras des «ricanements de l?histoire», telle la vente de Libération aux Rothschild, il s?inquiète du vieillissement du lectorat. «L?âge moyen des lecteurs de Libération ? censé être un journal de jeunes ? est de 56 ans». Sa solution : se tourner vers «l?alliée naturelle» : la radio.

<B>Lignes éditoriales fourvoyées</B>

Selon lui, si l?âge d?or du journalisme est révolu, cela tient à des problèmes de déontologie. L?intervenant cite la «dérive patriotarde de la presse américaine au moment de l?offensive en Irak.» Jean-Claude Guillebaud constate que des lignes éditoriales aussi respectées que celle du Washington Post, «se sont fourvoyées au point de présenter des excuses. C?est l?ébranlement profond de l?image que la presse se fait d?elle-même».

<B>Liberté de ton</B>

Qualifiant les théories de conspiration «d?archaïque», il définit l?univers des médias comme» un empire sans empereur», obéissant à une logique capable de broyer le journaliste lui-même. «C?est le naufrage des communicants. Il faut réhabiliter le journalisme contre la communication.» Jean-Claude Guillebaud affirme sans détours qu?un «rédacteur en chef ne dîne pas en ville, il cultive la distance avec ce monde qu?il observe et critique.»

Poursuivant le raisonnement, il affirme que «la critique littéraire n?a plus d?effet prescripteur.» Selon lui, l?opinion majoritaire ne coïncide pas avec celle de la presse.

Une crise de confiance, un déphasage répercuté sur internet. «Les citoyens ne sont plus demandeurs passifs d?information. Ils demandent des comptes, créent des observatoires des médias.»

Au moment des questions-réponses, Jean-Claude Guillebaud plaide en faveur d?une redéfinition du métier de journaliste, face à la montée en puissance du cyberespace, «ce sixième continent hors d?atteinte du politique et du juridique.» Cet espace qui ébranle «les concepts de temps et de lieu. Quel type de rapport avec l?info allons-nous devoir réinventer ?»

Mais tout n?est pas perdu. Dans l?histoire des relations entre pouvoir et presse, cette dernière n?a «jamais été aussi libre de ton. Le politique est prêt à accepter toutes sortes de règles pour passer à la télé.»

Et Jean-Claude Guillebaud mentionne la remontée des revues haut de gamme, «qui compensent l?appauvrissement du discours médiatique.» Citant la couverture «circonstanciée» des conflits en Irak, il accorde que «les journalistes ont maintenant l?habitude de l?auto-critique». La sortie régulière de livres sur les médias en France en témoigne.

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