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Grossesse : les trois ?D?
Désir, déni, délire? Ces trois mots, aussi banals soient-ils, rythment la grossesse de bien des femmes. Plus que des mots, ce sont, en effet, des indicateurs d?un état psychique qui a, sans que l?on s?en aperçoive, une forte incidence sur le physique.
Le désir de grossesse est parfois si fort que même si la femme tente, elle, de ne pas s?y attarder, le corps, lui, peut fonctionner de manière à le lui rappeler. Cela, à travers la grossesse nerveuse, par exemple. D?aucunes y font face à la trentaine alors qu?elles ont l?impression qu?un compte à rebours s?est enclenché et qu?elles sont confrontées à une mise en question de leur capacité à enfanter. Cela parce qu?elles n?ont pas encore d?enfant et que leur entourage leur pose des questions à ce sujet, leur suggérant qu?il serait grand temps qu?elles y songent?
Ce phénomène peut aussi affecter les femmes qui sont engagées professionnellement et qui repoussent l?échéance, redoutant, en même temps, que le moment venu, elles ne soient plus capables d?être enceintes. ?Lors d?une grossesse nerveuse, la femme a tous les symptômes d?une vraie grossesse alors qu?elle n?est pas réellement enceinte : aménorrhée (arrêt des règles), prise de poids, nausées, etc. Cela peut être à la fois le reflet d?un désir d?enfanter tout comme, paradoxalement, la peur d?être enceinte chez certaines patientes?, explique Kurt Barnes, psychologue.
Il est important de savoir que tout comme les célibataires ou jeunes femmes en couple qui ne veulent pas de bébé dans l?immédiat, la grossesse nerveuse peut aussi arriver aux femmes ayant déjà eu un ou plusieurs enfants. Elle traduit alors la peur d?être enceinte.
Dans tous les cas, la grossesse nerveuse ne doit pas être prise à la légère. Si elle traduit un irrépressible désir d?enfanter, pourquoi ne pas en discuter avec le conjoint, arrêter la pilule et se mettre à l?ouvrage ? Si elle reflète, au contraire, une crainte, prenez alors toutes les précautions qui s?imposent au risque de voir apparaître des phénomènes comme le baby blues.
Lorsqu?on parle de déni de grossesse, le problème est tout autre. Il n?y a, dès lors que cela découle d?un trouble psychique, pas de désir d?enfanter comme c?est le cas pour la grossesse nerveuse. La femme ressent alors beaucoup plus de peur. Deux à trois femmes sur quelque 1 000 seraient touchées par ce phénomène. ?Lorsqu?il y a déni, la patiente ressent les choses normalement, c?est-à-dire comme quand elle n?est pas enceinte. Elle a ses règles, n?a pas de nausées ou de vertiges, ne sent pas le bébé bouger et surtout n?a pas de changement morphologique?, souligne Kurt Barnes.
Les hommes concernés
Certes, il y a des femmes qui ont une morphologie telle que leur ventre ne s?arrondit pas comme ceux des autres quand elles sont enceintes. Mais pour le déni de grossesse, la prise de poids aussi minime soit-elle, est quasiment absente. ?Tout ça m?est arrivé sans que je le sache, ni moi, ni mes proches, ni les médecins?, explique ainsi une jeune femme sur le site de l?association française pour la reconnaissance du déni de grossesse. D?autres mamans affirment, elles, avoir été au courant de leur grossesse le jour de l?accouchement.
Certaines en auraient même été réduites à accoucher chez elles, justement du fait de leur ignorance quant à ce qui leur arrivait. C?est ainsi que se pose le problème de la mort de l?enfant. Et là encore, cela arrive aussi à celles qui sont déjà mères tout comme à celles qui ne l?étaient pas encore. ?Le déni devient un problème quand on sait qu?il y a plusieurs cas qui se rapprochent de l?infanticide. La femme peut en effet laisser l?enfant, sans savoir ce qui se passe étant donné qu?elle ne savait pas jusque-là qu?elle était enceinte. S?ajoute à cela l?angoisse découlant du fait que son corps a fonctionné différemment?, fait ressortir Kurt Barnes.
L?association mentionnée ci-haut se bat justement en ce sens. ?Confrontée à la brusque nouvelle de leur grossesse, puis à la mort de leur enfant et jetée en prison??, peut-on lire sur le site. L?idée : prendre conscience que dans certains cas, la mort de l?enfant est imputable à cette affection et qu?elle n?en est pas forcément responsable.
Il faut noter qu?il ne s?agit pas toujours d?ignorance de ce qui leur arrive mais du refus catégorique d?être enceinte. Ainsi, certaines, qui ne veulent, par exemple, pas que leur corps soit déformé par la grossesse vont aussi avoir un déni. ?Le déni est alors défini comme une non reconnaissance de certains aspects de la réalité qui semblent pourtant évidents à autrui. Cette démarche qui est comme une sorte de mensonge vise à protéger le ?moi??, fait remarquer Kurt Barnes.
Elles feront mine de ne pas comprendre ce qui leur arrive, l?ignorant volontairement. ?Il faut garder en tête que le désir de grossesse et le désir d?avoir un enfant ne sont pas superposables. Elle peut avoir envie d?un enfant sans passer par la grossesse et vice-versa. L?adoption serait alors une solution.? Et d?ajouter : ?Le déni de grossesse peut aussi être une mise en évidence de carences affectives, sociales, du couple ou même physiques. Une psychothérapie est indispensable à la fin ainsi qu?une prise en charge sociale et familiale.?
Dans la catégorie du déni de grossesse, il en existe également du type dit de transfert de symptômes vécu par le papa. Eh oui, messieurs ! Il existe un pourcentage aussi infime de grossesses connues et reconnues où, tenez-vous bien, ce sont les pères qui ressentent tous les symptômes : nausées, vertiges, etc. alors que la mère est aux anges !
D?autres femmes peuvent, par ailleurs, être victimes d?un délire de grossesse ou pregnancy delirium. Elles s?imaginent enceintes alors qu?elles ne le sont pas, ressentent des tressautements comme si le bébé bougeait alors qu?il n?y a pas de bébé? ?Cette affection est multicausale. Il y a un déséquilibre, une perturbation en termes de ses activités associée à d?autres pathologies. Certaines patientes se disent possédées au niveau du moi, etc. Il s?agit d?une vraie affection psychiatrique qui peut même toucher des hommes !?
La grossesse, tout en étant le prélude à une nouvelle vie, peut donc aussi donner naissance à des troubles. Il est donc important de songer à la prévention. Cela à travers un check-up régulier. La prise de sang devient dans certains cas, un acte libérateur?
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