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Gopalsamy Murday, une passion nommée cuisine

20 juillet 2008, 00:00

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«J?ai voulu faire ça ! Je suis fier du chemin parcouru, d?avoir grandi dans mon métier. Maintenant, j?ai le devoir de passer le relais aux jeunes. » A l?entendre, on le croirait au seuil de la retraite. Oh que non ! Gopalsamy Murday amorce plutôt un virage décisif pour sa carrière. Cet homme aux cheveux poivre et sel, à la bonne bouille, affiche modestie et simplicité. Ces qualités, il les a soigneusement mijotées pendant des années pour concocter sa recette atypique du bonheur culinaire.

Fraîchement nommé président de l?Association des chefs de l?île Maurice, Gopalsamy Murday classifie déjà ses idées. Il songe déjà à toutes celles qu?il mettra dans la marmite pour les porter à ébullition et ensuite ravitailler ses nombreux homologues.

« Pourquoi garder ce qu?on a ? Pourquoi ne pas en faire profiter à la grande famille des cuisiniers ? », lâche-t-il. Enthousiasmé de par cette nouvelle responsabilité, le chef exécutif de l?hôtel La Pirogue s?attellera à la formation, à l?organisation des forums, aux démonstrations culinaires, ainsi qu?à la mise sur pied des compétitions pour représenter Maurice. A 52 ans, il vit pleinement sa carrière dans la gastronomie, agrémentée aujourd?hui par ces nouveaux desseins.

Pourtant, au départ, Gopalsamy Murday envisageait une tout autre route. Celle de l?agronomie, par « amour des plantes et de la nature ». Mais le chant des batteries de cuisine l?a finalement emporté ! Et ce, dès son enfance. Grandissant à Trianon en compagnie de ses quatre frères et de ses cinq s?urs, Gopalsamy Murday a des parents artisans qui oeuvrent sur une propriété sucrière. L?enfance est remplie de petits bonheurs. Des journées à faire planer le cerf-volant, à se baigner dans les rivières ou à pêcher des camarons.

Côté éducation, Gopalsamy Murday étudie à l?école primaire de la localité, puis au collège Eden de Port-Louis. A 12 ans, il fait ses premières armes en cuisine. Expérience un peu au grand dam de sa mère ! « Mon frère et moi avions pour habitude de ramasser des vieux bidons d?huiles usagés et du charbon. On préparait des pâtes à gâteau qu?on mettait dans un catora pour ensuite les faire cuire en les plaçant sur ce foyer improvisé. D?une part, notre mère nous réprimandait

car on épuisait son stock de beurre et d??ufs. Mais aussi parce qu?une fois cuit, le gâteau était dur comme du béton ! », raconte-t-il en riant. Une anecdote qui allait le mener vers une voie toute tracée.

<B>Pas une mince affaire</B>

Après la Form V, Gopalsamy Murday cherche du travail. Les parents voulaient l?envoyer en Angleterre à l?époque où le nursing était très prisé. Mais lui ne veut pas exercer dans ce domaine. Et puis, avec dix enfants, les moyens font défaut. Il fait donc la plonge dans un restaurant et s?initie à la cuisine. « Lorsque je n?avais pas d?assiette à laver, j?apprenais à cuisiner des plats basiques comme le riz frit, le bol renversé, etc. », ajoute-t-il.

Un beau jour, son cousin, qui travaille à l?hôtel Le Paradis, l?y emmène pour le week-end. Lorsqu?il entre dans le restaurant de l?établissement, ses yeux s?écarquillent d?émerveillement. Sculptures de glace ou de beurre, fruits et légumes taillés en forme de fleurs l?éblouissent. Réaction immédiate ! « J?ai parlé au chef et je lui ai dit que je voulais faire ça. Je voulais apprendre ça ! », soutient-il.

Gopalsamy Murday doit donc s?inscrire à l?école hôtelière. Mais ce n?est pas une mince affaire, car il y a une centaine de postulants et seulement douze seront sélectionnés ! Il passe toutefois le premier tour, et il surprend les sélectionneurs français avec un bol renversé. Il remporte ainsi sa place pour sa formation et quitte le restaurant pour filer en cours.

Ça va donc jaser chez les cuistots !</B>

Entre-temps, il fait aussi des stages dans les hôtels de l?île. Lors d?une formation à l?hôtel La Pirogue, le chef lui suggère de venir y travailler par la suite. Son diplôme en poche, Gopalsamy Murday franchit donc les portes de l?établissement hôtelier de Flic-en-Flac. Mais les choses ne se passent pas comme il le souhaite. « J?étais un apprenti et les cuisiniers, qui étaient vieux, me donnaient des choses stupides à faire pour rigoler. Je leur ai dit : ?Un jour, je serai votre chef !? Après quelque temps, je me suis retrouvé à faire autre chose. Eplucher des tonnes d?ananas ! Pas besoin de vous dire dans quel état se trouvaient mes mains ! Puis, il y a eu les sacs de pommes de terre à peler, les crevettes à décortiquer », raconte notre interlocuteur.

C?était dur, mais il ne rechigne pas. Il bosse sans relâche. Et récolte enfin les fruits de son labeur. Bientôt, il devient chef de partie et gravit les échelons.

Dans les années 80, Gopalsamy Murday participe à des compétitions culinaires inter-hôtels. En 1982, il sort second.

Il participe à nouveau en 1984 et est élu meilleur chef de Maurice. Et comme on ne dit jamais deux sans trois, il remporte le titre un an plus tard. Dans les années 90, alors qu?il s?est marié et a déjà fondé une famille, Gopalsamy Murday veut prendre le large. Mais la direction ne veut pas perdre cet élément et l?envoie travailler aux Comores. Il y reste pendant trois ans, puis rentre au pays.

Il sera affecté au Touessrok pendant quelques mois, participe à l?inauguration du Coco Beach, puis du Sugar Beach, avant d?embarquer une nouvelle fois à bord de La Pirogue. Il y a d?ailleurs mis sur pied un restaurant des plus particuliers, La Badiane. Celui-ci est bordé d?un petit jardin aromatique avec de la lavande, du romarin, de la menthe et bien d?autres plantes respirant le bien-être et également utilisées en cuisine !

Gopalsamy Murday est aujourd?hui chef exécutif de La Pirogue. Pour se tenir au fait des dernières techniques culinaires, il bouquine et surfe beaucoup sur la toile. Histoire d?innover et d?aller toujours plus loin. La présidence de l?Association des chefs y contribuera également. Avec environ 180 membres à la clé qui partageront leurs savoirs gastronomiques. Ça va donc jaser chez les cuistots !

« On se sent fatigué après tout ça, mais on aime ça ! Le secret d?un bon chef, c?est la passion. Et si vous en entendez un qui cuisine en chantant, c?est encore mieux. C?est signe qu?il le fait par amour », avoue Gopalsamy Murday. Par amour donc, et par passion aussi, le chef continuera donc à fredonner la mélodie du bonheur tout en jonglant avec ses casseroles.

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