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Gaëtan Benoît prône un centre de documentation
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Gaëtan Benoît prône un centre de documentation
Les recommandations qui suivent sont d’une extrême importance. Elles sont pourtant restées pratiquement lettre morte depuis 1980, en dépit de leur sagesse et de leur bon sens. L’occasion nous est donnée de les mettre en pratique afin de bénéficier de leurs bienfaits. Il suffirait pour cela qu’un ministre ou un chef d’entreprise, plus intelligent que ceux que nous avons connus, à ce jour, à l’hôtel du gouvernement ou à la tête de nos établissements commerciaux et industriels, comprenne la justesse de l’argumentation de l’ancien bibliothécaire de Port Louis et les services précieux, qui peuvent en résulter pour notre pays, et parvienne à faire partager son point de vue à l’ensemble du présent gouvernement ou à ce secteur privé si souvent d’intelligence. Cette génération de décideurs publics sera-t-elle plus perspicace que la précédente ?
Pourtant Gaëtan Benoît (ou Bertyco Berthelot qui l’interroge) fait fort pour convaincre le lectorat de l’express d’il y a 25 ans de l’importance incontournable d’un centre de documentation digne de ce nom. Il raconte que les Américains voulaient, avant 1980, faire aussi bien que les Russes, les premiers à mettre sur orbite un satellite artificiel. Ils investirent des milliards de dollars dans de coûteuses recherches avant de découvrir que toutes les données techniques, se rapportant à cette première mondiale, étaient détaillées dans une revue technique soviétique, coûtant une dizaine de cents américains (Rs 3).
Gaëtan Benoît cite l’exemple des innombrables conférences et autres séminaires au cours desquels tant d’orateurs prétendent réinventer la roue, sans même prendre la peine d’étudier ce qui a été dit avant eux sur le même sujet sans avoir été mis en pratique parce qu’ à Maurice, on parle trop et on n’agit pas assez. Ces répétitions peuvent être évitées si seulement les promoteurs d’un atelier de travail quelconque sur un sujet donné prennent aussi la peine d’organiser parallèlement une exposition des livres, articles, documents, rapports déjà publiés à ce sujet, de rédiger la liste des conclusions auxquelles ils aboutissent, des recommandations qu’ils préconisent et de préciser pourquoi elles n’ont pas été mises en pratique depuis. Dédaigner faire un tel inventaire occasionne une perte de temps et d’argent et bloque le progrès car, au lieu d’avancer et de pousser plus loin les recherches, on revient, sans le savoir, à la case départ et on redécouvre ce qui a déjà été découvert et discuté en long et en large précédemment. L’incapacité d’un pays ou d’une entreprise de donner rapidement la précision réclamée ne peut qu’inspirer méfiance et doute aux investisseurs étrangers sur notre capacité de prendre rapidement les décisions qui s’imposent sans se tromper et sans perdre du temps.
L’information bien classée, constamment mise à jour et toujours prête à être utilisée rapidement au moment opportun, est d’une importance capitale pour le progrès socioéconomique. Nos décideurs la méprisent toutefois superbement. Le décideur ne peut pourtant agir avec l’efficacité voulue s’il ne peut le faire en connaissance de cause ou, pire encore, s’il est mal informé.
Un centre national de documentation est donc un outil de choix dans le processus de développement et du progrès. Il doit être animé par une équipe de documentalistes formés, qualifiés, maîtrisant les normes internationales et bien rémunérés afin de conserver intacte leur motivation. Il s’agit d’un travail scientifique qui ne peut être confié à n’importe quel clerk, travaillant (?) quelques instants entre neuf et quinze heures, pause dholl-puree non comprise.
Gaëtan Benoît rappelle qu’il faut effectuer, à ce propos, l’inventaire des ressources des bibliothèques et archives du pays, faire un relevé des publications mauriciennes, des livres, des périodiques, des journaux, des thèses et mémoires universitaires, sans oublier les ephemera (dépliants, pamphlets, polycopies, tracts) qui contiennent souvent de précieux renseignements. Ultérieurement, ce centre de documentation pourrait s’intéresser aux témoignages oraux et audiovisuels.
Un centre de documentation, servant de banque de données locales, n’est pas un luxe, rappelle Gaëtan Benoît, mais une nécessité. L’internet fournit aujourd’hui à tout chercheur la plupart des renseignements voulus sur le plan mondial mais rien de structuré ou presque sur le plan local. Il lui manquera toujours cette banque de données mauriciennes. Et même quand celle-ci existe, elle est superbement ignorée et méprisée par les décideurs, par les décisionnaires, par les professeurs et par les informateurs dont nos journalistes. Ils préfèrent réinventer la route en prenant le risque d’accoucher d’une roue carrée. Quelque 350 000 articles de journaux, parus depuis 1997, sont aujourd’hui répertoriés alphabétiquement mais qui s’en soucie ?
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