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Gare aux meetings

22 décembre 2004, 00:00

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Les politiques sont des contorsionnistes de la parole. Ils peuvent nous servir un même discours épicé de sauces différentes selon les contextes. En effet, à l?Assemblée nationale, ils nous la jouent, dépendant des circonstances, avec les petits plats dans les grands. Dans les meetings publics, ils ont fait du langage vert la marque de leur talent d?orateur. Aux conférences de presse, moins propagandistes, ils tentent d?user de la rhétorique, mais ils font plus souvent dans le retors. S?il y avait un discours de fond, on aurait crié au grand art. Mais là on est résolument dans du vulgaire ?stretching? langagier.

Navin Ramgoolam est-il pour ou contre le vote électronique? Cela dépend. Au meeting public, il est plutôt critique. A la conférence de presse, il se montre plus nuancé. C?est un mécanisme qui révèle les profondes contradictions qui peuvent habiter nos politiques. A un meeting, le politique ne pratique jamais la retenue. Le ton et la teneur va-en-guerre de ses discours l?autorisent à tous les excès. Serait-ce un manque de considération pour ses auditoires? Ce serait plutôt une question de pratique. Quand on a pris l?habitude de dire n?importe quoi sans être confronté à ses propres incohérences et que les assistances demeurent passives, on ne se connaît plus de limites. On ne fait même plus dans le vraisemblable tant on est grisé de l?illusion d?une foule conquise à toutes ses absurdités.

Comment exiger de l?argumentation, du débat et des échanges d?idées quand on est si primairement figé dans les mots vides de sens ? Comment s?attendre à un nivellement par le haut du débat public quand les opinions ne s?affichent que dans des salons privés ? De qui ou de quoi a-t-on peur ? On ne parle pas ici de ces partisans zélotes, mais de ceux qui n?interpellent plus la classe dirigeante. Est-ce qu?on a fini par être une nomenklatura qui a peur de perdre ses privilèges si elle se montrait trop critique ?

Le discours politique à Maurice est structuré autour de clivages classiques où se mettent en scène des fantasmes et des préjugés. Cela n?a pas changé même si les donnes, elles, ont évolué. Le fait que les électeurs désertent de plus en plus les meetings n?a pas été interprété comme une désaffection de leur part pour la chose politique. Il s?agirait davantage d?un changement de mode de vie. Cela pourrait effectivement être le cas. Mais c?est une situation qui pourrait aussi rendre compte d?un contexte politique qui a atteint le degré zéro au niveau du discours et qui ne se jouerait qu?au plan des personnes. Cela pourrait expliquer le fait que les politiques se permettent toutes les acrobaties langagières tant ils savent que leurs propos, surtout dans les meetings publics, ne sont pas soumis à un regard critique.

Avec une longue campagne électorale qui se profile à l?horizon, il est impératif que les politiciens fassent un peu plus l?économie de ces discours inflationnistes. Il y va de leur crédibilité, du moins ce qu?il en reste. Ils ne peuvent pas utiliser les plateformes publiques pour débiter des âneries et faire des réunions nocturnes des soirées de propagande raciale et sectaire. Les électeurs mauriciens ne représentent pas un auditoire lambda et un minimum d?honnêteté intellectuelle est attendu de nos politiques.

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