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Gabriel Kamudu, le label « bio »

4 février 2006, 20:00

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C?est un fou authentique qui n?a pas peur de l?expérimental. Il est peut-être né comme cela ou il l?est peut-être devenu. On ne sait pas trop quand tout a commencé mais en tout cas, c?est un homme d?affaires hors du commun. À peine a-t-il dompté une manière de faire marcher son entreprise, qu?il en invente une nouvelle. Cet homme-là s?appelle Gabriel Kamudu.

Il a débuté sa carrière dans une coopérative à Rose-Belle et a fait du « boutique à boutique » pour écouler ses produits artisanaux. Il est maintenant le directeur de Craft aid, une entreprise qui brille loin des paillettes mais qui dame pourtant le pion des autres.

Ce qu?il a comme bonne étoile ?

Pour commencer, ce touche-à-tout mélange les genres. Ici, on confectionne des cartes de v?ux dont on a du mal à lever le nez. À côté, on met du sucre dans des emballages attrayants. Là-bas, on imprime des motifs sur des t-shirts. Plus haut, c?est le ballet des machines à coudre qui bat son plein. En tout, 140 personnes affairées à faire marcher l?entreprise. Jusqu?ici, on semble être dans les normes mais en creusant un peu, on se retrouve dans une organisation qui laisse béat.

Craft aid est un mélange d?audace et de mesure. 40 % de ses 140 employés ont un handicap physique ou mental. Qu?à cela ne tienne, ils ne renoncent pas pour autant à la qualité et on l?a constaté de visu. Ils ont même obtenu le Hasard Analysis Critical Control Point et comptent viser l?ISO 9002 prochainement. Et puis, il y a la matière. Craft aid ne confectionne que des vêtements bio. Le coton organique vient de l?Inde et porte la garantie d?avoir été produit sans engrais ou pesticide, dans le respect de l?environnement. Les cartes de v?ux sont élaborées à partir de carton recyclé avec des fleurs sauvages de Plaine Sophie, un endroit dans le Sud de l?île.

Ensuite, Craft aid ne produit pas pour le marché local. Il exporte uniquement vers l?Angleterre, la Suisse, la France, la Belgique, le Japon, la Canada, la Hollande pour ne citer qu?eux. Ses produits sont écoulés dans des body shops entre autres, pour une clientèle ciblée, des consommateurs conscients du code d?éthique.

Craft aid suit, en effet, scrupuleusement une charte qui prône la non-exploitation de ses travailleurs, le salaire juste, le prix juste de son produit, le combat de la pauvreté, la non-discrimination sexuelle, le refus de la main-d??uvre enfantine, le respect de l?environnement. En d?autres termes, l?entreprise de Gabriel Kamudu est une adepte du commerce équitable, un concept pas vraiment ancré dans la société mauricienne mais qui est de plus en plus en vogue ailleurs. Elle est d?ailleurs membre de l?International Fair Trade Association.

« Tout le monde a son mot à dire »

Pour que tout le personnel adhère à cette conception de l?entreprise, on mise sur la formation. Actuellement, les employés suivent des cours sur le langage des signes afin qu?ils puissent mieux communiquer entre eux. Suivront des ateliers de travail sur le design, par exemple. Pour gérer les éventuelles frustrations, on a institué un Grievance Committee où chacun peut s?exprimer. Le mot d?ordre du patron : « Tout le monde a son mot à dire dans le fonctionnement de l?entreprise et que tous ceux qui ont un problème viennent lui en parler avec pour condition, qu?ils viennent avec une solution. »

Sa stratégie : l?empowerment. Son paradoxe : ne pas miser sur le profit, ce qui ne veut pas dire qu?on est dans le charitable. « Le profit vient tout seul quand you put people first (en précisant qu?il a adopté ce slogan avant l?actuel gouvernement). Quand les gens travaillent dans un bon environnement, quand ils sont bien dans leur peau, ils donnent de meilleurs résultats. » Craft aid a par ailleurs mis sur pied un scheme of profit sharing. Ainsi, tout le monde bénéficie des profits et tout le monde a intérêt à ce que les choses marchent.

Au-delà de tous ses aspects, Gabriel Kamudu, aussi Chairman du Mauritius Bible Trianing Institute, avoue que c?est sa foi en Dieu, la clé de son succès. Son inspiration est biblique : « La foi sans les ?uvres est morte. » En d?autres mots, quand on est croyant, sa foi doit se refléter dans la pratique, dans son travail. Son fil d?Ariane : « Honesty is the best policy. »

Son objectif : donnez un poisson à quelqu?un, il reviendra vers vous pour avoir un autre poisson. Apprenez-lui à pêcher, c?est lui qui vous donnera un poisson en retour. Il faut dire aussi que Gabriel a l?art du dialogue. Il prêche bien les atouts de son entreprise à tel point que l?on dit de lui qu?il pourrait vendre de la glace aux eskimos.

La persévérance fait également partie de ses mottos. Au commencement en 1983, lorsqu?il a créé Craft aid avec des amis, ce n?était qu?un business de décorations en bois avec un personnel de cinq personnes, essentiellement des autrement capables. Mais comme dans toute entreprise, arrive un moment où se mêlent des hauts et des bas. Difficultés financières, produits non écoulés. Ce n?est jamais facile d?extraire le diamant du filon? Mais pas de capitulation. L?entreprise revient requinquée et opte pour d?autres solutions.

Aujourd?hui on ne bégaie plus chez Craft aid. Le patron est ouvert aux changements, aux innovations. « J?ouvre les yeux et les oreilles, je prends par-ci je prends par-là et j?analyse. Je suis en contact régulier avec les clients, je suis attentif à leurs demandes. » Innover dans un esprit humaniste, c?est là que réside tout le capital séduction de cette entreprise. À noter qu?elle procédera à une marche le 10 février, de Plaisance Rose-Hill au Plaza avec une bannière qui circule de pays en pays et qui prône le marché équitable. Qui sait si l?aura de Craft aid ne rejaillira pas sur d?autres entreprises.

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