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G. Siew : retournons aux toits en tôle

31 mai 2007, 20:00

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A lire et à entendre nos doléances médiatiques, tout augmente. Les prix prennent l?ascenseur. Plus moyen de joindre les deux bouts. La cherté rend la vie impossible. Les prix des matériaux de construction grimpent à une telle allure que le rêve de construire SA maison devient vite, au mieux un mirage, au pire un cauchemar. Sortons de chez nous et constatons ce qu?il y a autour de nous. Tout simplement le contraire de ce qu?avancent ces doléances, multipliées à l?infini sur nos ondes et les colonnes de nos journaux.

Nous construisons à tour de bras et ne lésinons sur aucune dépense, pour ne pas parler, ici, de gaspillages. Nous construisons comme si les fers de construction se donnent et que la pochette de ciment se vend toujours à sept roupies. Pire encore, nous répétons à l?infini l?aberration de multiplier les toits en pente en dalles de béton alors que les recouvrir plus simplement en tôle, pas forcément profilée, devrait être plus économique, tout en offrant de multiples avantages esthétiques, de confort et de bien-être pour les occupants. Pire encore, des autorités, chargées d?approuver les plans des maisons et bâtiments à construire, non seulement ne déconseillent pas l?aberration des dalles inclinées en béton mais encore la recommandent indirectement, en faisant des difficultés à approuver les plans prévoyant des toits recouverts de tôle.

Cela fait pourtant un quart de siècle que nos meilleurs architectes, non seulement recommandent les toitures en tôle, mais les appliquent aux bâtiments et autres immeubles les plus vastes dont ils doivent concevoir les plans, qu?il s?agisse d?hôtels luxueux, de bâtiments commerciaux ou industriels. Il suffit de déambuler, dans n?importe laquelle de nos grandes surfaces commerciales les plus intelligemment conçues, pour constater la légèreté de l?infrastructure particulièrement esthétique que seul offre un toit en tôle, permettant d?éviter la laideur repoussante d?une forêt de colonnes en béton (12 x 12 pouces) pour soutenir une ou plusieurs dalles de béton, pesant des tonnes et des tonnes, pouvant à tout moment se lézarder pour laisser suinter les eaux pluviales.

En mai 1982, Gaëtan Siew, nouvellement débarqué sur le marché architectural mauricien et qui, depuis, s?est révélé, non seulement comme un de nos meilleurs architectes, mais encore comme un de nos meilleurs maîtres à penser en matière architecturale, ose recommander à ses compatriotes les retour aux toitures en tôle. Son partenaire, Well Lam Po Tang, et lui se confient volontiers au journaliste Pierrot Benoît. Férus d?esthétique et d?écologie, ils osent s?attaquer au mur de préjugés architecturaux, nourris par la phobie traumatisante des cyclones Alix, Carol, Jenny et Gervaise, de sinistre mémoire.

Gaëtan Siew souligne que le béton, surtout sous la forme lourde et inutile de la dalle inclinée, ne convient pas forcément au climat chaud et humide de Maurice. Il (le béton) emmagasine plus lentement la chaleur que la tôle mais la rend à petites doses. Cela nous vaut des matinées peut-être plus fraîches mais nous garantit des soirées et des nuits chaudes, étouffantes même, d?où le recours quasi obligatoire à la climatisation afin que la nuit puisse être réparatrice. Nous devons donc avoir l?air con avec des toits en béton.

C?est tout le contraire avec la tôle. Elle chauffe vite et devient même rapidement un toit brûlant mais sans chatte de gouttière. Elle perd toutefois et en quelques minutes, au coucher du soleil, toute la chaleur accumulée pendant la journée, garantissant des soirées et des nuits de fraîcheur mais aussi des aurores réchauffées par les premiers rayons de soleil. Quoi rêver de plus paradisiaque ! La chaleur emmagasinée pendant la journée peut être facilement contournée, grâce à l?ajout d?un faux plafond, en plywood ou en hard board, permettant à l?air frais de circuler, atténuant d?autant la transmission de la chaleur à l?intérieur de la maison.

La tôle permet, au moindre coût, l?heureux retour aux varangues d?antan, aux terrasses recouvertes, que viennent égayer des fougères, des cactées et d?autres plantes décoratives.

Les pro-béton incliné avancent inutilement la question sécuritaire. De nouveaux moyens de fixation donnent à la tôle une solidité à toute épreuve. D?ailleurs le retour à la tôle n?exclut pas forcément une structure en béton. Le tout-tôle est autant à déconseiller que le tout-béton. Rien ne vaut, en revanche, l?harmonieux mariage du béton et de la tôle. Et plus les toits en tôle couvrent de petites surfaces et plus ils gagnent en esthétique comme en solidité.

Gaëtan Siew cite en exemple la réussite cyclone-proof du Bulk Sugar Terminal pour prouver la solidité de la toiture en tôle. Il rappelle l?heureuse relance des anciens métiers des charpentiers, menuisiers, tôliers, ferblantiers. Cela fait donc un quart de siècle qu?il prône le retour des élégantes toitures en tôle. Quand aurons-nous l?intelligence voulue pour admettre qu?il a cent fois raison.

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