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Rodrigues

«Foulsafat», 25 ans d’un modèle touristique à contre-courant

4 juin 2026, 19:00

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«Foulsafat», 25 ans d’un modèle touristique à contre-courant

■ Antoinette et Benoît Jolicœur poursuivent leur belle aventure avec «Foulsafat».

Le «Prix du Mérite Touristique International» décerné à la mi-mai par la Fédération Internationale du Tourisme aux fondateurs de «Foulsafat» a donné une résonance particulière aux célébrations du 25ᵉ anniversaire de ce gîte emblématique de Rodrigues. Une distinction qui récompense un parcours pionnier dans le tourisme chez l’habitant et le tourisme vert. Mais au-delà de l’hommage rendu à Antoinette et Benoît Jolicœur, l’événement a surtout été l’occasion d’une réflexion collective sur l’avenir d’un secteur devenu l’un des piliers de l’économie rodriguaise.

Il y a 25 ans, lorsqu’Antoinette et Benoît Jolicœur ouvrent les portes de Foulsafat, le tourisme rodriguais en est encore à ses balbutiements. L’île ne dispose alors ni de la notoriété ni des infrastructures qu’on lui connaît aujourd’hui. Les époux font pourtant un pari : celui d’un tourisme à taille humaine, fondé sur la rencontre, le partage et la découverte du quotidien local.

Pour construire leur projet, ils regardent du côté de La Réunion et du modèle des Gîtes de France. Au fil des années, ils multiplient les échanges avec leurs partenaires réunionnais, se forment, observent les évolutions du secteur et adaptent constamment leur offre aux nouvelles attentes des voyageurs. Bien avant que les notions de tourisme durable, d’expérience immersive ou de circuits courts ne deviennent des arguments marketing, Foulsafat en appliquait déjà les principes.

Chez les Jolicœur, l’hébergement n’a jamais été pensé comme une simple prestation commerciale. Leur philosophie tient en une formule qu’ils aiment répéter : «Le pari est gagné lorsque les visiteurs arrivent comme des clients et repartent comme des amis.» Cette approche leur a valu une réputation qui dépasse largement Rodrigues. Quand, à la mi-mai, ils reçoivent le Prix du Mérite Touristique International, cette distinction vient, en fait, saluer non seulement une réussite entrepreneuriale, mais également une vision du tourisme fondée sur l’authenticité et l’ancrage local.

Le moment est symbolique. Car si le tourisme chez l’habitant, dont Foulsafat fut l’un des précurseurs, représente aujourd’hui la grande majorité de l’offre d’hébergement de Rodrigues, son avenir soulève de nombreuses interrogations. L’agrandissement annoncé de l’aéroport ouvre de nouvelles perspectives de croissance, mais pose aussi la question du modèle que l’île souhaite privilégier.

C’est dans cet esprit que Benoît et Antoinette Jolicoeur ont choisi de consacrer leur anniversaire à une table ronde réunissant le commissaire au Tourisme Alain Wong So, la direction de l’Office du tourisme, des opérateurs du secteur, des représentants du monde agricole ainsi que des partenaires réunionnais. À l’issue des discussions, un rapport préliminaire a été remis au chef commissaire Franceau Grandcourt.

Une idée forte s’en dégage : Rodrigues doit continuer à miser sur ce qui fait sa singularité. Les participants recommandent notamment la mise en place d’une labellisation des hébergements, une professionnalisation accrue des opérateurs, un renforcement des liens entre agriculture et tourisme, une amélioration des infrastructures essentielles ainsi qu’une réflexion sur la capacité d’accueil réelle de l’île afin d’éviter les dérives du tourisme de masse et de préserver l’identité rodriguaise.

Au fond, les 25 ans de Foulsafat auront moins été une célébration du passé qu’une invitation à réfléchir à l’avenir. À l’heure où Rodrigues s’apprête à accueillir davantage de visiteurs, la question posée par Antoinette et Benoît Jolicœur est actuelle : comment faire grandir le tourisme sans perdre ce qui donne envie aux voyageurs de venir ? L’émotion était également au rendez-vous lors de cette célébration. Car après 25 ans passés à accueillir des visiteurs venus des quatre coins du monde, Antoinette et Benoît Jolicœur pensent désormais à la transmission. Symbole fort de cette soirée anniversaire, leur fille Audrey a repris les rênes du gîte. Un passage de témoin chargé de sens pour celle qui hérite non seulement d’une entreprise familiale, mais aussi d’une certaine idée de l’hospitalité rodriguaise : celle qui transforme les visiteurs de passage en amis fidèles et fait rayonner Rodrigues bien au-delà de ses rivages.

Entre pierres et mer

À Rodrigues, les sentiers sont des invitations à disparaître quelques heures du monde. Parmi les quelque 300 km de chemins qui sillonnent l’île, celui qui relie Pointe-Coton à Rivière-Banane est de ceux qui réconcilient l’homme avec le silence.

Une heure à l’aller, une heure au retour. Deux heures pendant lesquelles la mer devient compagne de route. Le sentier longe le lagon de l’Est. À gauche, l’océan déroule ses nuances de turquoise. À droite, la terre oppose sa rudesse. Très vite, le sable cède la place à un décor minéral. Les galets roulent sous les chaussures. Les falaises avancent leurs épaules de pierre dans la lumière. Les roches volcaniques noires semblent avoir été abandonnées là par quelque géant distrait. Il faut parfois se frayer un passage entre les piquants loulous. Il faut dire que l’acacia introduit dans l’île a colonisé les pentes sèches, dressant ses épines face au vent. Les chèvres, elles, s’en accommodent fort bien. Au détour d’un virage, on lève la tête pour voir un figuier de Barbarie dans ce décor aride. Il veille sur la côte comme une sentinelle oubliée. Plus loin et plus bas, les lianes de batatran étalent leurs fleurs éclatantes, rappelant que la beauté naît souvent là où les conditions semblent les plus hostiles.

On marche. Le monde s’éloigne. Le téléphone ne sert plus à grand-chose, sinon saisir quelques souvenirs. Les urgences perdent leur importance. Ne demeure que le bruit des vagues qui frappent la barrière corallienne. En hiver, leur ressac devient une musique dense et obstinée. Parfois, un bêlement s’élève d’une ravine. On ne voit pas toujours l’animal. La voix suffit. Elle rappelle que Rodrigues reste une île habitée, travaillée, parcourue depuis des générations.

Puis apparaît Rivière-Banane. Au bout de la plage, d’immenses blocs de lave noire émergent de l’eau claire. Ils donnent au lieu des allures de plage des Seychelles. C’est insolite! Si vous arrivez en fin de matinée, vous croiserez peutêtre les piqueuses d’ourites. Plus loin, dans les terres, vers les cultures de piments, de choux et de patates douces, il n’est pas rare d’apercevoir une silhouette penchée sur la terre. Celle de Chantal Cupidon, qui cultive ces parcelles depuis plus de 35 ans. La randonnée n’aura alors été qu’un prétexte. Car ce que l’on vient chercher par ce sentier, ce n’est pas seulement un paysage. C’est cette sensation devenue rare d’être seul sans être isolé, perdu sans être égaré.

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