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FUEL S.E. champion «Casse Collé»
N?y voyez surtout aucune allusion ni ressemblance avec le différend opposant FUEL S.E. à Belle-Vue S.E. ou encore le groupe Lagesse aux Harel Frères, sous l?arbitrage (?) d?Arvin Boolell ou d?un Control Board, plutôt pâlot en la circonstance. Non de non ! il ne s?agit nullement de la répartition des cannes de la région agro-industrielle de Mon Loisir S.E, entre FUEL S.E. et Belle Vue S.E., litige pouvant contraindre même un roi Salomon à perdre son hébreu et à un saint Louis sous chêne sa balance.
Le Casse Collé, dans lequel brille souverainement la propriété sucrière de FUEL, que dirigent alors Sir Emile Sériès et Philippe Scott, est la drolatique invention, sinon de Jacques Dinan, du moins de l?équipe très professionnelle des PROs (Public Relations Officers) des établissements sucriers de la région centre-est-ouest. Il s?agit d?une compétition mi-sportive, mi amusante, inter-propriétés sucrières, rappelant quelque peu les célèbres jeux télévisés de Guy Lux, Intervilles.
FUEL S.E. l?emporte avec 48 points, devant Deep River-Beau Champ (41 points). L?édition 1983 de Casse Collé commence le 26 mars à Médine. Chaque établissement sucrier doit, tout à tour, opposer quatre équipes de son cru, composées d?employés de ses divers départements et sections, lors de préliminaires se déroulant sur son territoire. Elle permet à un millier d?employés des six usines sucrières de cette région (Médine, Mon Désert-Alma, Highlands, FUEL, Deep River-Beau Champ et Constance-La Gaieté) de prendre part à ces jeux, à un niveau quelconque.
Ils sont quelque 5 000 employés de ces établissements à se rassembler sur le terrain de football de l?usine sucrière de FUEL, le samedi 21 mai 1983, pour participer aux épreuves finales de l?édition 1983 de Casse Collé. La flotte de véhicules, dont plusieurs camions et remorques, servant au transport des employés aux champs, souligne bien l?affluence extraordinaire suscitée par cet événement ludique.
Les épreuves sont particulièrement désopilantes et hilarantes. Elles se réfèrent le plus souvent aux activités professionnelles des différentes catégories d?employés de l?industrie sucrière. Il y a, bien sûr, les combats traditionnels de polochons, avec combattants assis à califourchon sur une poutre, glissante à souhait et à l?horizontale ; le tir à la corde ; la course sur des prélarts soigneusement savonnés ; les séances dûment censurées de striptease ou de déshabillage, suivies d?autres de rhabillage, etc. La plupart d?entre elles portent des noms les plus folkloriques sinon énigmatiques : bouze fixe ; rouleau compresseur ; vitesse vitesse ; zomme dominère (excusez le pléonasme !) ; calçon cimise ; travail golmal ; dans caro (consistant à parvenir sur une poutre placée à deux mètres de hauteur et à redescendre sur terre, en s?aidant des échelles de fortune (mais placées sens dessus dessous) dont se servent les coupeurs de cannes pour charger les camions, devant transporter au moulin les roseaux saccharifères.
Les firmes Caustat and Sons et Gumboots aident grandement les PROs des établissements sucriers précités à organiser cette journée de détente et de saine émulation. Compte tenu de la situation précaire (pour ne pas changer) de l?industrie sucrière, en 1983 l?organisation de ce rassemblement ludique s?effectue avec un budget squelettique. La bonne volonté remplace toutefois amplement et avantageusement le nerf de la guerre. Les PROs en profitent pour organiser parallèlement d?autres activités sociales et même philanthropiques telles qu?une collecte de sang, une exposition de travaux d?artisanat, des remises de certificat aux employés retraités, etc.
Des esprits chagrins trouveront toujours à redire contre la transformation de travaux manuels éreintants en compétitions sportives, y subodorant une forme d?exploitation de l?homme par l?homme et une habile propagande en faveur d?une hyper-productivité. Leurs détracteurs y voient, en revanche, une valorisation du travail manuel, rendant justice aux travailleurs les plus performants. Ils citent, à cet effet, les innombrables concours, à travers le monde, du meilleur bûcheron, du garçon de café le plus véloce et le plus endurant, les concours de pêche à la ligne, du meilleur tireur, les courses automobiles dont le défunt rallye Paris-Dakar, les courses de voiliers, etc. N?oublions pas que le premier coureur de marathon fut un messager, un facteur en quelque sorte. Le débat est d?autant plus ouvert que le ministère de Tourisme s?efforce, en 2008, d?introduire, à Maurice, la course de garçons de café. Ce n?est donc pas le moment de... casse collé.
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