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Frustrations et désespoir six mois après le tsunami
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Frustrations et désespoir six mois après le tsunami
A Teunom, dans la province indonésienne d?Aceh, les lycéens doivent secouer l?eau qui s?est accumulée sur leur tente avant de commencer les cours. Ils veulent une nouvelle école pour remplacer celle qu?a emportée le tsunami il y a six mois.
Le chef du village de Lhok Kruet aimerait quant à lui savoir quand il pourra proposer à ses administrés de nouveaux logements, et les sortir des tentes humides et des cabanes de fortune où ils vivent depuis décembre.
A Meulaboh, Mizuar se demande pourquoi personne ne peut lui fournir de quoi relancer son activité, la production de stèles funéraires. Sur son magasin, partiellement reconstruit, il a apposé un écriteau demandant de l?aide en anglais.
Sur toute la côte Ouest de la province d?Aceh, où les vagues géantes du 26 décembre ont été les plus meurtrières, de la capitale Banda Aceh à Meulaboh, à 250km plus au sud, la frustration croît face à la lenteur de la reconstruction.
Les donateurs expliquent le retard de deux mois enregistré dans la reconstruction par le temps qu?il a fallu pour créer une agence chargée de superviser le processus. L?agence n?a commencé à approuver des projets que début mai.
?Je ne suis pas un peu, mais très déçu. Je sais que beaucoup d?argent a été versé pour l?Aceh?, déplore Mizuar, 32 ans.
En parcourant la route longeant la côte occidentale de la province, récemment réouverte, on rencontre de nombreux Indonésiens qui en ont assez de vivre dans des tentes ou dans des cabanes fournies par le gouvernement, et qui veulent travailler. En-dehors de Banda Aceh et Meulaboh, on peine à trouver de l?électricité ou de l?eau courante.
?Que faire de nos vies??
Personne ne se plaint de ne pas manger à sa faim, mais la nourriture manque. Le Programme alimentaire mondial pense qu?il devra nourrir jusqu?à 800 000 personnes pendant encore un an dans la région.
On peut trouver du poisson et des légumes sur certains marchés. Mais les agriculteurs n?ont pas semé de riz : certains sont morts, d?autres ont vu leurs rizières ?polluées? par l?eau salée des vagues géantes, jusqu?à cinq km à l?intérieur des terres.
?Chaque jour, nous nous réveillons désorientés. Nous ne savons pas quoi faire de nos vies?, explique Abdul Malik, 25 ans, dans une caserne abritant des réfugiés à Leupung. Il était en train de travailler à Djakarta quand les vagues géantes se sont écrasées sur la côte, tuant ses parents.
Le séisme d?une magnitude de 9,15 degrés sur l?échelle de Richter qui s?est produit le 26 décembre au large de la côte occidentale d?Aceh est le troisième plus gros tremblement de terre qu?ait connu le monde depuis 100 ans. Il a fait s?abattre des murs d?eau atteignant parfois dix mètres de haut sur les côtes de 13 pays, autour de l?océan Indien.
Aceh, située à la pointe nord de l?île de Sumatra, a été la région la plus touchée. Un millier de villes et villages ont été rayés de la carte, ou en grande partie détruits. Le nombre de cadavres retrouvés et enterrés est de l?ordre de 130 000. Mais 37 000 autres personnes sont encore portées disparues.
On retrouve encore des corps sous les décombres. Selon le représentant du gouvernement à Teunom, Mohamad Ansari, les restes de 11 personnes ont ainsi été trouvés il y a une semaine.
Depuis que Kuntoro Mangkusubroto, un ancien ministre de l?Energie jouissant d?une bonne réputation, a pris les rênes de l?Agence de reconstruction d?Aceh, il y a moins de deux mois, il s?est empressé de donner son feu vert à des projets, pour un montant de 1,8 milliard de dollars. Il devra gérer cinq milliards de dollars sur plusieurs années. Parmi les priorités, reconstruction de 130 000 maisons et construction, ou réhabilitation, de 1226 écoles.
Pour les donateurs, la reconstruction doit combiner rapidité et qualité. Ils estiment injustes les critiques répétées formulées à l?encontre du rythme de la reconstruction, vu l?ampleur de la tâche.
20 % de survivants
A Calang, qui abritait avant le tsunami 9 000 habitants, et est située sur une jolie péninsule à mi-chemin entre Banda Aceh et Meulaboh, les vagues ont agi tel un étau, écrasant tout sur leur passage. N?ont survécu que moins de 20 % des habitants.
Mais sous la férule de son maire Zulfian Ahmad, qui se trouvait à Djakarta au moment de la catastrophe, des ouvriers ont construit un millier d?abris temporaires, en bois, ainsi que des locaux administratifs et des magasins.
?Si j?avais attendu que des décisions soient prises à Djakarta, je n?aurais commencé la reconstruction que maintenant?, explique Ahmad. ?J?ai rassemblé ceux qui avaient des outils, et nous avons commencé.?
Comme beaucoup de ses administrés, Ahmed a une bonne raison de se consacrer tout entier à la reconstruction de Calang : le tsunami a tué son épouse et tous ses enfants. ?Encore aujourd?hui, je n?ai pas les mots pour décrire ce que cela fait. C?est inimaginable?, dit-il.
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