Publicité

Fragile santé

22 octobre 2004, 20:00

Par

Partager cet article

Facebook X WhatsApp

lexpress.mu | Toute l'actualité de l'île Maurice en temps réel.

Le ministre de la Santé est parti en croisade. Les médecins non plus n?en démordent pas. Laxisme et amateurisme. Eternels griefs qui consacrent le bras de fer entre des ministres qui se veulent remuants et des fonctionnaires qui mettent en relief les contraintes de leurs fonctions. On n?en sort pas de gouvernement en gouvernement. Au-delà du conflit qui oppose un ministre à des médecins, il importe aujourd?hui d?opérer une saisie de ce système public qui, malgré ses dysfonctionnements, incarne le principe de l?intérêt général. Il va sans dire que, dans le présent conflit, médecins et ministre mettent en avant des arguments crédibles. Les uns et les autres ont à la fois tort et raison. Cela suffit pour justifier la nécessaire révolution que doivent subir nos services publics.

De manière générale, l?éducation, la santé et la fonction publique, entre autres, ont été soumises ces dernières années à des projets de réforme. Dans chacun de ces cas, au lieu d?aller à l?essentiel, on s?est arrêté à des mises en perspective et à des réajustements. Structurellement, les services publics continuent à fonctionner selon le même état d?esprit : un esprit corporatiste et un ancrage dans le statu quo. Et on retrouvera toujours quelques bouillants syndicalistes pour plaider dans le registre des droits acquis afin de préserver l?immobilisme.

La volonté politique pour changer le système demeure profondément velléitaire. Il peut difficilement en être autrement. Les fonctionnaires représentent un vivier électoral conséquent. Pourtant, la modernisation de l?économie et de la société mauricienne passe inexorablement par une remise en question des structures des services publics. Une certaine soumission aux règles propres au monde concurrentiel est aujourd?hui devenue incontournable. Mais ce serait faire preuve de naïveté que de croire nos politiques capables d?une telle révolution. Alors, au lieu d?interventions chirurgicales, on assiste à des applications thérapeutiques qui sont loin de produire les effets escomptés.

On sait tous aujourd?hui que nos professionnels qui travaillent au sein du système public présente des attributs honorables. Ce sont des individus qui ne peuvent souffrir d?une critique primaire sur leurs compétences. Pourtant, au fil des années, après un engagement soutenu dans leurs services, ils sont frappés du syndrome de la lassitude et de la monotonie. C?est ainsi que de professionnels enthousiastes, on finit par devenir des automates.

Sans une redéfinition du concept de l?intérêt général, on fera face aux même apories. Chacun campe sur sa position. Chacun est légitime dans sa posture. Et quand on se retrouve dans des situations où tout le monde a raison, c?est la population qui en prend pour son compte. Dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les bureaux des administrations publiques?

La question fondamentale aujourd?hui demeure notre capacité à nous éloigner de la culture de l?approximatif. Comment être performant quand ceux qui sont supposés être des chefs et des meneurs ne sont mêmes pas capables de vision et quand ils brillent par une absence de sens d?anticipation ! C?est aujourd?hui le grand défi de la société mauricienne. Retrouver l?esprit critique et la capacité à se débarrasser des chaînes du dilettantisme. On ne pourra éternellement justifier les carences de tel ou tel service en pointant du doigt des individus, qu?ils soient ministres ou fonctionnaires. L?effort est collectif. Il implique une ascèse nationale.

Publicité