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Fou de vagues, Emmanuel est emporté par les flots

6 septembre 2003, 20:00

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Des vagues énormes laminent sans cesse le rivage de Rivière-des-Galets. Les lames qui déferlent sur la grève font cliqueter les galets à chaque fois qu?elles retournent vers l?océan. Ces cailloux polis de tailles différentes disparaissent parfois sous les coups de boutoir des flots et laissent la place à une plage de sable grossier. Dimanche, à cause de mauvaises conditions climatiques, la mer était extrêmement houleuse. Les terribles déferlantes qui se fracassent à quelques kilomètres de là, à Tamarin, font le bonheur des férus de sports de glisse. Mais ces vagues qui font trois mètres à Tamarin sont deux fois plus hautes ici.

Amoureux fou de bodyboard, Emmanuel César, 18 ans, est venu passer le week-end chez un ami à Chemin-Grenier pour ne pas rater les rouleaux qui se déploient à Rivière-des-Galets et Baie-aux-Jacotets. Ayant déjà tâté les vagues à deux reprises ces derniers mois, c?est donc sans crainte qu?il se lance à l?eau avec son cousin, Oliver Martin, 14 ans et Yan Chaton, 20 ans à Pointe-Malbar. Il est environ dix heures, quand tout à coup, la mer se déchaîne. Yan Chaton a le réflexe de retourner vers le rivage. Il vient de conseiller la même chose aux jeunots lorsqu?il voit une lame de fond les emporter vers le large.

Des kamikazes

De l?autre côté de Pointe-Malbar se dresse la cité EDC. Ceux qui sont assis en face de la mer sont témoins du drame. « La mer était très grosse et il y avait beaucoup de vent. On a même eu droit à un raz-de-marée ce jour-là. Lorsqu?une vague s?est abattue sur eux, ils ont été traînés à environ 500 mètres au large », relate Jean-Claude Mangue. Il semble en effet qu?à ce moment-là Emmanuel a perdu sa planche, la leash s?étant brisée. Oliver s?accroche désespérément à la sienne. Le voyant en difficulté, les pêcheurs Frédéric Cotte, Régis Fanny et un dénommé Sanjay de Chemin-Grenier grimpent sur leur planche de surf pour lui porter secours. Ils parviennent à sa hauteur lorsqu?un Heavy Duty Boat de la National Coast Guard (NCG), venant de Souillac, les accoste avant de les prendre à son bord.

« S?il n?y avait pas eu les gardes-côtes on y aurait également laissé notre peau. Ils risquaient également la leur en sortant par cette mer démontée », lâche Régis Fanny. « Ces jeunes-là, c?était des kamikazes. Avec le temps qu?il faisait, c?était de la folie que d?affronter les vagues. Si nous n?avions pas réagi promptement, il y aurait eu deux disparus », poursuit Frédéric Cotte. « La mer ti mari dans difé. Ti bizin empêche zot rentre dans délo sa jour là. Piti kine disparet la pas mem ti éna palmes are li », déplore Régis Fanny.

« Même un surfeur expérimenté n?aurait pas affronté les houles d?hiver à Rivière-des-Galets ce jour-là. Si votre leash se casse, vous êtes perdu si vous n?êtes pas bon nageur et que vous n?avez pas de palmes. Lorsque la vague s?écrase sur vous, elle vous entraîne vers le fond. Il y a ensuite un phénomène de retour. Lorsque vous remontez, vous pensez que vous allez être à l?air libre mais vous respirez de l?eau car la vague vous entraîne à nouveau, cette fois vers le large. C?est ce qui a dû arriver au garçon », explique Jean-Noël qui pratique le bodyboard depuis au moins sept ans. Comme tant d?autres ce dimanche-là, il a préféré s?attaquer aux vagues de Tamarin car il y a le lagon à côté pour se réfugier en cas de pépin. Mais à Rivière-des-Galets, la baie est en fait une grande passe et les vagues viennent mourir jusqu?au bord.

Une bougie allumée

« Les conditions étaient difficiles dimanche. À Rivière-des-Galets, c?est pire? Les conditions sont abominables. La mer est pour ainsi dire en désordre et les courants sont puissants. Et même s?il n?y a pas beaucoup de requins, l?endroit est très vaseux », commente pour sa part Bernard, autre mordu de la glisse. Comme Jean-Noël, il estime qu?il faut un peu d?expérience et les moyens de bien s?équiper avant

d?affronter les rouleaux. Il y a aussi le risque qu?il faut calculer. « Il ne faut pas rechigner à dépenser Rs 400 pour votre leash si elle est pourrie. Elle peut vous sauver la vie », souligne Bernard.

« Noune fer bodyboard zisse deux fois. Troisième fois nou ti pé fer là-bas. Ene coup la mer ine démonté », indique un des rescapés du drame, Oliver. Au domicile de son cousin disparu, à Mahébourg, une bougie est allumée en permanence, dans l?espoir que les autorités retrouvent le corps de l?étudiant du collège St-Gabriel. Durant la semaine, l?hélicoptère de la police a survolé la région en vain. Mais ce n?est pas assez pour les parents du disparu qui accusent la NCG de ne pas avoir réagi vite. Certains arpentaient encore la plage de Rivière-des-Galets mardi. « On a fait de notre mieux. Il faudrait légiférer afin que les surfeurs soient poursuivis au tribunal lorsqu?ils prennent la mer par mauvais temps. Ils sont nombreux à se mettre à l?eau, même par temps cyclonique », condamne un garde-côte posté à Souillac.

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