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Fortes attentes
Navin Ramgoolam peut savourer sa grande victoire. Une majorité d?électeurs ont été convaincus de sa détermination à répondre à leurs attentes. Mais, passé l?état de grâce dont le nouveau gouvernement est en droit d?attendre, ses responsabilités seront à la hauteur des espoirs qu?il a suscités. Un aspirant Premier ministre peut se cantonner à des déclarations. Un chef de gouvernement a une obligation de résultats.
Le gouvernement fraîchement installé va sans doute profiter de l?état de grâce pour régler les problèmes délicats restés en suspens durant la campagne électorale. Il devra notamment décider de la politique à adopter en ce qui concerne les ajustements de prix des produits pétroliers. Et, pour conserver son capital de crédibilité, il honorera des engagements électoraux en restaurant la pension universelle et en accordant le transport gratuit aux étudiants.
Au bout de cette période, disons de cent jours, on sera fixé sur ses intentions réelles d?infléchir la politique économique et sociale menée par son prédécesseur. Navin Ramgoolam a annoncé que ses priorités seront l?emploi et l?économie. Ce sont a priori des choix judicieux. Avec Rama Sithanen aux Finances, la nouvelle équipe dirigeante dispose d?un excellent atout. Encore faut-il que le contexte international ne se dégrade pas et ne le force pas à revoir ses calculs. On n?est pas à l?abri d?une nouvelle flambée des cours du pétrole ou d?une dévaluation.
Un changement de gouvernement génère des attentes sociales fortes. Pourtant, les prévisions les plus sinistres se réalisent pour les secteurs du sucre et du textile. Le pays fait face, sur ces deux dossiers, à des défis très sérieux. Dans l?opposition, le charme et le lyrisme des discours peuvent aider à rallier les mécontents. Au gouvernement, c?est une autre paire de manches.
L?air d?apaisement qui a régné hier rompt avec l?agressivité qui a marqué les campagnes. Tant le Premier ministre sortant que celui qui vient d?être élu ont affiché une volonté de quitter rapidement les marécages de la politique politicienne pour offrir au pays les meilleures chances d?aborder les grands dossiers avec sérénité. Les deux dirigeants ont compris que le jeu politique est une chose et que l?avenir du pays en est une autre.
Il y a du travail qui attend les dirigeants au niveau de leurs partis respectifs. Chez les travaillistes, les jeux de cour commenceront dès ce matin car il y a de nombreux prétendants pour la brochette de postes à pourvoir. Les changements d?hommes qui vont s?opérer à la direction des organismes parapublics et des ambassades suscitent les convoitises. Des choix ardus devront être faits.
Au MSM, il s?agira de repartir à zéro après la défaite de son leader, Pravind Jugnauth. L?image que s?est construit ce parti n?accroche pas l?électorat ciblé. Il a du mal à trouver un ancrage.
Le MMM partira à la recherche d?une nouvelle vitalité à partir d?un champ de ruines. Il a perdu, dans la bataille, des éléments valables dont celui qui a accompli une réforme éducative historique. Ce parti doit se mordre les doigts aujourdhui d?avoir renoncé à adopter la représentation proportionnelle. Avec la réforme électorale qu?il avait envisagée à un moment, Steven Obeegadoo aurait eu automatiquement sa place au Parlement. L?actuel système a une fois de plus livré un verdict injuste. L?Alliance sociale avec 49 % des voix exprimées a obtenu 63,3 % des sièges !
Des réformes fondamentales doivent être entreprises. Heureusement que c?est dans une île Maurice réconciliée que débute la nouvelle législature.
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