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Force politique alternative : La gauche tente de s?imposer

4 mai 2007, 00:00

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Mardi 1er Mai. Dans la foule présente à Beau-Bassin, l?on retrouve essentiellement des travailleurs syndicalistes de la National Trade Unions Confederation (NTUC). Certains endossent le tee-shirt du Mouvement 1er Mai, d?autres distribuent les tracts du mouvement Rezistans ek Alternativ. Les travailleurs se sont fait un devoir de venir à ce rassemblement, frustrés par l?économie d?un pays en crise, une politique ultralibérale ?qui bénéficie essentiellement aux capitalistes et à la bourgeoisie?, la paupérisation d?une large frange de notre société, la précarité dans le monde du travail? Un homme dans la foule explique que ?bann politisyen pa okip travayer, nou drwa, bizin al kot bann ki soutenir nou, ki rod fer enn sosyete ekitab.?

Toolsyraj Benydin, président de la NTUC déclare que ?la lutte des syndicats est proche des mouvements de gauche, il y a certaines convergences contre cette politique ultra-libérale qui ne profite pas aux travailleurs.? Etant donné, explique-t-il, que ce sont toujours les mêmes détenteurs du capital qui tirent profit de notre économie, ?bizin enn alternativ?.

Force est de constater que Maurice est en pleine crise économique et sociale. Les usines ferment, les travailleurs sont licenciés, le coût de la vie augmente, les salaires ne suivent pas, l?écart entre les classes se creuse? Selon Ashok Subron, du mouvement Rezistans ek Alternativ, la crise économique et sociale que Maurice traverse actuellement est engendrée par la mondialisation et les classes possédantes. Les reproches de la gauche envers le système électoral et la politique ultralibérale de droite menée par les deux grands blocs ne manquent pas.

Et bien que le capitalisme se soit présenté comme immuable, selon Jack Bizlall du Mouvement 1er Mai, la gauche propose une politique alternative, revoyant totalement notre société et le système en place par un combat contre le communalisme, le capitalisme et la globalisation, soulignant la défense des droits des travailleurs, une politique économique alternative s?insérant au mouvement ?alter mondialiste?. Ainsi la gauche se pose comme une 3e force, ou plutôt une 2e force selon Jack Bizlall, qui met tous les partis de droite dans le même panier. Une autre force dont le pays a bien besoin face à ce système ?d?oligarchie politique constitué de grandes familles qui forment le gros bloc de droite? selon Jack Bizlall.

Avançant avec son temps, amenant de nouvelles idéologies en réponse au contexte et besoins actuels spécifiques de notre société, la gauche recherche des alternatives. ?Il est important de repenser la mondialisation différemment car elle crée de nouvelles contradictions, de nouveaux rapports entre les pays, les peuples et les classes sociales?, explique Jack Bizlall, pour qui ?il faut faire de l?espace pour le social, les libertés individuelles et collectives, afin de dégager une démocratie qui répondrait au monde actuel.? Selon Ashok Subron également ?ena enn prosesis o nivo mondial, depi sa nouvo form kapitalism mondial, bann nouvo form altermondialist inn devlope, bann mouvman fam inn evolie, lekolozi inn sanze?.s

Ram Seegobin, du parti Lalit, parle, lui, d?une crise systémique et économique, ?ou pa kapav dir travayer gard mem drwa, bizin devlop enn stratezi de fuit an avan. Si enn system pa pe marse, a nou propoz enn lotr sistem.? Pour Lalit, la mise en place d?un programme pour une économie alternative est centrale dans sa politique car ?fas a sa kriz sistemik zordi, sa kriz ekonomik inn pran enn tel anvergur ki ena bann reperkisyon dan nou sistem net.?

Présentes sur la scène politique depuis des années, ces idées de gauche ne semblent pourtant pas percer auprès de l?électorat. Bien que leurs idées aillent vers un même modèle idéal de société ils n?arrivent pas à s?entendre et se retrouvent désunis, leurs mouvements se font et se défont, les scissions faisant partie des difficultés pour la gauche de s?imposer et de s?ancrer.

Mais quand on parle de la gauche, on ne peut s?arrêter à ces trois forces ou mouvements que sont le Mouvement 1er Mai, Lalit et Rezistans ek Altenativ. Nombreuses sont les associations de travailleurs, culturelles ou sociales qui agissent au niveau des droits humains, de l?écologie, des libertés de la femme par exemple et sont dans cette mouvance de gauche cherchant à développer une autre société mauricienne, plus juste, plus égalitaire.

De nombreux commissions, collectifs, organisations indépendantes ont vu le jour, encourageant l?action civile et citoyenne.

Pourquoi la gauche ne perce pas ?

On peut se demander alors ce qui fait que cette gauche révolutionnaire n?ait finalement jamais réussi à émerger par une force électorale alors qu?elle répond à des maux de notre société qui s?aggravent et des frustrations grandissantes au sein de la classe des travailleurs.

A cela, plusieurs réponses. Parmi les facteurs mis en cause, le système électoral en vigueur à Maurice. Ce système britannique favorise, selon Ashok Subron, la bipolarisation et ceux qui sont en dehors de ces deux blocs payent les conséquences. Ce qui amène le manque de place pour l?expression de la gauche dans ce système.

Autre raison évoquée par Ashok Subron, l?histoire politique mauricienne. Il souligne que les deux grands mouvements issus de la masse populaire, le PTR et le MMM, bien qu?ils soient nés à gauche ont fait un virage à droite. Mais au-delà de ces éléments, Ashok Subron souligne l?importance du degré de mobilisation de la lutte des classes pour une représentation de la gauche aux élections.

Changer le visage politique en 2010

Il paraît clair que pour que les votes de gauche soient conséquents en 2010, il est important que ces partis et mouvement s?allient. Pourtant les dissidences entre ces mouvements risquent bien de les empêcher de s?allier et de former une plate-forme commune. ?Pourtant ces mouvements de gauche proposent tous une alternative politique en opposition aux partis de droite que sont le MMM, le PTR, le MSM, qui pratiquent l?alternance de droite à travers des alliances qui se construisent et se cassent selon la conjoncture politique? selon Jack Bizlall.

Pour 2010, Jack Bizlall voit sous d?autres perspectives la participation de la gauche aux élections. Le Mouvement 1er Mai s?organise en développant ses rapports avec les syndicats et autres partis de gauche et l?ensemble des organisations qui militent dans le domaine de l?écologie, le social, l?économie, les droits, libertés, démocratie? ?Pour atteindre cet objectif, on construit un mouvement large de gauche.? Pour l?établissement de ce que Jack Bizlall appelle une 2e République à Maurice avec une nouvelle Constitution.

Bizlall souhaite que la gauche se rencontre dans le cadre des élections de 2010, si possible. ?Mais pas que nous 3, aussi les autres organisations syndicales ou non, pour voir comment on pourrait travailler ensemble.? Actuellement dans l?étape de construction, Bizlall insiste sur le fait que cette construction se fait dans le temps : ?Il faut pouvoir passer la main, d?ailleurs beaucoup de jeunes s?engagent.?

Ram Seegobin, de Lalit, souligne également l?importance de l?union de la gauche marxiste. Tout comme Ashok Subron souhaite également ?enn lantant ek la gos otantik morisyenn, ek bann lorganizasyon dimoun kouma enn Forum du Peuple, ansam avek bann asosyasyon populer, pa zist les 3 mouvman de goss.? Il ajoute ?hier (1er mai) nounn mett bann morso ansam, nounn poz premie pier pou enn proze de forum.? Et cela dans la perspective que la gauche unie devienne un contre pouvoir avec un Parlement parallèle en réponse à un Parlement devenu instrument des capitalistes selon Ashok Subron.

Pour Jack Bizlall, les conditions sont réunies pour l?émergence d?une ?opposition nouvelle.? ?Il ne faudrait pas que cette opposition se construise sur la défensive mais sur l?offensive, à partir des idées et d?une action nouvelle, et qu?elle jette les perspectives pour développer une nouvelle conscience et tradition en matière de politique.? La gauche authentique se présente comme une alternative à ces vieux modèles classiques de droite.

Maya DE SALLE ESSOO

Mouvement 1er Mai

■ Ancien militant du Mouvement militant mauricien (MMM), syndicaliste, Jack Bizlall a quitté le MMM en 1980. Aidant à la création de la Federation of Progressive Unions (FPU), il crée ensuite la Fédération militante progressiste (FMP) qui fusionnera avec l?OMT-FNAS pour créer le PMT. Cette organisation quitte alors ses bases de parti politique pour prendre celles d?un mouve- ment qui sera appelé le Mouvement 1er Mai, rassemblant des militants syndicaux et politiques. Si le Mouvement 1er Mai ne se déclare pas comme parti politique, il propose un programme alternatif en matière de politique économique et sociale, mais aussi le développement d?une philosophie politique. Ce mouvement rassemble 11 commissions et quatre organisations indépendantes rassemblant des activistes au niveau d?associations ou dans différents milieux professionnels. Selon Jack Bizlall, ce collectif a pour tâche d?unifier les luttes au niveau des idées et des actions, tout en laissant à chaque organisation la possibilité d?entreprendre leurs activités librement. ?Il ne faut pas tuer l?action citoyenne !?

Mais pour Bizlall, tout en encourageant ces actions civiles, il souligne ?il ne faut pas que les gens militent séparément, sans perspective politique de changement. Le collectif pour un combat unitaire au sein du Mouvement 1er Mai a pour tâche d?unifier ces luttes, point de vue des idées et pensées et des actions?.

Mouvement Rezistans ek Alternativ

■ Dissidence de Lalit, Rezistans ek Alternativ est né en mars 2005 à la suite de la démission de militants de Lalit en 2004. Se refusant comme parti politique traditionnel, Rezistans ek Alternativ se définit comme un mouvement, une nouvelle forme d?organisation politique différente des partis classiques.

Selon Ashok Subron, Rezistans ek Alternativ est perçu comme le mouvement de gauche le plus impliqué dans le mouvement ?alter mondialiste? à Maurice. Anti communaliste, capitaliste, pour une politique économique alternative allant à l?encontre de la politique ultralibérale actuelle selon Ashok Subron, ce mouvement de gauche révolutionnaire apporte également une réflexion sur les technologies actuelles, nouvelle forme de contrôle des connaissances des masses populaires.

Lalit ou la lutte des classes

■ Né d?une dissidence du Mouvement militant mauricien (MMM), le parti marxiste Lalit voit le jour en 1982. Avant cela, selon Ram Seegobin, les militants s?étaient unis au sein du MMM, critiquant certaines stratégies politiques suivies par le MMM, telles que leur stratégie de classe et la stratégie électoraliste adoptée par les dirigeants du MMM. C?est dans ce cadre que quelques militants MMM ont commencé à publier la revue ?la lutte des classes?. Peu à peu le regroupement autour de ces publications s?est élargi et structuré, pour devenir une tendance au sein du MMM. Entre 1976 et 1982, l?accentuation d?une stratégie électoraliste amena à faire beaucoup de concessions idéologiques selon Ram Seegobin et à abandonner leur stratégie basée sur la lutte des classes. C?est donc dans ce contexte qu?en 1982 cette tendance ?la lutte des classes? se détache du MMM, peu de temps avant les élections générales, et devient un parti politique autonome appelé Lalit. Après les élections générales de 1982, Lalit s?est développé, des travailleurs et des anciens militants MMM se ralliant à sa cause.

Lalit a participé aux élections générales en 1983, 1987, 2000 et 2005. Mais finalement si Lalit ne participe pas automatiquement aux élections, c?est qu?il n?a pas une stratégie électoraliste selon Ram Seegobin. Depuis trois ans, une nouvelle vague de démissions a touché Lalit, une douzaine de membres divergents allant former un nouveau mouvement appelé Rezistans ek Alternativ. Bien qu?ils partagent des mêmes idées autour de la lutte des classes, contre le communalisme, pour une politique économique alternative, Lalit se trouve marginalisé et souvent isolé, mais il ne s?en porte pas plus mal car il regroupe de nombreux militants, des coopératives actives dans le domaine de l?éducation, l?écologie, des droits humains, ?

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