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Folie pâtissière
La pâtisserie de Diana Chung, qu?elle a baptisée Sainte-Thérèse en souvenir de celle de Curepipe où elle a passé son enfance et son adolescence, est située à l?angle des rues Monneron et de Rosnay à Beau-Bassin. La jeune femme de 26 ans y vaque avec aisance, répondant à nos questions, tout en servant des clients du quartier qui ont l?air de l?avoir adoptée.
Même si elle paraît épanouie et qu?elle ne regrette pas son choix, pendant son adolescence, l?aînée d?Ah Mow Chung Su Yuen, (celui qui confectionnait les pains fourrés et célèbres pâtés à la défunte pâtisserie Ste-Thérèse) ne voulait plus y mettre les pieds. «Nous habitions juste en face de la pâtisserie à Curepipe et nous avons en quelque sorte grandi dedans car à la sortie de l?école, mon jeune frère et moi allions faire nos devoirs dans un petit coin de la pâtisserie. À l?adolescence, ce fut un peu la rébellion. Je me disais que je n?allais pas faire ce que faisaient mes parents.»
Contrairement à sa mère, Pâquerette, une passionnée des mathématiques qu?elle enseigne au collège Notre-Dame, Diana déteste cette matière. «Maman aimait les maths et moi je voulais faire tout ce qui n?avait pas trait aux chiffres. Non seulement pour me démarquer mais aussi en raison de mon tempérament.»
Elle opte donc pour les littératures anglaise et française ainsi que le dessin en Form VI et à la fin du cycle secondaire, elle va étudier l?art, avec spécialisation en photographie au RMIT de Melbourne en Australie.
Diana obtient son diplôme au bout de deux ans et, si elle a adoré la photo, elle veut embrayer avec autre chose et dans un autre milieu. C?est la communication et le marketing qui obtiennent alors ses faveurs. Et pour obtenir une formation plus pratique qu?académique, elle s?inscrit à l?université de Bond, unique université privée d?Australie au Queensland. En parallèle, elle travaille pour un annonceur compilant les pages jaunes de l?annuaire.
<I> «Je m?éclate vraiment. Pour le moment, je me débrouille sans salaire. Ouvrir cette pâtisserie a été un gros challenge mais je ne le regrette pas. Après tout, on ne vit qu?une fois?» </I>
Sa licence en communication obtenue, elle est un peu désorientée. Que faire, rentrer au pays ou poursuivre ses études ? Elle choisit la seconde solution sans trop savoir pourquoi. Grand bien lui en fasse car sa grand-mère paternelle, Li Mei Wan, un des fondateurs de la pâtisserie Sainte- Thérèse à Curepipe, décède un mois après. Diana s?essaie au monde du travail mais déchante vite. «Il y a un monde de différence entre le monde du travail en Australie et à Maurice. Ici, la méritocratie ne compte pas.» Déçue, elle passe d?un emploi à un autre. Jusqu?à ce qu?elle se dise qu?elle serait bien mieux en étant son propre chef. Le hic est qu?elle ignore dans quoi se lancer.
Sa rencontre avec celui qui va devenir son petit ami et dont la famille est dans l?alimentation, va la ramener en arrière, à l?époque de son enfance à la pâtisserie Sainte-Thérèse. Et les gens qu?elle croise et qui n?arrêtent pas de faire les éloges des pâtés de Sainte-Thérèse, lui font sérieusement réfléchir. «J?ai réalisé alors pleinement qu?avec la fermeture de la pâtisserie Ste-Thérèse, c?était en quelque sorte mes racines que j?avais perdues. Tout comme s?était perdu le savoir-faire de mon père qui confectionnait les pâtés.»
Sans rien dire à son père ? elle veut lui faire la surprise ? mais sa mère est dans le coup, Diana se met en quête d?un local. Qu?elle trouve à Beau-Bassin, là où se trouve aujourd?hui sa pâtisserie. «Cela a été le coup de c?ur», confie-t-elle. En contractant un emprunt important pour acheter le local, l?aménager et l?équiper, elle prend un risque car il est éloigné de la route Royale et elle ignore tout du quartier. Pour parfaire ses connaissances en pâtisserie, elle prend des cours qu?elle trouve insuffisants.
Pour se perfectionner, elle s?achète des livres et se met à la pratique intensive. Se sentant fin prête, elle ouvre les portes de la pâtisserie en février dernier et commercialise d?abord des viennoiseries et des gâteaux que l?on ne trouve pas souvent dans le commerce, comme par exemple des muffins aux pépites de chocolat, à la fraise, aux myrtilles et à la banane. Et même un cheese cake aux fruits de la passion. «C?était créatif et amusant de confectionner des gâteaux de ce type et qui sont rares dans le commerce.»
Elle confectionne les fameux pâtés Sainte-Thérèse ? qu?elle dit avoir améliorés ? en week-end. Mais depuis qu?elle a pu embaucher un personnel sérieux, elle les fait au quotidien. Pour le plus grand bonheur des habitants du quartier qui l?ont soutenue dès l?ouverture, de même que de ceux qui s?y arrêtent et d?anciens clients de la pâtisserie curepipienne.
En sus de ces gâteaux, Diana qui dit n?avoir pas encore trouvé sa vitesse de croisière, fabrique sur commande une gamme traiteur composée de mini-pâtés, ha-kien et autres croquettes, de vols au vent, de même que des gâteaux pour anniversaire, fiançailles et mariage sur des thèmes spécifiques dont elle a le secret.
Ses clients désormais fidélisés veulent qu?elle confectionne des gâteaux qu?elle ne commercialise pas encore à l?instar de brioches. Diana, qui est cette fois certaine d?avoir trouvé sa voie, ne veut pas brusquer les choses. «Il vaut mieux y aller doucement que de courir et se casser la figure.».
Ses affaires tournent relativement bien, même si elle n?est pas encore en mesure d?en tirer un salaire. Mais ce n?est pas pour autant qu?elle enverra tout balader. «Je m?éclate vraiment. Pour le moment, je fais sans le salaire. Ouvrir cette pâtisserie a eté un gros challenge mais je ne le regrette pas. Après tout, on ne vit qu?une fois?»
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