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Fleurette conte ses bêtes
Enfant déjà, Fleurette Pierre-Louis adorait les animaux. Chez elle, à Trèfle, la petite rodriguaise s’occupait des bêtes avec sa famille : cochons, bœufs… toute créature à deux ou quatre pattes était toujours bien traitée. Ce n’est donc pas un hasard si la jeune femme est depuis deux ans l’âme de la petite Ferme des animaux, à Casela, la marraine d’une véritable Arche de Noé au milieu des cannes. Une comparaison qui ne la dérange sûrement pas, elle qui apprécie tant la lecture de l’Ancien Testament…
À 32 ans, cette célibataire a la chance de vivre pour sa passion, et ses journées sont bien remplies. Tous les matins, à sept heures, elle se rend au Casela Nature and Leisure Park, à Cascavelle, propriété de Médine, pour s’occuper de « ses » cabris, cochons roses et marrons, cerfs et biches, émeu, cacatoès et autre wallaby… Une famille recomposée dans laquelle chacun possède un nom et une personnalité.
Venue visiter Maurice il y a douze ans pour quelques semaines, elle n’est jamais repartie. Son oncle travaillait déjà au chassé de Médine, administré à l’époque par Maurice Kœnig père, et ce dernier s’est vite rendu compte que Fleurette n’avait pas son pareil pour communiquer avec les animaux de la forêt. C’est ainsi que les orphelins des chassés lui étaient confiés : faons ou encore petits « cochons marrons » sans parents, ils trouvaient vite le réconfort au bout du biberon tendu par leur mère adoptive.
<B>Bambi, Lorrie, Chippie et les autres…</B>
À cette époque, Fleurette aide sa tante au campement de chasse. Ensuite, lorsque le bureau de Médine s’installe « dans les bois », elle y travaille pendant une dizaine d’années tout en s’occupant des animaux blessés ou abandonnés.
Et puis, la chance lui sourit. En 2002, Patricia Kœnig propose la création d’une mini ferme pour les enfants qui visitent le parc. La responsable est toute trouvée ; les premiers pensionnaires aussi… Bambi, un faon sevré par Fleurette, est rapidement suivi par d’autres cervidés et de toute une ribambelle d’animaux. La biche, devenue adulte, est toujours là et partage son enclos avec une bonne centaine de camarades. Lorrie est une femelle cacatoès. Elle chante beaucoup, aime les enfants... moins les adultes… Un peu caractérielle, elle sait se faire entendre et peut même siffler Ti marmit. Cécile, une jeune laie, est comme un gros toutou, sauf quand elle aperçoit Chippie la brebis, dont elle est très jalouse. Il faut dire que Cécile est irascible depuis qu’elle est pleine. Une truie sauvage a fait un trou sous le grillage, la nuit, lorsqu’elle était en chaleur. Quant à Dominique, l’émeu aux longues pattes, il ne se laisse pas impressionner par les bois du daguet.
Il ne supporte en effet aucun cervidé mâle et n’hésite pas à les provoquer dans des combats sans gravité.
Il est comique et même un peu pitoyable lorsque Candice, l’aîné des cabris, lui dévore les plumes…
On se croirait plongé dans Animal Farm, le roman de George Orwell, mais sans la dictature des cochons. Cette petite ferme est animée d’une vie particulière. Parfois tranquille, elle peut rapidement se transformer en un vaste cirque.
Les biches commencent à danser sous le jet d’arrosage. Elles courent, sautent et se donnent en spectacle. Les cabris montent sur les tables, les tangues sortent de leur bambou et remuent leur tarin fouisseur. Le petit Wallaby albinos, rejeté par ses parents, se cherche un coin tranquille.
Candice et la grande Bambi ouvrent la porte de l’armoire pour dévaliser la réserve de grains. Cécile profite du désordre pour voler le bayé fatak et s’enfuir en trombe. Alors Fleurette se met en mouvement. Elle interpelle chaque pensionnaire un par un, récupère le matériel et pousse un petit coup de gueule. Elle rit, avec tous les enfants venus voir ce spectacle, et leur fait passer un bon moment.
<B>Fleurette est devenue végétarienne</B>
Il faut dire que les jeunes visiteurs sont toujours émerveillés. Certains viennent régulièrement et connaissent chaque animal. Avec Rs 10, ils peuvent donner des granulés aux lapins, aux cabris et aux biches, voire même le biberon au goret. Fleurette les reçoit toujours avec la même gentillesse.
Les plus jeunes, souvent effrayés lorsque Cécile ou Bambi les approchent, sont vite rassurés. Ils apprennent à s’occuper d’un hamster, portent Lorrie sur leur épaule, donnent à manger aux magnifiques daims tachetés et regardent les oies couver.
Seule ombre au tableau, Fleurette ne peut plus manger de porc, encore moins d’agneau. Si vous voulez la mettre en boîte, racontez-lui comme votre dernier cari tang était succulent, ou donnez-lui la recette du jamaican curry goat. Elle vous toisera comme un cannibale, mais, indulgente, elle vous pardonnera.
Pour rien au monde Fleurette ne ferait un autre métier. Elle ne part d’ailleurs presque jamais en vacances, et préfère cumuler ses congés pour retourner chaque année à Rodrigues chez les siens. Elle doit manquer à ses bêtes et aux gamins habitués à la trouver à Casela. Quoi qu’il en soit, Fleurette n’est pas près de quitter cette ménagerie. Et si un jour elle rencontre un garçon, il faudra qu’il aime les bêtes autant qu’elle.
Parfois secondée dans sa tâche par une camarade, elle garde le contrôle de cette basse-cour avec un dévouement particulier. Depuis peu, la jeune femme habite à Quatre-Bornes avec son oncle et sa tante. Mais si elle pouvait, elle résiderait sur place, pour veiller jour et nuit sur ses amis à poils ou à plumes qui lui offrent un bonheur tout simple. C’est sûr, Fleurette a l’esprit de famille…
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