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Fine-tuning

27 octobre 2004, 20:00

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Le Canada a une loi régissant l?industrie du lobbying, un code de conduite pour les titulaires de charge publique en ce qui concerne les conflits d?intérêt ; son gouvernement a un conseiller en éthique qui répond au parlement, ses ministres, un guide contenant des normes de conduite éthique. Et ce n?est là que quelques aspects de son plan d?action pour la transparence. Le Canada est un des pays les mieux cotés par Transparency International, et par Moody?s aussi d?ailleurs. Nous pouvons aussi grimper dans les classements. Il suffit de ne pas se croire arrivés.

Le Premier ministre n?aime pas les sondages, quels qu?ils soient et a du mal à se retenir de vouloir casser le thermomètre. On veut bien l?accepter, même si on ne le comprend pas. Mais il rend un mauvais service au pays quand, en raison d?une conviction personnelle, il le prive d?une occasion d?avancer. C?est ce qu?il faut retenir de ce classement de TI défavorable à Maurice. Il signale simplement que notre lutte toute jeune contre la corruption doit être encore ?finetuned?, qu?il faut la poursuivre, se remettre en question, agir sur d?autres fronts. Il dit encore que si la corruption a effectivement reculé, ce recul n?a pas été suffisamment sensible pour que cela se perçoive, que les méthodes de lutte n?enregistrent pas des résultats suffisamment concluants pour qu?on en parle.

Le Premier ministre ne se pourfend certes pas en égratignant Transparency International. Les chefs d?Etat africains, en particulier, l?ont fait avant lui, non contents qu?ils sont, malgré leurs efforts, à constater qu?ils restent au bas du classement. Certains ont reproché à ces données de ne pas refléter les initiatives prises. Le président du Nigeria avait, lui, suggéré que l?on mesure également la propension des pays exportateurs à verser des pots-de-vin, ce qui est fait désormais. La méthode de calcul même a été critiquée. Quand ce n?est pas ses liens avec le secteur privé que l?on évoque pour détruire sa crédibilité.

Mais il n?est même pas utile d?aborder ce débat-là quand ce classement-là vient corroborer les résultats d?un autre, récent. Le ?National Perception Survey of Corruption in Mauritius?, réalisé en avril dernier, arrivait au même constat. Près de 70 % des personnes interrogées ne voyait aucun changement. 50,3 % estimait que c?était les ministres qui sont les plus engagés dans les pratiques corrompues. Il faut être de mauvaise foi pour refuser de voir, dans la concordance de ces conclusions, ne serait-ce qu?un brin de vérité.

Face aux techniques de celle qui reste, n?en déplaise au Premier ministre, la plus importante organisation internationale vouée à l?éradication de la corruption, Paul Bérenger devrait revoir les siennes. Il affirme d?une part que la corruption a reculé. On ne veut que le croire, mais pas sur parole. Il faudrait quelques statistiques, ou même quelques corrupteurs incarcérés. Si on les a, ces statisques, il faudrait les produire pour convaincre . En l?absence de faits, l?on va aux indices.

Le Premier ministre se lance d?autre part dans une guerre sémantique : perception ne veut pas dire réalité. Il a raison. Mais non seulement la perception ne peut pas donner une vision déformée de la réalité, il n?y a en réalité rien d?autre qui compte que la perception. On mentirait si on ne reconnaissait pas que la raison pour laquelle nous avons, à l?instar de nos voisins africains, créé l?Icac est précisément une question de perception. Les normes internationales veulent que pour être dans les bons papiers des bailleurs de fonds et investisseurs potentiels, il nous faut être un Etat qui contrôle les pratiques malveillantes. Et tout comme l?existence de ce recours sera une indication sûre pour l?investisseur, il se reposera sur l?image renvoyée par un classement reconnu internalement.

Il est bon de se rappeler que le commissaire de l?Icac avait salué le rapport de Stratconsult, bien que celui-ci indiquait que seulement 34 % des consultés faisait confiance à l?Icac. Le commissaire avait expliqué l?utilité de telles études, ?une pratique commune pour élaborer des stratégies?. Le Premier ministre devrait l?écouter.

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